La Flamme : Crazy, Stupid, Love

Si 2020 est une année de merde pour énormément de monde, il y en a un à qui ça aura plutôt bien réussi et c’est Jonathan Cohen. Déjà présent depuis plusieurs années dans le paysage de la comédie française, cette année, il aura été omniprésent, imposant son génie comique, son goût de l’improvisation et de l’absurde au fil des films qu’il traverse (avec en tête son génial rôle de lieutenant-colonel déphasé dans Terrible Jungle et sa réjouissante partition dans Énorme). Le voilà désormais co-réalisateur, co-scénariste et acteur principal de La Flamme, série Canal + disponible depuis le 12 octobre dernier, très certainement le meilleur remède actuel à prescrire aux français pour oublier un peu le monde qui nous entoure et simplement se payer une bonne tranche de rire.

La Flamme, c’est une adaptation de la série Burning Love dont elle reprend la trame et les caractérisations de ses personnages pour l’adapter à la sauce française. Si l’on pouvait au départ craindre cette bonne intention, force est de constater que Jonathan Cohen et ses compères n’ont pas laissé leur amour de la comédie américaine les submerger. Tout en lui rendant hommage, ils parviennent à offrir à la série une véritable personnalité, qui doit énormément à ses interprètes, visiblement tous ravis d’être là et de s’amuser avec des personnages improbables, dont les traits de caractère grossis sont particulièrement savoureux.

Il faut dire qu’il y a de quoi s’amuser. En neuf épisodes de trente minutes (le format idéal et le bon nombre d’épisodes), La Flamme parodie la télé-réalité et plus spécifiquement Le Bachelor. Marc, pilote de ligne dont la bêtise n’a d’égale que l’ignorance est un cœur à prendre et devra, au cours de l’émission rencontrer treize prétendantes pour au final n’en choisir qu’une. Une compétition invraisemblable où un homme juge treize femmes se battant pour lui qui, comme le souligne le présentateur malicieusement interprété par Vincent Dedienne, ne peut que se produire dans une émission de téléréalité sans que l’homme ne passe pour un gros porc. Et il faut voir les prétendantes en question : sans-abri venue là pour se réchauffer un peu, aveugle photographe, vieille dame ne sachant pas trop ce qu’elle fait, kiné homosexuelle ici uniquement pour pécho, dépressive au bord du gouffre, esthéticienne nymphomane se trimbalant sans culotte, gardienne de zoo au cœur de singe, femme enceinte cherchant un père pour son enfant ou encore psychopathe dangereuse, la galerie est complète pour faire de la série l’un des moments comiques les plus hilarants de cette année.

Tout en respectant les codes de la télé-réalité avec ses rebondissements, ses apartés face caméra et ses disputes, La Flamme parvient à se hisser à un niveau de drôlerie et de délire que l’on ne pensait pas voir dans une série française. Le pari était risqué par Jonathan Cohen et ses collaborateurs relèvent le pari haut la main, sans avoir peur du ridicule, du mauvais goût et du second degré poussé au curseur maximal. Non seulement les situations et les personnages sont hilarants sur le papier mais la série s’est adjointe la collaboration des meilleurs interprètes (quitte à frôler le trop-plein de guests même si certains sont savoureux, à l’image d’un Pierre Niney irrésistible en psy profiteur et pas du tout professionnel) pour donner vie aux personnages, achevant de les rendre crédible et de les ancrer dans une réalité à laquelle on adhère volontiers.

On ne s’étonnera guère de voir Jonathan Cohen briller dans le rôle de Marc dont le niveau de débilité atteint la stratosphère mais on sera sacrément surpris de voir combien les actrices ont une belle liberté de jeu et ont toutes l’occasion d’exister au fil des épisodes. Si elles sont toutes excellentes et qu’elles se prêtent au jeu avec délectation, force est de reconnaître que certaines nous ont particulièrement marqués. Entre Leïla Bekhti à la fois hilarante et terrifiante en psychopathe prête à tout pour gagner, Ana Girardot en candidate improbablement et inlassablement rejetée par Marc, Doria Tillier toujours au bord de la crise de nerfs ou Adèle Exarchopoulos touchante avec son cœur et ses manières de singe, c’est un fabuleux numéro d’actrices que la série nous offre. Cet amour des acteurs, jamais sacrifié sur l’autel de l’humour et apportant au contraire la fusion idéale pour créer le parfait tempo comique fait de La Flamme une franche réussite à consommer sans modération et dont on espère vivement une seconde saison dont le personnage principal pourrait cette fois, à l’image de Burning Love, être une femme. Nous serons au rendez-vous en tout cas.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*