46e édition du festival du Cinéma Américain de Deauville: Jour 7

Vendredi 11 septembre, nouvelle journée marathon au sein du Festival du Cinéma Américain qui approche de sa clôture. A.D.N de Maiwenn ne se dévoilera point à nous faute de places « pour les deux » pour sa première en grande pompe au C.I.D devant un parterre d’invités triés sur le volet et une flémingite aiguë pour tenter dans la file d’attente pour la seconde projection au Casino préférant un dîner gras Salade/tomate/sans oignons. 

Mais la journée aura débutée sous les meilleurs auspices avec la découverte en projection presse du premier long-métrage de Douglas Attal, Comment Je suis Devenu Super-Héros. Après quelques apparitions en tant qu’acteur chez les amis pour Radiostar, La Prochaine Fois je Viserai le Coeur et Fonzy, le fils du producteur Alain Attal se donne les moyens de ses ambitions avec une agréable surprise. La première fois que les supers-héros sont respectés au cinéma avec un aplomb et une iconisation procurant au film une ambition folle. Si le scénario se rapproche beaucoup de celui de Project Power, film de supers sur Netflix, le film d’Attal reste les pieds sur Terre pour développer un univers commun et quotidien y injectant une dose de héros et d’un vilain perturbé diablement bien campé par Swann Arlaud. On ne vous en dit pas plus pour le moment, on reviendra plus spécifiquement sur le film pour sa sortie en salles le 16 décembre 2020. Un beau cadeau pour Noël d’avoir enfin le droit à des super-héros français crédibles et beaux. 

Comment je suis devenu super-héros avec Pio Marmaï

On poursuit la journée en remaniant notre planning pour découvrir Le Poids du Déshonneur, en copie 35mm, dans le cadre de l’hommage à Barbet Schroeder pour cette édition. On devait découvrir Shiva Baby, en compétition, mais suite à l’intervention de Philippe Rouyer la veille dans son discours hommage au réalisateur, ainsi que le discours même de Schroeder après avoir reçu son prix honorifique, nous étions convaincus de devoir donner la priorité à ce film aujourd’hui oublié, seulement distribué sur une seule pauvre copie sur Paris lors de sa sortie discrète en 1996. Pourtant le sujet ne manque pas d’intérêt, tout autant que son casting réunit Meryl Streep, Liam Neeson et Edward Furlong. Le Poids du Déshonneur raconte le combat de parents pour sauver l’honneur de leur fils pris dans une obscure histoire de meurtre. Schroeder a la fabuleuse intuition de focaliser son point de vue sur les deux parents et de les suivre jusqu’au bout dans leur combat pour la vérité et sauver leur fils accusé. Ainsi le spectateur passe par des sentiments de culpabilité, de haine et de rage suivant le père à effacer les preuves et comprenant la mère dans sa volonté d’établir une vérité juste. Le long-métrage de Barbet Schroeder mérite une seconde vie en espérant rapidement avoir le droit à une édition vidéo digne de ce nom pour rétablie l’honneur d’un film sali faute à un marketing inopérant à l’époque par l’une des succursales de Disney. 

Le Poids du Déshonneur de Barbet Schroeder (1996)

Direction maintenant le cinéma Le Morny pour découvrir le film suscitant un efficace bouche-à-oreille dans les arcanes du festival. Présenté dans le cadre de la Compétition, Uncle Frank se déroule en 1973, Beth, encore adolescente, quitte sa campagne natale pour aller étudier à l’Université de New York où enseigne son oncle Frank, un professeur de littérature réputé. Elle découvre rapidement qu’il est homosexuel et qu’il partage sa vie depuis longtemps avec son compagnon Wally ; une relation qu’il a toujours gardée secrète. Mais le jour où Mac, le patriarche grincheux de la famille, décède subitement, Frank est contraint de retourner auprès des siens, accompagné de Beth et Wally, afin d’assister aux funérailles. Durant le trajet, il doit confronter les fantômes de son passé et regarder sa famille en face une fois arrivée sur place.
En effet, Uncle Frank se révèle être une réussite puissante sur un sujet rebattu, mais toujours aussi fort, notamment entre les mains d’Alan Ball, reconnu pour son travail sur la série Six Feet Under. Paul Bettany trouve, avec ce film, son plus beau rôle de ses dernières années, l’acteur s’étant enfermé dans les projets commerciaux chez Disney entre Avengers et Solo : A Star Wars Story. À ses côtés, une autre actrice venue du casting de Ça d’Andrés Muschietti, après Jack Dylan Grazer dans Don’t Tell a Soul, Sophia Lillis dévoile un charme ravageur se confrontant au talent de Bettany, lui tenant même tête, leurs échanges étant d’une intelligence et d’une beauté rare. Uncle Frank est une expérience intense de cinéma, d’écriture et de dialogues justes, à découvrir rapidement sur Amazon Prime. 

Uncle Frank réalisé par Alan Ball

À peine le temps de se remettre de l’émotion vive procurée par Uncle Frank d’Alan Ball, nous filons au C.I.D pour découvrir Rouge de Farid Bentoumi avec Zita Hanrot et Sami Bouajila. Cinq ans après la comédie sportive Good Luck Algéria, déjà avec Sami Bouajila, les deux hommes sont de retour pour un drame mêlant écologie et social inspiré de faits réels. En salles le 25 novembre, Rouge suit Nour venant d’être embauchée comme infirmière dans l’usine chimique où travaille son père, délégué syndical et pivot de l’entreprise depuis toujours.
Alors que l’usine est en plein contrôle sanitaire, une journaliste mène l’enquête sur la gestion des déchets. Les deux jeunes femmes vont peu à peu découvrir que cette usine, pilier de l’économie locale, cache bien des secrets.  Entre mensonges sur les rejets polluants, dossiers médicaux trafiqués ou accidents dissimulés, Nour va devoir choisir : se taire ou trahir son père pour faire éclater la vérité.
Farid Bentoumi prend un virage juste en compagnie de la toujours aussi belle et juste Zita Hanrot face à Bouajila incarnant son père, force tranquille charismatique devenu une valeur de notre cinéma à la hauteur des plus grands. Rouge est un drame efficace et limpide manquant d’ampleur se fourvoyant dans une sobriété privilégiant la mise en valeur des acteurs et de leurs personnages face à des choix cornéliens et vitaux. 

Rouge avec Zita Hanrot et Sami Bouajila

Refoulés pour A.D.N de Maïwenn et échaudé par une seconde projection, nous patientons devant un beau couché de soleil en direct de la plage de Deauville. À 22h nous rejoignons le C.I.D pour la première Française de Wander réalisé par April Mullen, dont c’est le 8e film selon IMDB, ayant réalisé moult épisodes pour des séries telles que DC’Legends of Tomorrow ou The Rookie. Aaron Eckhart tient le rôle principal, aux côtés de Tommy Lee Jones, incarnant Arthur Bretnik, un détective privé mentalement instable depuis la perte de son enfant. Il est engagé afin d’enquêter sur une mort suspecte dans la petite ville de Wander. Il est convaincu que l’affaire est liée à la mort de sa fille. On s’étalera peu sur le film qui a peiné à nous convaincre par une forme vomitive et un concept répulsif. Nous avons fini de suivre le film d’un œil nous plongeant, au fil de l’enquête, au cœur d’un sommeil salvateur. Nous vous conseillons donc de passer outre l’expérience de Wander, si par chance un jour le film débarque en France. Mention pas très spéciale au Festival de Deauville nous faisant subir des sous-titres affligeants, québécois en l’occurrence ici. Ce n’est pas une première après des sous-titres douteux pour Critical Thinking provenant directement de Google Trad. Un peu plus de sérieux serait bienvenu, notamment envers le spectateur qui achète son billet et/ou son pass festival, Tabarnak !

Aaron Eckhart dans Wander

Demain, dernière grosse journée avant de caler les valises dans le coffre et filer retrouver enfin les nôtres. Une semaine de festival ça use, ça use… retrouver la chaleur de chez nous fera le plus grand bien, surtout que la fatigue commence réellement à se sentir. Rendez-vous tout de même demain, même endroit !

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