The Boys – Saison 2 : Ces supers qui venaient du Vought

La première saison de The Boys n’avait pas réussi à nous convaincre. Programme à succès sur Prime Vidéo depuis son lancement portant le service SVOD d’Amazon en attendant l’arrivée de la série Le Seigneur des Anneaux, The Boys a forcément été reconduite pour une deuxième saison. Surtout après son épilogue accrocheur, locomotive efficace pour ramener (ou pas) le spectateur sur les nouveaux épisodes aujourd’hui disponibles dans leurs intégralités.
La série conduite par Eric Kripke (Supernatural) s’emploie toujours à développer un monde dégueulasse où des personnages archétypaux essayent tant bien que mal de se construire au fil des huit épisodes. Prime Vidéo a eu l’intelligence de garder ce nombre suffisant d’épisodes pour étendre son univers d’un cynisme infâme. Et cette deuxième saison va pousser le bouchon un peu plus loin. 

Nous avions peu envie de nous remettre en selle pour cette nouvelle salve d’épisodes adaptant le célèbre comics signé Garth Ennis et publié chez Dynamite aux US et chez Panini en France. Nous avions suivi la première saison avec indifférence tant elle avait montré rapidement ses limites. Et ce n’est pas les trois premiers épisodes dévoilés d’un bloc pour attirer les fans, déjà totalement oubliés, qui vont arranger les choses. Car Prime Vidéo a jouée la maligne en programmant ensuite un épisode par semaine pour créer du trafic s’adaptant de mieux en mieux au système Netflix. La succursale SVOD d’Amazon s’émancipe et lâche les rênes avec des films originaux diffusant des inédits tout en créant des séries potentiellement puissantes pour tenir la dragée haute à la concurrence. The Boys est actuellement la vitrine parfaite et cela fonctionne avec succès. Mais se révèle-t-elle enfin originale et efficace ?

Efficace, par bribe, surtout au final sale de l’épisode 3 nous refaisant le coup du Dauphin, mais cette fois avec une baleine. The Deep essaye de reconquérir sa place dans les Sept, mais se révèle être un sous-Aquaman assez minable rejoignant L’Église du Collectif, variation de la Scientologie, qui accueille des Supers en décrépitudes pour promouvoir leur pseudo foi. La saison laisse présager un développement et un arc plutôt intéressant sur la suite à donner à The Deep, mais se contente simplement de singer les relations tordues entre Hollywood et la Scientologie.
The Deep se voit de nouveau mis de côté laissant la narration se consacrer aux Boys qui ne savent plus trop où donner de la tête. Un voyage en Caroline du Nord anecdotique permettant de tenir l’épisode 4 ou le combat de Butcher pour sauver sa femme et son fils tout en se mettant en opposition avec Hughie en introduction de la seconde saison. Tous ses axes à suivre n’iront pour certains nulle part, simplement là pour cimenter des épisodes sans consistances.

Ce début de deuxième saison est à l’image de la première peinant à trouver une identité et une direction claire et précise. Elle est prise entre un trop-plein de personnages qui cherchent de l’importance, entre Hughie et Butcher, Stella et The Deep ou encore Le Protecteur et Stormfront.
C’est justement grâce à Stormfront que The Boys saison 2 va trouver son sel. À partir du cinquième épisode, le charme opère enfin développant un axe narratif précis et précieux. Le nouveau personnage incarné avec jubilation par Aya Cash dévoile ses intentions perverses dans l’univers. Débarquant un peu de nulle part pour un massacre en bonne et due forme, ses origines vont permettre de mettre en lumière toutes les manigances qui se trament depuis des années et enfin divulguer la nature première de ses supers-héros. C’est ainsi que l’on goûte à la fumeuse référence envers Ira Levin – auteur de Rosemary’s Baby – nous amenant vers le furieux épisode 6 au cœur de l’asile psychiatrique. La saison 2 continue ainsi son manège d’irrévérences entre massacre d’animaux marins et attaque au pénis « Anaconda ». Grossiers et gore, les derniers chapitres trouvent leur rythme avec un aplomb insolent tenant enfin comme une entièreté avec une perspective définie. Les femmes prennent le pouvoir laissant les « Boys » jouer avec leurs joujoux inoffensifs avant une conclusion excitante.

Série « mâle alpha », The Boys laisse la part belle à ses héroïnes – mères de famille/vilaines ou super – salutaires pour le bien du show. Une rébellion bénéfique au programme qui se lancinait à suivre depuis le départ des protagonistes principaux insipides. Que ce soit la caricature Butcher, l’amoureux transi et toujours aussi chiant Hughie ou Frenchie et La Crème qui n’apportent rien au récit. L’émancipation de ce canevas patriarcal vient des femmes et cela fait un bien fou. Maeve trouve au dernier moment la force de réagir après le choc que fut la séquence de l’avion dans la première saison, Stella prend plus de risque et Kumiko apporte la rage nécessaire pour tenir tête au Sept. Kumiko qui a, malgré tout, le droit à un arc inutile au début de cette nouvelle saison, l’amenant tout de même à un sourire salvateur, séquence solaire lui permettant de trouver sa place auprès de Frenchie. 

The Boys ne règle pas tous ses soucis narratifs avec cette saison 2, mais réussit toutefois à entrevoir la lumière avec quatre derniers épisodes forts. La série supervisée par Eric Kripke trouve tardivement une structure pour mieux encadrer des personnages cyniques et malaisants, notamment Le Protecteur, pivot envers qui tout converge. Antony Starr est un fabuleux Superman psychotique aux travers que l’on adore détester. Le Protecteur s’ancre, dans cette deuxième saison, solidement comme l’un des plus surprenants méchants de série TV, s’essayant au rôle paternel avec une faux-semblance ravageuse. Le personnage nous glace le sang à la moindre apparition imprévisible, à l’image de son duo brutal et sordide avec Stormfront.
Par ce biais, The Boys continue d’être une curiosité au sein de la diversité aberrante de séries programmées chaque semaine un peu partout. Il manque juste au show de trouver véritablement sa voie dans une troisième saison attendue au tournant, notamment après la révélation en épilogue qui explique le gore en qualité de purée Mousline dans l’épisode 7 jubilatoire et diablement trompeur.

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