Virus Cannibale : Le roi des nanars

1978, le monde du cinéma est bouleversé par la sortie de Zombie de George A. Romero. Le film enterre le mythe du zombie moderne, initié dans La Nuit des Morts-Vivants et participera à créer de nombreux émules dans diverses autres productions. Succès mondial qui engendre, en Italie, L’enfer des Zombies, réalisé par Lucio Fulci, qui sera, lui aussi, un immense succès. Il n’en fallait pas moins pour qu’un petit réalisateur du nom de Bruno Mattei cherche à voguer sur la même vague. Le début des années 80 amorce la 3e phase de l’âge d’or du cinéma fantastique italien (débuté dans les années 60). Ce ne sont pas les années que l’on retient forcément, mais les amateurs de bis et nanars en tout genre les affectionnent tout particulièrement. Ce fut une époque où le cinéma européen (et surtout italien) nous aura sorti un nombre incalculable de films d’exploitations qui tentaient de surfer sur le succès des gros cartons au cinéma. Ainsi, nous auront eu droit à diverses copies de Mad Max, Predator et autres RoboCop qui, si elles seront d’une qualité relative, auront le mérite de s’imprégner dans l’inconscient de tous ceux croisant leur chemin. Tenter de définir précisément ce qu’est Virus Cannibale reviendrait à imaginer le Zombie de Romero tourné avec un budget similaire à celui d’une cartouche de cigarettes. C’est un film hors-normes, dépourvu de tout sens artistique, mais qui, pourtant, se persuade d’être un chef-d’œuvre (l’essence même du nanar). Un objet filmique non identifiable qui vient de se refaire une seconde jeunesse dans une édition combo DVD/Blu-Ray/Livret sortie chez Rimini Éditions.

Des morts reviennent à la vie peu de temps après leur décès à la suite d’un accident dans une centrale nucléaire en Papouasie-Nouvelle-Guinée. En relatant une prise d’otages faite par des écologistes, une journaliste et son cameraman apprennent, par ces derniers, que des expériences étranges devant régler le problème de la surpopulation mondiale ont lieu dans cette centrale. Ils se rendent alors sur place, accompagnés de quatre soldats d’élite en mission secrète, afin de découvrir ce qui se passe réellement là-bas.

Virus Cannibale est le premier film de la filmographie de Bruno Mattei à avoir contribué à sa réputation de metteur en scène fauché. S’il enfoncera le clou en 1984 avec Les Rats de Manhattan, Virus Cannibale est une anomalie tellement énorme qu’il faut la voir pour la croire. Ce qu’il y a de passionnant, c’est d’admirer toute la conviction entreprise par son auteur afin de réussir à nous faire croire en son histoire. Votre imagination sera mise à rude épreuve. Bruno Mattei recycle un nombre incalculable de stock shots afin d’appuyer ses séquences qui semblent être tournées dans un pauvre petit bois avec cinq arbres qui se battent en duel afin de créer l’illusion d’une forêt dense de Papouasie. Comme artisan de la débrouille, Mattei atteint des sommets. Le souci réside dans le fait qu’il ne soigne jamais ses artifices. Les stock shots ne sont ni au même format, ni au même grain que les scènes qu’il tourne lui-même. Les raccords nonsensiques pleuvent dans tous les sens. C’est un vrai festival pour les zygomatiques. Mention spéciale pour la séquence dans le camp des aborigènes où l’actrice Margit Evelyn Newton, dans son plus simple appareil (n’oublions pas l’importance capitale de montrer des seins afin de garder l’attention du spectateur déjà hilare depuis plus d’une demi-heure), se démène comme elle peut pour nous faire croire à la présence de tout un peuple qui ne vit qu’à travers les stock shots insérés par Mattei. Il mélange plusieurs rites de diverses tribus afin de créer une illusion d’un peuple immense…et nous congratuler d’images chocs dans lesquelles des enfants affamés et des femmes dégustant des vers sortant d’un cadavre en putréfaction se battent en duel. Tout cela n’apportant aucune autre valeur à l’histoire du film que celle de choquer. Vous ne comprenez rien ? C’est normal !

D’ailleurs, s’il y a bien une qualité véritable qui se dégage de Virus Cannibale, c’est sa générosité des séquences gores. Il y a de la tripaille dans tous les sens, c’est un festival de dégueulasserie en tout genre. Et c’est bien ce qui nous tiendra en éveil entre deux séquences où le terme « surjeu » semble avoir été crée pour ce film. Les acteurs sont en roue-libre la plus totale. Ils crient, font de grands gestes pour tout et n’importe quoi, enfilent des tutus verts, chantent « Singin’ in the Rain » en dézinguant du zombie à coup de canne…c’est du grand n’importe quoi. Virus Cannibale pourrait être un fan film d’un étudiant de cinéma tant le plagiat atteint des limites inconsidérables. Bruno Mattei réutilise une grande partie des bandes-originales de Zombie et de Blue Holocaust. Son film n’a rien d’original. C’est une anomalie, un cas d’école, une bible de mauvais goût qui redéfinit de manière conséquente le concept des soirées films entre amis. Virus Cannibale est un vrai film de festival, à regarder en VF (qui participe grandement au ridicule de l’œuvre) dans une salle pleine et euphorique.

Si vous êtes totalement inconnu du cinéma de Bruno Mattei, Virus Cannibale est la porte d’entrée qu’il vous faut. Il n’y a pas meilleur exemple de définition du nanar. Le film est proposé dans une édition où la copie vidéo est d’une qualité irréprochable. À sa décharge d’ailleurs, tant la différence de grain entre les scènes de Mattei et les stock shots a disparu. Mais on ne va pas faire la fine bouche, c’est déjà bien trop rare pour qu’un éditeur s’intéresse à ce type de cinéma déviant. Merci Rimini Editions pour ce fou rire discontinu que nous aura procuré Virus Cannibale, même si nous gardons notre préférence pour Les Rats de Manhattan.

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