Énorme : Couple au bord de l’accouchement

Claire Girard, pianiste reconnue a une routine bien établie avec son mari Frédéric : il lui sert d’agent, de manager et organise toutes ses tournées, au point de la laisser en retrait même lors des événements mondains. Le couple s’était mis d’accord sur une chose : ne pas avoir d’enfants, beaucoup trop incompatible avec leur existence. Seulement voilà d’un coup à 40 ans, Frédéric veut un bébé. Puisqu’il s’occupe littéralement de tout dans l’existence de Claire, il remplace ses pilules contraceptives par des sucrettes et lui fait un enfant dans le dos. Se retrouvant enceinte sans trop savoir comment, Claire devient énorme et Frédéric complètement gnangnan.

Voilà pour le savoureux pitch de ce nouveau long-métrage de Sophie Letourneur, réalisatrice qui, jusqu’ici ne nous avait que moyennement convaincu avec ses précédents essais. Ici, sans abandonner son style habituel, mêlant fantaisie et légèreté avec une approche documentaire, elle surprend, se montrant en pleine possession de ses moyens, livrant avec Énorme une comédie acerbe et parfois improbable sur le couple et ses rapports de force tout en auscultant ce qui peut se passer dans le corps d’une femme durant sa grossesse. Un programme touffu, la comédie grinçante servant évidemment à cerner la complexité des rapports du couple formé par Claire et Frédéric. Lui la vampirisant complètement jusqu’à la rendre enceinte sans son consentement, elle se laissant d’abord aller sans donner l’impression de maîtriser quoi que ce soit avant de reprendre peu à peu le contrôle.

L’audace du film vient également de son dispositif de mise en scène. Claire et Frédéric multipliant les rendez-vous à l’hôpital avec différents médecins, Sophie Letourneur a mis en boîte les plans avec le personnel médical en l’absence des acteurs principaux en choisissant de tourner avec de vrais professionnels du monde hospitalier, soit lors de vrais rendez-vous, soit lors de séquences improvisées. A Marina Foïs et Jonathan Cohen d’arriver ensuite et de tourner les contrechamps nécessaires en collant aux plans précédemment tournés. Une authenticité poussée au maximum jusque dans la scène d’accouchement dans un esprit de réalisme cher à Letourneur qui n’en oublie pas moins de verser dans la fantaisie pure quand elle fait grossir d’un coup le ventre de Claire.

Ce mélange entre véracité et fiction, propice à l’improvisation mène le film sur un équilibre précaire toujours maintenu par le montage (qui fut de l’aveu de la réalisatrice, assez difficile) opéré par Letourneur qui sait trouver le ton juste pour cerner le film sans avoir peur du ridicule et du grotesque. A ce titre, le choix des deux acteurs principaux était primordial et le couple formé par Marina Foïs (en retenue mais sacrément charismatique) et Jonathan Cohen (décidément formidable), tous deux rompus à l’exercice de la comédie, est dépeint de façon totalement crédible. On assiste ainsi, tour à tour amusés, médusés, étonnés et hilares à l’évolution de leur couple et de cette grossesse impromptue. En mettant autant en avant le corps de Claire et en auscultant avec un regard acerbe (mais juste) le couple, Sophie Letourneur livre là son meilleur film, fable à la fois tendre et cruelle sur ce qui fait tourner un couple et ce qu’une grossesse peut faire subir à une femme. Une belle réussite assurément.

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