Une ode américaine : Hillbilly Elegy

La carrière de Ron Howard est décidément impossible à cerner. Le cinéaste n’a jamais cessé d’alterner les genres, les films, les thématiques et présente l’une des filmographies les plus variées d’Hollywood sans pour autant qu’il n’y ait sur son cinéma la moindre patte artistique et cohérence thématique. L’homme est un faiseur, un yes man qui ne semble refuser aucun projet, s’en occupant de façon généralement efficace sans pour autant transcender le matériau original. Après Solo – A Star Wars Story et un documentaire sur Pavarotti, le voilà aux commandes d’Une Ode américaine, disponible sur Netflix depuis le 24 novembre dernier, adaptation des mémoires de J.D. Vance qui furent un best-seller en 2016.

Le film s’intéresse, comme pas mal de productions récentes (dont le festival de Deauville est d’ailleurs friand) à l’Amérique des laissés pour compte, des oubliés, cette population pauvre et déclassée dont le pouvoir d’achat et le confort de vie s’est amoindri au fil des générations. Les rêves des grands-parents n’ont pu se réaliser, la mère a vécu la désillusion de plein fouet et J.D., gamin brillant en étude de droit, tâche de briser la malédiction familiale en essayant de s’en sortir tout en sentant le poids de ses origines, de son milieu et de son éducation lors de son parcours, surtout parmi les avocats huppés de Washington.

Pas grand-chose de nouveau donc sous le soleil de l’Amérique. Si en 2016 la publication du livre avait permis de lever le voile sur la classe ouvrière blanche du pays, en 2020, le portrait de cette frange de l’Amérique commence à être connue et à moins d’y apporter un nouveau point de vue, il est difficile d’apporter de la nouveauté à ce qui deviendrait presque un sous-genre en soi. La grand-mère dure mais sage, la mère droguée et instable, le fils prodige voulant s’en sortir, la fille restée en province vivre sa vie, tous ces éléments sont rabattus et Ron Howard est bien incapable de se départir des clichés sentimentaux minant son récit, celui du rêve américain de J.D. dont le courage et la volonté lui permettront de s’extirper de sa condition, le gamin brutalisé et maladroit du film étant devenu dans la vie un capital-risqueur (oui c’est un métier qui existe) républicain.

J.D. Vance a donc réussi son rêve américain et si son parcours miné de difficultés est inspirant, le scénario, qui joue habilement avec deux temporalités, a tout de même du mal à offrir une véritable profondeur à ses personnages, pas forcément nuancés. Amy Adams et Glenn Close, deux actrices formidables cabotinent d’ailleurs dans leurs rôles respectifs, accent travaillé et maquillage à l’appui, mais elles parviennent cependant à offrir de la couleur un film autrement trop lisse. Leurs interprétations ont beau être un peu démonstratives, elles n’en demeurent pas moins pleines de justesse, chacune d’entre elle parvenant à démontrer les profondes fêlures et l’humanité de leurs personnages avec une mention spéciale pour Glenn Close qui compose forcément une grand-mère haute en couleur, alignant clope sur clope et juron sur juron tout en étant remplie de cette sagesse qu’ont les personnes âgées avec suffisamment d’expérience de vie.

Si Gabriel Basso ne démérite pas dans le rôle principal, l’émotion a tout de même du mal à affleurer dans un film aussi policé dans son approche, se contentant de suivre une trajectoire classique sans jamais chercher à aller au-delà du parcours de son héros. Une ode américaine nous montre ainsi ce que J.D. pense et ressent, mais n’analyse jamais les raisons et les blessures qui ont fait de sa famille ce qu’elle est aujourd’hui. On arguera que le récit a voulu se pencher sur le côté positif des choses sans pour autant occulter la tragédie de cette famille, une parmi tant d’autres dans cette Amérique déclassée, mais on regrettera néanmoins que le film n’offre pas plus de recul sur cette condition. Le résultat n’est pas désagréable pour autant, mais peu aidé par un scénario sans relief, Ron Howard ne peut que faire le minimum syndical, suffisamment pour émouvoir un peu, pas assez pour faire un grand film. Avec lui, on est habitué.

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