Blackbird : Bye Bye Lilly

Registre bien spécifique, le drame tournant autour des réunions de famille a depuis toujours nourri nombreuses fictions, qu’il s’agisse de pièces de théâtre, de romans ou de films. Il ne sera alors guère étonnant de voir débarquer sur nos écrans Blackbird, nouvelle version d’une pièce de théâtre de Christian Torpe déjà adaptée en 2014 par Billie August. Torpe y officie en tant que scénariste tandis que c’est Roger Michell, réalisateur du fameux Coup de foudre à Notting Hill qui se charge de la réalisation.

C’est donc à une réunion de famille à laquelle nous assistons, mais là où dans de nombreux films du genre, le drame éclate alors qu’une fête était organisée (avec Festen comme référence indétrônable), ici le drame est déjà présent avant la réunion. En effet, Lilly, mère de deux filles, grand-mère d’un petit-fils est atteinte d’une grave maladie qui, à terme, la privera de ses fonctions motrices. Refusant de finir sa vie dans cet état, elle a décidé de recourir à l’euthanasie, avec l’aide de son mari. Avant de mourir, elle rassemble donc ses proches pour un dernier week-end à passer ensemble…

Le pitch est lourd mais Blackbird a la bonne idée de ne jamais s’appesantir dessus. Si l’on excepte une ou deux séquences qui font office de ‘’passages obligés’’ dans un film de ce calibre (comme cette scène où la fille cadette envoie à sa mère une volée de reproches), force est de constater que Blackbird fonctionne sur la pudeur et la simplicité. Michell a beau nous offrir quelques plans étrangement pensés, il est avant tout concentré sur ses acteurs, la force motrice du film. Le scénario, déjà solidement écrit, aborde de façon frontale la question de la mort à venir et du deuil qui va s’ensuivre, deuil qui n’est jamais géré de la même façon par les uns et les autres. En auscultant les peurs, les chagrins et les névroses de sa petite galerie de personnages, Blackbird sait toucher en plein cœur.

Sans faire dans l’originalité (bien que le plaidoyer pour l’euthanasie soit vibrant et pas si fréquent que ça dans le cinéma américain), le film émeut constamment en s’attardant au plus près des personnages chez qui l’on ne peut s’empêcher de reconnaître des traits de notre propre famille, de la mère trop coincée à la sœur un peu perdue. Le casting rassemblé par Michell est ainsi fabuleux, chacun sachant se faire oublier derrière leurs personnages sans pour autant se départir de leur talent habituel. On appréciera ainsi de retrouver Susan Sarandon dans un rôle plein de dignité tandis que Sam Neill émeut en mari résolu à accompagner sa femme jusqu’au bout. Kate Winslet (que l’on n’avait pas vue à l’écran depuis Wonder Wheel), Mia Wasikowska, Lindsay Duncan, Rainn Wilson, Anson Boon et Bex Taylor-Klaus se montrent aussi très convaincants, chacun ayant le droit à son moment d’émotion sans pour autant tirer la couverture à soi, l’ensemble du casting se montrant totalement au diapason de son sujet.

Bouleversant par sa façon d’aborder la mort mais rempli de dignité et d’un réalisme saisissant dans la description de ses émotions, Blackbird est un film dont il est impossible de sortir sans être ému, nous redonnant le goût de la vie en nous faisant réaliser son importance. Un beau cadeau à ne pas louper, à condition de bien vouloir se laisser emporter par l’émotion lors de quelques séquences sacrément poignantes…

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