What Keeps You Alive : ‘Til death do us part…

C’est vendredi, le moment tant attendu de la Séance Shadowz est enfin arrivé. Et quoi de mieux, pour ce week-end, que d’orienter notre choix sur la dernière exclusivité Shadowz ? A priori, si nous avons réussi à vous faire succomber à la plate-forme, vous savez déjà pourquoi nous mettons en avant ces exclusivités. Comme nous l’avions mentionné dans notre article consacré à la plate-forme, les exclusivités Shadowz permettent de donner de la visibilité à des films de genre qui n’ont pas bénéficié de sortie officielle chez nous. Ainsi, la dernière acquisition se prénomme What Keeps You Alive et possède, sur le papier, tous les atouts d’un très grand film indépendant. Un casting minimaliste, un réalisateur en pleine possession de ses moyens, une histoire qu’il écrit et met en scène avec tripes et conviction, un décor unique et vaste… Voilà les quelques ingrédients qui mettent l’eau à la bouche afin de lancer les hostilités où le week-end ne sera pas de trop pour digérer le sacré morceau qui vous attend. Dernier film en date réalisé par Colin Minihan (que les amateurs de found-footage n’ont pas oublié après la déferlante qu’a été son premier long-métrage co-réalisé en 2011, Grave Encounters), What Keeps You Alive est un film qui a fait le tour de pas mal de festivals en 2018. Remarqué au Festival du Film de Sidney, FanTasia ou encore au PIFFF hors compétition, le film suscitait pas mal de débat auprès de ceux ayant eu la chance de croiser sa route. L’attente est désormais terminée puisque Shadowz lui rend justice, deux ans après sa sortie, en le proposant exclusivement au sein de son catalogue.

Pour leur premier anniversaire de mariage, Jackie emmène Jules dans le coin reculé où son père et elle allaient chasser quand elle était petite. Personne à la ronde, à part la luxueuse demeure de son amie d’enfance de l’autre côté du lac. Toutes les conditions sont réunies pour un week-end idyllique en amoureuses. Pour une plongée dans l’horreur aussi…

What Keeps You Alive est un film qui vous travaillera au corps. C’est un film exigeant, qui demande un effort de la part de son spectateur pour rentrer en communion avec lui et qui lui laissera, s’il est conquit, un souvenir plus que mémorable. Le film continuera à nous travailler encore, pendant plusieurs jours. Si avec une telle qualité, ça ne vous convainc pas de voir le film, on ne peut plus rien faire pour vous (sic!). What Keeps You Alive est un film dense par bien des aspects. Tout d’abord, ce qui saute aux yeux, est la réalisation. Colin Minihan soigne sa mise en scène. Il chérit son bébé, le bichonne avec attention. Que c’est beau ! On sera stupéfait par le choix des cadres, toujours riches de symboliques. Le film se découpe en trois actes. Trois actes introduits par des plans-séquences absolument époustouflants. Ces plans seront toujours situés au même endroit, les mouvements seront presque similaires d’ailleurs. Seulement, Minihan compte sur la force d’impact de son histoire et prouve qu’un même plan, à un moment différent de l’histoire, peut se lire de manière totalement différente. D’ailleurs, des plans miroirs, il en dissimulera tout au long de son film, et ça fera mouche à chaque fois : l’émotion sera toujours à l’opposé de celle provoquée la première fois.

Colin Minihan retranscrit parfaitement toute la nuance du cadre dans lequel il décide de poser ses héroïnes. Confinées au cœur d’une nature à la fois austère et hostile, mais diablement belle par contradiction, Jackie et Jules convient le spectateur à un jeu éculé, mais auquel elles devront jouer malgré elles, celui du chat et de la souris. La mise en scène voguera en permanence au travers diverses symboliques animales afin de nous faire comprendre qui joue quel rôle. Il y aura un chasseur et un chassé, là-dessus, le film se montre limpide dès le départ. La cohabitation/dualité entre les têtes d’ours et de biche au-dessus de la cheminée du salon du chalet nous rappelleront constamment que les cartes peuvent changer de main à tout moment. Par ailleurs, la symbolique animale ira bien plus loin, évoquant des aigles et des corbeaux. What Keeps You Alive ramène nos héroïnes à leur condition animale. Qu’advient-il de l’éducation et la bien-pensance quand on vous pousse à ne faire appel qu’à votre instinct de survie ? Voilà toute la question qui va animer les débats de ce film d’horreur singulier qui emprunte les codes du slasher, du home-invasion et du survival pour étayer ses propos. Le film fait preuve d’une maturité grande car il absorbe les principes des genres qu’il côtoie, mais sans jamais se montrer grossier ou rébarbatif. Au contraire, What Keeps You Alive transpire l’élégance et la sobriété.

Son élégance, il la doit également à ses deux interprètes principales. Quel duo formidable ! Entre la sévérité de Hannah Emilly Anderson à faire froid dans le dos, et la fragilité à fleur de peau de Brittany Allen, What Keeps You Alive offre une visibilité aussi tendre qu’intense à la communauté LGBT. Et que ça fait du bien de voir un couple lesbien joué avec simplicité et justesse sans sentir qu’il a été écrit par un mâle hétéro lambda ! Les deux femmes sonnent vraies. Pas besoin de justifier le fait qu’elles soient ensemble, jamais le film n’appuie grossièrement sur leur homosexualité. C’est un couple marié, qui s’aime (a priori ?), point. Pas besoin de fioritures. De toute façon, la force de leur amour sera testé en permanence le reste du film. Et il faut bien avouer que Brittany Allen arrache le cœur. Elle joue la terreur, la déception et la douleur comme on ne l’avait pas vu depuis des lustres. C’est un véritable coup de cœur que nous avons eu pour l’actrice. Ses larmes de détresse nous ont touché profondément. Le tournage a dû être sacrément éprouvant, quel rôle magistral ! Des femmes aussi courageuses, on en veut plus souvent dans le cinéma de genre ! Tout comme des femmes réellement psychotiques d’ailleurs. Une fois encore, What Keeps You Alive prouve qu’il n’est nul besoin de faire dans la surenchère pour convaincre de la véracité des sentiments qu’il décortique, tout est sans cesse juste.

On regrettera sa fin qu’on a du mal à accepter. Quand bien même, les symboliques demeurent cohérentes avec les propos recherchés par Colin Minihan, il subsistait un moyen différent de conclure les arcs narratifs, un moyen moins radical et nettement plus « heureux » dans son dénouement. Bien évidement, cela n’empêche en rien au film de nous marquer définitivement de son empreinte. Nous avons été subjugué par son atmosphère qui alterne entre l’horreur la plus radicale et la beauté du silence et de la contemplation.

What Keeps You Alive est un film de genre fondamentalement auteurisé avec un regard bien tranché derrière la caméra. C’est propre, simple, efficace et féroce. Un vrai tour de force orchestré d’une main de maître par Colin Minihan que l’on va suivre avec un vif intérêt (intérêt rendant légitime le reboot d’Urban Legend sur lequel il travaille actuellement). Le film profite enfin de la visibilité qu’il mérite au sein de la plate-forme Shadowz.

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Article réalisé dans le cadre d’un partenariat avec la plateforme Shadowz.

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