Le sillage de la violence : Condamné dès l’enfance

Cinéaste rare, mais précieux dont bon nombre de titres sont encore indisponibles chez nous, Robert Mulligan fait partie de ces réalisateurs dont chaque film fascine et étonne, par son humanisme et ses problématiques sociales souvent attaquées de front (le racisme dans Du silence et des ombres, l’avortement dans Une certaine rencontre). De fait, la sortie du Sillage de la violence chez Rimini Éditions en Blu-ray et DVD le 7 juillet dernier est donc un cadeau que l’on ne se refuse pas, surtout que le master exploité par Rimini est d’une irréprochable qualité.

Retrouvant Steve McQueen après Une certaine rencontre, Mulligan lui offre à nouveau le rôle d’un musicien (chose étonnante tant l’acteur apparaît mal à l’aise sur les scènes où son personnage doit chanter même s’il est doublé pour ça) mais cette fois-ci beaucoup plus torturé. McQueen incarne en effet un de ces personnages que le cinéma affectionne tant, un loser magnifique, un homme qui veut s’en sortir mais qui, on le sait dès le début, ne parviendra jamais à s’extirper de sa condition sociale. Libéré de prison sur parole, orphelin soumis à l’autorité d’une figure maternelle qui l’a toujours considéré comme un bon à rien, Henry entrevoit un peu d’espoir quand sa femme Georgette et sa fille viennent le rejoindre et tâche de mener une vie tranquille loin des ennuis. Mais, traumatisé par une enfance faite de brimade, Henry a bien trop de violence en lui et menace d’exploser à tout moment…

Écrit par Horton Foote d’après sa propre pièce de théâtre, Le sillage de la violence affirme un goût un peu trop prononcé pour le portrait psychanalytique qu’il fait d’Henry pour totalement convaincre. Les années 50 et 60 à Hollywood sont marquées par un goût accentué pour des portraits psychologiques inspirés de la psychanalyse avec, entre autres, la grande influence de Tennessee Williams. Le sillage de la violence n’y échappe pas et se montre finalement peu subtil avec le portrait d’Henry, que Steve McQueen campe un peu maladroitement, l’acteur débordant de charisme, mais manquant de certaines nuances à même de tirer le film vers des sommets. Reste alors Lee Remick, formidable actrice pour apporter de la tendresse et de la subtilité à un récit qui en manque. Son personnage de mère courage, discrète mais prête à toutes les épreuves, est d’autant plus marquant qu’il est très souvent en retrait tout en étant le pivot du film.

Maladroit dans son récit, Le sillage de la violence compense le tout grâce au travail que Mulligan effectue à la mise en scène, bien aidé par la photographie du grand Ernest Laszlo (En quatrième vitesse, Stalag 17, La cinquième victime). Le cinéaste, à défaut d’avoir pu mettre totalement à l’aise McQueen dans son rôle, filme chacune des séquences avec un savant sens de la mise en scène, capable d’aller à l’essentiel, sachant se tenir à bonne distance des personnages pour créer l’émotion sans pour autant avoir peur de flirter avec l’horreur, notamment lorsqu’il filme la maison et la porte de la chambre de la mère adoptive d’Henry, étonnant moment d’angoisse dans un pur mélodrame. Bien que pas toujours convaincant (on a vu plus habile pour traiter un sujet similaire) mais néanmoins souvent touchant, Le sillage de la violence n’en reste pas moins une jolie découverte à faire surtout dans un master d’une telle qualité, nous faisant renouveler toute notre admiration à Robert Mulligan et au joli travail éditorial de Rimini.

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