Adieu les cons : « épitaphe demain, il fera beau… »

Octobre 2020 : Albert « Bernie » Dupontel revient dans nos salles obscures avec son septième long métrage… le bien-nommé Adieu les cons. Acteur-réalisateur responsable d’une poignée de films joliment azimutés allant de la fin des années 90 jusqu’au début des années 2010 (le punk et impertinent Bernie, le comiquement vain et crypto-angoissé Le Créateur ou plus récemment le désopilant 9 mois ferme…) ledit Dupontel nous avait pourtant laissé sur un film davantage policé il y a trois ans de ça, à savoir un Au revoir là-haut certes sympathique et très correctement mené mais loin des aspérités « cancre-ci, cancre-là » de ses premiers métrages… Retour du franc-tireur avec cette épopée des temps modernes particulièrement étonnante, occasion pour Albert de renouer – en partie du moins – avec le ton mordant et le visuel cintré de ses débuts…

Adieu les cons part de prime abord d’un argument complètement improbable, façon « scénario tarabiscoté passant à la machine à malaxer le ciboulot une fricassée de personnages totalement opposés les uns par rapport aux autres » : récit de petite mine racontant la quête entreprise par Suze Trappet (Virginie Efira, au demeurant magnifique et à fleur de peau) pour retrouver son enfant né sous X une trentaine d’années plus tôt, épaulée d’un affairiste oppressé (Dupontel, taillant un rôle à sa mesure et à merveille…), d’un aveugle enchanté (Nicolas Marié, crédible mais sans plus) et enfin d’un gynécologue amnésique (Jackie Berroyer, bouleversant comme toujours…) l’intrigue cultive sa respectable densité divertissante avec une poignante honnêteté, tout en distillant quelques sous-textes terriblement d’actualité : hégémonie des écrans, bureaucratie kafkaïenne digne des films de Terry Gilliam (on entrevoit du reste le célèbre réalisateur au détour d’un petit rôle d’animateur télévisé joliment barré ; par ailleurs la référence à Brazil est frappante et assumée telle quelle dès le premier acte dudit film) ou encore incapacité à laisser place aux sentiments humains au profit des profiteurs lucratifs et de l’ordre établi.

Le film est souvent drôle, renouant avec les merveilles slapstick du loufoque 9 mois ferme (l’objectif narratif est auguré par une scène de suicide manqué dans le plus pur hommage burlesque, méchante et faussement basse du front) mais apportant dans la même énergie facétieuse une promesse d’un cinéma véritablement aimable, capable aussi bien d’user de son auto-dérision permanente que d’une corde sensible pleine d’amertume, de tendresse et de désenchantement communicatifs. Albert Dupontel et ses partenaires sont remarquables dans leur manière de défendre un film qui – sur le papier – aurait pu s’avérer ridicule ou simplement raté, le métrage jouant de ses images d’Épinal avec justesse et, de fait, sans roublardise. Sur le plan du registre et de l’ampleur Adieu les cons figure parmi les plus beaux films du réalisateur, s’avérant du moins l’un des plus aboutis mais aussi l’un des plus tristes… Superbe.

2 Rétroliens / Pings

  1. Édito – Semaine 44 -
  2. Édito – Semaine 45 -

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