Démons : Du cinéma bis comme on n’en fait plus

On aurait pu choisir un grand classique du cinéma de genre. On aurait pu dénicher le plus petit des films obscurs pour notre première « Séance Shadowz ». Au lieu de cela, on a préféré taper dans un gros bis qui tache, une grosse gaudriole bien gorasse comme on les affectionne. On aime bien faire les choses différemment ici chez Close-Up. Pour notre première incursion au sein du catalogue Shadowz, notre choix s’est porté sur un incontournable de la filmographie de Lamberto Bava. Fils du célèbre Mario, il a longtemps souffert de l’ombre incontestable de son père (grand réalisateur qu’on ne présente plus). Pour autant, bien qu’il soit artisan d’un cinéma plus « populaire », Lamberto n’en était pas moins dénué de talent. Preuve en est avec le porte-étendard de sa filmographie, celui que nous considérons comme un incontournable, Démons. Produit par Dario Argento (avec lequel il a souvent eu l’occasion de travailler), Démons est un monument d’artisanat, un film d’horreur gore et jubilatoire pour lequel il sera difficile de ne pas vouer un amour sans faille. N’oubliez pas votre ticket, la séance va commencer…

Un personnage mystérieux au visage à demi caché par un masque en métal distribue dans la rame d’un métro des prospectus publicitaires faisant la promotion d’un nouveau film dont le titre est inconnu. Le film en question est projeté en ville, dans le vieux cinéma Métropol. Un bâtiment aux allures lugubres qui semble avoir été ouvert pour l’occasion. Il s’agit d’un film d’horreur et surnaturel mettant en scène un groupe d’adolescents faisant face à des démons. Deux amies, Cheryl et Kathy, décident de se rendre au Métropol pour le regarder. Elles et une vingtaine de spectateurs participent donc à cette projection. Mais à peine les quinze premières minutes passées, des événements atroces se produisent, dont notamment une jeune femme sauvagement attaquée dans les toilettes. Dès lors, elle se transforme violemment en démon, comme dans le film projeté, et l’infection se propage, tout comme le massacre qui s’en suit. La situation devient pire lorsque les survivants découvrent que les issues sont mystérieusement bloquées.

Sur fond des meilleurs tubes heavy metal de l’époque, Démons est un défouloir réjouissant, un grand tour de montagne russe duquel il sera difficile de sortir autrement qu’avec la banane. La même année sortait Phenomena de Dario Argento, pour lequel on se souvient des poursuites endiablées sur du Iron Maiden. Le heavy metal, la valeur sûre des films de genre italiens cette année-là ? S’ils ont grandement participé au développement, aujourd’hui devenu cliché, du rapport entre le métal et l’horreur, ce n’est que pour mieux asseoir leur posture élitiste. Démons est un film qui a toujours été réservé à cette joyeuse niche d’amateurs de bisseries décomplexées, ces gens qui se congratulent de voir des boyaux voler dans tous les sens et qui s’en amusent autour d’une bonne pizza. Démons joue dans une catégorie de films qui ne plaira pas à tout le monde, même à certains amateurs d’horreur. Il se balance sans cesse sur un fil rouge qui lorgne entre la parodie gore excessive et le vrai film d’épouvante. Si l’on prête bien attention, il y a toujours la présence malicieuse de Bava qui se cache derrière chaque plan. C’est le film fait avec l’âme d’un adolescent, c’est un régal. Les acteurs semblent être dirigés afin de délivrer un surjeu cohérent face à l’hystérie qui anime les créatures. Pour autant, ce cabotinage des acteurs ne choque pas le moins du monde, on le sait, on le sent que Démons sera, avant tout, une succession d’effets sanglants où le travail du maquilleur, Sergio Stivaletti, produira un effet monstre. La transformation de la première actrice en démon fait encore froid dans le dos, on y croit sincèrement. Et puis, la malice de Bava refait surface. D’un effroi saisissant, le film arrache un vrai rire lorsque de l’écume verte fluo vient jaillir de la bouche de cette dernière. Une fois encore, Démons balance entre deux volontés, sans oublier d’aller piocher dans le post-apo, le film de chevaliers… Voilà pourquoi le film demeure unique en son genre. Hybride de plein d’influences de son auteur, Démons est l’exutoire parfait, la meilleure démonstration des talents de Bava.

En parlant de talent, Lamberto Bava est bien conscient de ne pas posséder la même fibre artistique que son père, et il s’en moque bien. S’il montre qu’il a acquit les codes du cinéma de ses mentors, il n’en demeure pas moins un sale gosse, un punk qui veut bouleverser et remuer le genre. Démons, dans sa première moitié, se révèle être plutôt classique. Il installe confortablement sa galerie de personnages, offre un background suffisamment riche pour qu’on se prenne d’affection pour eux. Rien ne laisse supposer que la seconde moitié tombera dans un spectacle sanglant. Le film se transforme en survival drôlement efficace et qui renouvelle sans cesse ses enjeux. Pari hautement réussit, d’autant que de choisir de le produire en huis-clos aurait pu s’avérer être terriblement raté. Tel un joueur d’échec rusé, Lamberto Bava dispose ses pièces maîtresses avec parcimonie. Il y a un rebondissement toutes les dix minutes. Ce n’est jamais ni trop peu, ni pas assez. Tout est amené avec une précision chirurgicale…et pourtant, Bava s’amuse à nous faire croire que tout est foutraque et désordonné au possible. Démons est un chaos totalement maîtrisé, quoiqu’on en dise.

Démons est un film d’horreur qui doit être réhabilité de toute urgence. Cela fait trop longtemps qu’il ne fait vibrer que la niche de spectateurs chevronnés que nous sommes. Sans être le film du siècle, il a le mérite de faire découvrir absolument tout le savoir-faire de Lamberto Bava. Encore trop caché dans l’ombre de son père (n’en sortira-t-il jamais ?), il est essentiel d’enfin le considérer à sa juste valeur : comme un auteur passionné, aux bases solides et à la culture cinématographique débordante. Démons exulte d’idées folles. C’est un paradis pour tous les amoureux de tripes, de heavy metal et d’effets-spéciaux en dur et inventifs.

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Article réalisé dans le cadre d’un partenariat avec la plateforme Shadowz.

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