Wendy : Les enfants sauvages

Après s’être fait remarquer en 2012 avec Les bêtes du sud sauvage, Benh Zeitlin s’est montré relativement discret et c’est seulement cette année que débarque Wendy, son second long-métrage, présenté au festival de Deauville et prévu pour une sortie en salles le 9 décembre prochain. Le cinéaste s’y montre en pleine possession de ses moyens, se permettant une relecture audacieuse et très personnelle de l’histoire de Peter Pan, centrée, comme le titre l’indique sur le personnage de Wendy.

Celle-ci, gamine rêveuse vivant avec ses frères et sa mère dans un diner près d’une gare voit un jour disparaître un enfant, montant sur un train, invité par une étrange silhouette. Quelques années plus tard, Wendy revoit la silhouette et embarque à son tour sur le train avec ses frères. C’est là qu’ils rencontrent Peter Pan, jeune gamin en guenilles qui les mène jusqu’à une mystérieuse île volcanique où l’on ne grandit jamais à moins de perdre le pouvoir de l’imagination et de la rêverie. Mais quand l’un des frères de Wendy commence à montrer des signes de vieillissement, c’est tout le destin de l’île et des enfants perdus qui va basculer…

Maintes fois adapté au cinéma, l’œuvre de J.M. Barrie n’a jamais cessé de captiver l’imaginaire des cinéastes. Encore récemment on lui compte plusieurs adaptations peu heureuses (Peter Pan en 2003, Pan en 2015) et l’on comptait sur le talent singulier de Zeitlin pour lui donner une autre dimension. C’est chose faite puisque Wendy se révèle être une fabuleuse ode à l’enfance et à son univers imaginaire tout en travaillant des thématiques plus adultes, invitant ainsi à considérer la vieillesse comme une aventure aussi belle que la jeunesse et à ne jamais laisser l’aigreur s’emparer de nous. Traversé par de véritables moments de cinéma et une pelletée d’idées visuelles, Wendy confirme la singularité de l’univers de Zeitlin, sa prédilection pour les récits à hauteur d’enfants où l’émerveillement se dispute à l’énergie, son goût de la nature (les décors naturels sont superbes et font un bien meilleur travail que les CGI que n’importe quel autre réalisateur aurait privilégié) et son sens du montage qui transforment le film en une aventure endiablée où Peter, Wendy et le capitaine Crochet ont des allures de clochards célestes.

Le véritable problème de Wendy réside justement dans son rythme, excessif, ne prenant jamais vraiment le temps de se poser. Les séquences s’enchaînent vite, prises dans le tourbillon d’une mise en scène virevoltante, le tout souligné par une musique entraînante particulièrement redondante, transformant la moindre scène en morceau de bravoure, se refusant d’avoir le moindre temps mort. Cette recherche effrénée du rythme est exténuante surtout quand le film s’autorise une bonne vingtaine de minutes en trop, semblant avoir du mal à laisser le spectateur souffler. Un meilleur équilibre aurait été bienvenue et aurait certainement permis à Wendy de se frayer un chemin au plus près de nos cœurs.

Ici, l’émerveillement du début laisse parfois place à l’agacement devant ce trop-plein de vie, cependant justifié par l’énergie débordante des enfants (la jeune Devin France en tête) et par le sujet même. La poésie du film, indéniable, aurait gagnée à être canalisée mais il ne faut cependant pas enlever à Wendy ses innombrables qualités. Rarement une adaptation de J.M. Barrie aura été aussi audacieuse et réussie, sachant trouver sa propre voix dans un univers de plus en plus uniforme. S’il est fatiguant, le souffle de Wendy est sans conteste salvateur et le voyage, sans nul doute, en vaut la peine, ne serait-ce que pour mesurer combien il faut profiter du temps qui passe et combien il est nécessaire de garder auprès de soi l’enfant qui est en nous.

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