Mulan : Quand Disney ne sait pas avouer ses erreurs…

L’objet de la discorde, celui qui a soulevé la colère des exploitants salles par chez nous, le film qui a mis les studios Disney à dos d’un nombre incalculable de personnes, vient de débarquer sur la plate-forme SVOD de la souris aux grandes oreilles. Mulan, nouvelle adaptation live des classiques Disney, était censé être une grosse machine prête à tout dévaster en salle. Produit avec un budget colossal de plus de 200 millions de dollars, il était impensable, d’un point de vue rentabilité, qu’on puisse imaginer Disney rentrer dans leurs frais avec leur nouvelle stratégie d’exploitation. Maintenu en salles sur le marché chinois et relégué en VOD pour les États-Unis (avec un coût d’achat élevé en plus de l’abonnement à la plate-forme). Il nous aura fallu attendre quelques mois supplémentaires pour poser les yeux sur le film puisqu’il est désormais disponible par chez nous, sans coût supplémentaire, via l’abonnement Disney +. Ces quelques mois entre la sortie US et la notre auront pu donner le ton de ce que vaut le film. Succès attendu ou véritable dégringolade ? On est en droit de supposer que c’est un échec tant Disney communique peu sur les chiffres engendrés par le film. Malgré plus de neuf millions d’achat en VOD sur le territoire américain, permettant à la firme de rembourser le film, Mulan n’a clairement pas convaincu le marché chinois qui a littéralement boudé le film.

Lorsque l’Empereur de Chine publie un décret stipulant qu’un homme de chaque famille du pays doit intégrer l’armée impériale pour combattre des envahisseurs venus du nord, Hua Mulan, fille aînée d’un vénérable guerrier, désormais atteint par la maladie, décide de prendre sa place au combat. Se faisant passer pour un soldat du nom de Hua Jun, elle se voit mise à l’épreuve à chaque étape du processus d’apprentissage, mobilisant chaque jour un peu plus sa force intérieure pour explorer son véritable potentiel. Commence alors pour Mulan, un voyage épique qui transformera la jeune fille en une guerrière aux faits d’armes héroïques.

Réalisé par la néo-zélandaise Niki Caro, Mulan version 2020 reprend des éléments de la véritable légende de Mulan (déjà adapté en live-action en 2009) ainsi que certains aspects de l’animé de 1998. Les fans de l’œuvre de 1998 avaient manifesté un certain mécontentement quant à l’absence de personnages emblématiques tels que Mushu. Qu’à cela ne tienne, l’idée de revenir aux origines de la légende était assez malin. Cela permettrait au spectateur de ne pas se retrouver devant une pale copie au plan prêt sans la moindre saveur ni ambition artistique derrière (coucou Le Roi Lion). Si les intentions de départ étaient louables, force est de constater qu’à l’arrivée, Mulan est plutôt décevant. Loin du dessin-animé pour y retrouver une zone de confort et trop éloigné de la légende, le film prend le parti de constamment se situer entre deux chaises et de ne jamais trancher en terme de direction narrative. Mulan est un produit kleenex, on l’utilise quand on en a besoin et on le jette aussitôt utilisé, pour très vite l’oublier. Mais où sont passés les 200 millions de dollars ? S’il jouit de jolis plans façon « carte postale », Mulan devient vite un gloubi-boulga bordélique à la lecture visuelle indigeste dès lors que les scènes d’action s’emballent. Pire que tout, l’appariement approximatif de la culture et des symboliques chinoises est aussi respectueux que Michel Leeb en train d’imiter un chinois. Voilà, probablement, l’une des raisons majeures qui ont fait que le film s’est pris une sévère claque sur le marché chinois. Il faut voir comment le film s’approprie la mythologie des sorcières, le symbole du phœnix ou encore la métaphore de la force du chi. Mulan n’est, ni plus, ni moins, qu’une vision grotesque d’un marché américain envers une culture qu’il n’a jamais pris le temps d’étudier, même dans les grandes lignes. Et ne parlons même pas des tentatives d’hommage à tout un pan du cinéma asiatique. Nombreuses sont les séquences qui essaient de retrouver la magie, le grandiose et l’action qu’il y a dans certains des films de Tsui Hark, Ang Lee ou encore Zhang Yimou. Tentatives désespérées qui ne comprendront jamais la substantifique moelle qui habitaient Tigre & Dragon, Hero ou encore Zu où le grandiose, le vertige, les voltiges et les scènes de batailles épiques cohabitaient délicieusement grâce à un savoir-faire inéluctable.

Plus que les tentatives d’hommage maladroits et ratés, Mulan souffre d’un mal bien plus grand : celui de la banalité. Si l’on veut être le plus sincère du monde et faire fi de tout ce qu’on savons de cette histoire pour ne juger le film qu’en tant que tel, Mulan n’est ni une catastrophe, ni une réussite. Yifei Liu donne du corps à son héroïne, ça fonctionne. Il y a aussi du beaux mondes à ses côtés : Jet Li, Donnie Yen, Gong Li, Jason Scott Lee, Tzi Ma. Mais ça ne suffit pas à nous rendre aussi extatique que cela le devrait. Les séquences d’action ne sont pas molles, juste pas à la hauteur de ce qu’un film de cette envergure devrait faire. L’histoire est cohérente et se tient malgré quelques maladresses. La charte des films Disney impose ses codes sans problème. On ne s’ennuie pas réellement, l’aventure se déroule sans le moindre accroc. Il n’en reste pas moins que Mulan s’oublie aussitôt le générique terminé et ne nous donne pas spécialement l’envie d’y revenir. L’idée de délaisser l’aspect humoristique de l’histoire animée au profit d’un film d’aventure et d’action ne tient pas toutes ses promesses non plus. Soucieux de plaire au jeune public avant tout, Mulan possède tout de même des séquences amusantes, charte Disney oblige. Et c’est ce genre de séquences qui n’aident en rien à la mémorabilité de l’œuvre. Le film s’embourbe dans des poncifs niais et incongrus qui font pale figure face aux ambitions artistiques premières de l’œuvre. Le tout donne ce résultat vraiment brouillon. Mulan n’est pas assez spectaculaire pour être une grande fresque héroïque. Mulan n’est pas assez taquin pour être totalement adressé aux enfants et fait passer ses leçons moralisatrices avec de gros sabots. Mulan se fait croire en osmose avec la culture chinoise sans jamais la comprendre. Impossible de décrire Mulan sans inévitablement démarrer un quelconque argument autrement que par : « Mulan, oui mais… »

Avec toutes ses imperfections, difficile de considérer Mulan autrement que ce qu’il est en vérité : un spectacle banal aux saveurs banales. Ce n’est pas la catastrophe attendue, mais ce n’est pas une révolution non plus. Mulan ne comprend pas les forces et l’attrait des films qu’il copie. S’il a du mal à convaincre un public adulte, pas sûr que les enfants y trouveront leur compte non plus. Malgré la niaiserie obligatoire de certaines séquences, le film aborde un ton trop premier degré et ne joue pas bien ses cartes fantastiques afin d’émerveiller les petites têtes qui se retrouveront devant. Mulan, ou comment Disney n’a pas osé avouer son échec à 200 millions de dollars. On préférera retourner devant l’honnêteté de La Belle et Le Clochard qui, avec ses 60 millions de budget, était le parfait compromis entre fable enfantine et film suffisamment captivant pour les adultes.

Mulan est l’échec désavoué de Disney. Son retrait des salles en France est surtout le reflet des grands pontes qui n’osent pas avouer avoir eu les yeux plus gros que le ventre. Et malheureusement, certains potentiels chefs-d’œuvre à venir en paieront le prix comme, par exemple, Soul, le prochain Pixar réalisé par Pete Doctor (Monstres & Cie, Là-Haut, Vice Versa) qui n’aura pas les honneurs de la salle puisqu’il débarquera directement sur Disney +. Sous couvert de vouloir répondre à un, soit disant, nouveau mode de consommation, la firme Disney prouve, une fois encore, qu’elle est incapable d’assumer ses échecs quand elle en rencontre. Bien dommage que Mulan soit le bouc émissaire de ce pauvre constat, là où des films nettement plus honteux auraient mérité d’être à sa place (oui, oui, on parle toujours de toi, Le Roi Lion).

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