Cross the Line : Du bon fils au bad guy…

Introduction. Un vieillard, au mieux de sa fin, réclame un dernier paquet de clopes à la chair de sa chair : Dani, trentenaire conciliant et réservé assistant son paternel en phase terminale du mieux qu’il peut, c’est à dire avec amour et scrupules. Le jeune homme, filmé de dos, usera de son sens du devoir filial le temps d’une course anodine, dérisoire presque, en partant acheter les dernières cigarettes du condamné… On suivra donc, sur un plan-séquence filmé caméra à l’épaule de près de cinq minutes, le dernier geste servile et responsable de Dani à l’égard de son géniteur, celui-ci passant de vie à trépas au sortir d’une scène tournée sous le signe du quotidien le plus implacable et le plus bienveillant, avant de découvrir le visage de Dani, arborant les traits du comédien Mario Casas, acteur principal d’un long métrage qu’il portera littéralement sur ses épaules de gentil garçon basculant tout à trac dans un véritable cauchemar auquel rien ne semblait le préparer…

D’assez brève longueur Cross the Line – réalisé par le jeune et encore méconnu David Victori – est de ces productions hispaniques ne payant à priori pas de mine : mise en scène proche du reportage, chiche usage d’une musique habillant l’ensemble du récit, focalisation de la caméra sur un protagoniste ordinaire sous tous rapports… Commençant comme une étude familiale un tantinet tristounette, le film vire littéralement de bord au bout d’une vingtaine de minutes se transformant en un thriller urbain proche de la descente aux enfers. En quelques mots : après avoir accompagné son père vers la mort Dani, conseillé par sa soeur Laura, décide de s’accorder du temps pour lui et de partir faire un grand tour du monde. Le soir précédant son départ le jeune homme croise sur son chemin la ravissante Mila (Milena Smit, plus sexy et diabolique que jamais…) dans le brouhaha d’un bar-restaurant barcelonais, début d’un véritable sac de nœuds pour le jeune espagnol… Nous nous arrêterons là sur le plan des informations scénaristiques, dans l’espoir de vous ménager le suspense et l’adrénaline intrinsèques audit drame : Cross the Line montre la transformation subite et involontaire d’un brave type sur lequel le destin semble ironiquement s’acharner, usant d’une unité de temps et d’action sur plus d’une heure de métrage. C’est pour le moins efficace et redoutable.

Cross The Line est un bon film montrant le terrifiant champ des possibles en termes de dérapages et de mauvais choix. On songe, à un degré d’horreur moindre, à des films comme le Kinatay de Brillante Mendoza ou le Irréversible de Gaspar Noé dans cette manière de s’ériger en un ascenseur émotionnel totalement imprévisible, mélange de réalisme et de climat anxiogène. C’est à voir !

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