The Haunting of Hill House : Récit d’une famille hantée

De cinéaste montant à la carrière plutôt intéressante, Mike Flanagan s’est imposé avec The Haunting of Hill House comme l’un des nouveaux maîtres du cinéma d’horreur, sous la haute influence de Stephen King (qu’il a déjà adapté à deux reprises avec Jessie et Doctor Sleep), capable de nous coller les pires frissons de notre vie mais jamais de façon gratuite, s’inscrivant toujours dans les émotions et les douleurs de ses personnages. Ainsi, en adaptant librement un classique de la littérature d’épouvante de Shirley Jackson (La Maison Hantée, déjà adaptée sous la houlette de Robert Wise en 1963 et de Jan De Bont en 1999), Flanagan pose les jalons d’un véritable chef-d’œuvre du genre, récit de maison hantée certes mais ici, ce sont sûrement les personnages qui sont plus hantés que l’inquiétante demeure Hill…

Des années auparavant, alors qu’elle habitait l’imposante Hill House, la famille Crain a été victime d’une tragédie, le suicide de leur mère. Traumatisés par cet événement dont ils n’ont jamais su grand-chose à cause d’un père taiseux, les cinq enfants Crain ont affronté la vie comme ils peuvent, hantés à jamais par le destin funeste de leur mère dans cette inquiétante maison qui a influencé leur vie. Alors que Steven écrit des bouquins sur les fantômes sans y croire, Shirley travaille dans les pompes funèbres, posant un regard clinique sur la mort et Theodora, douée de certains pouvoirs, est pédopsychiatre. Les deux petits derniers, les jumeaux Nell et Luke ont été les plus atteints par le drame, l’une tombant dans la dépression, l’autre dans la drogue. Bien des années plus tard, la mort frappe encore à leur porte et force la famille Crain à se réunir pour affronter ses fantômes…

De ce pitch prometteur, Mike Flanagan (scénariste sur de nombreux épisodes mais réalisateur de l’intégralité de la série) vient mettre de côté la plupart des clichés du genre moderne et met à l’amende l’ensemble de la saga Conjuring et ses jump-scare mécaniques, préférant avant tout miser sur une ambiance s’installant minutieusement au fil des épisodes. Le cinéaste connaît bien les rouages du genre et ne manque pas de nous arracher de véritables frayeurs à chaque épisode avec quelques visions effrayantes (si l’on rajoute à ça les nombreux fantômes cachés en arrière-plan et que l’on peut dénicher ponctuellement dans les détails du décor, la mission terreur de la série est largement remplie) mais ce n’est clairement pas ça le cœur de la série. Évoluant sur deux temporalités se répondant sans cesse (le passé et la vie à Hill House puis le présent avec les enfants adultes, où l’on ressent une fois de plus l’influence de King et de Ça, son chef-d’œuvre), The Haunting of Hill House est avant tout le récit d’une famille hantée, brisée par le deuil, le chagrin, l’incompréhension et la peur (et d’ailleurs pendant quasiment toute la série, le doute peut être permis sur la nature surnaturelle des événements, les fantômes aperçus par les personnages pouvant être les manifestations de leur esprit troublé).

C’est en creusant au plus près de ses personnages que la série fait mouche, nous les présentant au fur et à mesure, les cinq premiers épisodes se concentrant chacun sur un enfant Crain et, chose intéressante, le portrait des cinq frères et sœurs correspond aux cinq étapes du deuil, véritablement la thématique clé de The Haunting of Hill House. Après ces cinq épisodes permettant de lever le voile sur les personnages, la série vient cristalliser tous ses enjeux dans un sixième épisode de haut vol, véritable prouesse technique (il est composé de cinq plans-séquences) bourré de tension réunissant toute la famille à l’écran dans le présent pour la première fois. Dès lors, The Haunting of Hill House délaisse peu à peu son programme horrifique pour aller vers le drame pur et dur jusqu’à un épisode final particulièrement bouleversant, révélant que la véritable horreur n’est pas faite de portes qui grincent et de fantômes aux cous tordus mais bien de la solitude que l’être humain peut éprouver à la perte d’un être aimé. Mike Flanagan rend alors la mort plus déchirante que jamais mais lance un véritable appel à l’amour et à la compréhension pour mieux pallier à la solitude, au chagrin et au deuil minant notre existence. Le scénariste et réalisateur transcende ainsi son histoire de départ pour aller toucher au cœur de quelque chose d’universel que l’on avait rarement vu aussi bien exprimé sur un écran, les fantômes servant de catalyseur à cette histoire familiale tragique.

Emmenée par une distribution de haut vol (on saluera le directeur de casting qui a su caster enfants et adultes se ressemblant étonnamment, on appréciera de retrouver les trop rares Henry Thomas, Carla Gugino et Timothy Hutton dans de très beaux rôles), réalisée avec soin et écrite avec une véritable compréhension de l’être humain, The Haunting of Hill House commence par nous arracher des frissons mémorables puis finit par carrément nous arracher des larmes et ce en l’espace de dix épisodes. Dix épisodes formant un véritable chef-d’œuvre du genre qui a bien compris comment toucher son spectateur et qui livre ses secrets avec une maestria beaucoup trop rare pour ne pas être saluée.

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