Terrible Jungle : Dans la jungle tropicale, vit un étrange animal

Récompensé à de multiples reprises pour ses prestations au théâtre, Vincent Dedienne renoue une fois de plus avec l’univers cinématographique qu’il connaît désormais plutôt bien. Après avoir longtemps animé une chronique d’actualité humoristique sur Canal+ dans le Petit Journal puis sur Quotidien, les amateurs de son humour cru et cinglant peuvent enfin se réjouir de le redécouvrir dans les salles obscures. Lui qui ne manquait pas une occasion d’afficher son admiration pour l’actrice Catherine Deneuve, on peut dire que son souhait est exaucé. Terrible Jungle est d’ailleurs doté d’un casting fort intéressant et relativement atypique. Aux côtés de ces deux personnalités, nous y retrouvons Jonathan Cohen, désormais connu pour son irrésistible personnage de Serge le mytho dans la mini série Bloqués; Esteban, chanteur du groupe Naive New Beaters et acteur de plus en plus populaire et présent au cinéma; ainsi que la magnifique Alice Belaïdi, discrète, mais non moins active sur grand écran. Et pour terminer Patrick Descamps, un visage qui ne vous ai pas forcément familier au cinéma et pourtant bien connu du milieu théâtral. Une manière originale de faire le lien entre une ancienne brillante génération et une nouvelle vague d’acteurs et d’actrices aussi talentueux qu’attendrissants.

Eliott de Bellabre (Vincent Dedienne) est un anthropologue farouche en froid perpétuel avec sa mère, Chantal de Bellabre (Catherine Deneuve), éminente anthropologue elle aussi. Leur conflit vient d’une divergence viscérale dans la vision d’exécuter leur travail. C’est en partie à cause de cette distance entre la mère et le fils qu’Eliott décide d’aller à la rencontre de la tribu des Otopis, une tribu autochtone située au milieu de la jungle amazonienne. Son but est d’apprendre sur le terrain comment vivent les autochtones d’une civilisation reculée et totalement en marge de la société actuelle. Son périple ne se déroulera évidemment pas comme prévu et sera parsemé d’embûches et de rebondissements.

Terrible Jungle est une comédie d’aventure française réalisée par Hugo Benamozig et David Caviglioli. Des comédies d’aventures, il en sort régulièrement en France, de plus ou moins bonnes factures, mais rares sont celles qui savent adroitement mêler l’humour, la qualité narrative et un bon scénario. C’est cependant le cas de Terrible Jungle. Premier projet de la part de David Caliglioli, la structure scénaristique du film est moins surprenante lorsqu’on sait Hugo Benamozig déjà rodé dans l’art du scénario, s’étant illustré sur la saison 2 de Platane. Sans être un film choral, les scénaristes parviennent à donner une importance et un temps d’apparition à l’écran à peu près égal à tous les protagonistes. Bien que Vincent Dedienne tienne le rôle principal du film, il n’en est pour autant pas la vedette. Il en résulte des personnages forts de caractère et bien construit qui dictent le tempo de cette aventure riche en rebondissements. Jonathan Cohen dévoile une subtilité de jeu plus intéressante que ce dont il se contentait aux côtés de Gringe et Orelsan. Quant à Vincent Dedienne, ses mimiques, répliques et autres gestuelles bien à lui entretiennent le personnage aussi attachant qu’on lui connaît. Les surprises les moins surprenantes se révèlent être Deneuve et Descamps qui jouent des rôles qu’on leur prête volontiers depuis des années. Catherine Deneuve incarnant une femme forte de caractère, intransigeante et presque froide reprenant des airs des grands personnages de fiction féminins des années 40. Descamps quant à lui campe le rôle d’un businessman mafieux qui trempe volontiers dans de sales affaires pour faire fructifier les siennes au maximum. Paradoxalement, en incarnant la fille de la cheffe de la tribu et donc logiquement la nouvelle cheffe, Alice Belaïdi est la seule à incarner un personnage sommes toutes proche de notre comportement d’hommes (ou de femmes) modernes et « civilisé » (donc à peu près normal). Une très belle brochette de personnages hauts en couleurs qui donnent le ton et le rythme à une comédie bien huilée.

La mise en scène rend compte des décors de la jungle, notamment de la Guyane, bien que le tournage se soit entièrement déroulé à l’île de la Réunion. Apportant une atmosphère tantôt angoissante, tantôt mystérieuse mais toujours splendide. Cette contrainte à laquelle les deux comparses réalisateurs se sont soumis est certainement l’élément le plus déterminant dans la qualité visuelle du long métrage. Sortir du confort des studios pour affronter la nature de plein fouet est un défi que peu de cinéastes acceptent de relever. C’est pourtant une excellente source d’inspiration et d’images aussi splendides les unes que les autres. Comme l’indiquent d’ailleurs les réalisateurs, certains plans et certaines séquences s’inspirent du travail du réalisateur Werner Herzog, cinéaste allemand aussi fou qu’incroyable.

Forcément, tourner au contact de la nature n’est pas chose aisée et finit toujours par amener sa vague d’imprévus abattant intempéries et aléas malencontreux sur le tournage et entraînant des conditions particulièrement compliquées. Notamment pour l’actrice Alice Belaïdi s’étant cassé la cheville et l’obligeant à une démarche particulière durant le film. Ce sont toutes ces petites modifications imprévues qui rendent Terrible Jungle plus concret, plus vrai, plus menaçant et sérieux.

En sommes c’est un film qui mérite le déplacement en ces temps de désertion des salles de cinéma dû aux contraintes sanitaires. On ne s’ennuie à aucun moment et les temps morts de l’histoire sont toujours très comiques à regarder, le rythme ne se brisant jamais intégralement. Dommage qu’il sorte à une période si traître, mais sa qualité et l’aura de ses comédiens suffiront peut-être à attirer du monde en salle.

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