Le Retour de Ringo – Test Blu-Ray

Réalisateur : Duccio Tessari / Casting: Giuliano Gemma, Fernando Sancho, Lorella De Luca / Genre: Western / Compositeur: Ennio Morricone / Date de sortie: 1965 / Durée: 96 minutes / Pays: Italie /

Synopsis: De retour de la guerre de Sécession, Ringo retrouve sa ville sous la coupe réglée de bandits mexicains. Au milieu des habitants terrorisés et du shérif impuissant, il voit sa femme aux côtés du chef des bandits. À lui seul, Ringo va entreprendre la reconquête de la ville.

Critique film: Duccio Tessari commence avec succès sa carrière de réalisateur en 1962 avec Les Titans. Un péplum où il côtoie pour la première fois Giuliano Gemma, qui deviendra son acteur fétiche avec pas loin d’une dizaine de films. Trois ans plus tard, les deux hommes se retrouvent pour Un Pistolet pour Ringo, qui ouvrira la brèche dans l’exploitation de Ringo, héros du western italien à l’image de Django et compagnie. Suite au succès du film en 1966, les producteurs italiens et espagnols sentent la bonne affaire et exigent une suite à Duccio Tessari toujours avec Giuliano Gemma comme héros. Mais Tessari n’est pas un homme qui aime se répéter. Il ne fera que trois westerns dans sa carrière (La Chevauchée vers l’Ouest en 1969, toujours avec Gemma) avant de tenter la parodie de James Bond ou de tâter du Giallo, les deux films toujours avec Giuliano Gemma. Il signera même en 1975 le Zorro avec Alain Delon.
Pour une seconde aventure de Ringo, il truque légèrement la production. Le film se titre tout d’abord L’Odyssée des Longs-Couteaux, reprenant la trame depuis le chant XIII de L’Odyssée d’Homère où Ulysse reconquiert Ithaque et retrouve sa famille. Pour cela Tessari s’adjoint les talents de Fernando Di Leo – qui passera à la mise en scène avec entre autres Milan Calibre 9 ou Le Boss à la fin des années 60 – pour bouleverser la dramaturgie du western. Si le film s’articule autour du thème inhérent au genre, à savoir la vengeance, Di Leo et Tessari agrémentent le film d’une touche tragique avec la chute de la famille Wood, dont Giuliano Gemma incarne le dernier membre rentrant de la Guerre de Sécession. Ce qui procure au film une structure plus dense, resserrée et diablement efficace, soutenue par la présence charismatique de Giuliano Gemma, seul et unique Ringo.

Le Retour de Ringo, titre spéculant sur une fausse suite d’un personnage devenu populaire, signifie le retour d’un homme, héros mort et mari ressuscité, retrouvant sa ville aux mains d’une bande de Mexicains maintenant sa femme et sa fille. Duccio Tessari signe, outre la malicieuse pirouette, l’un des meilleurs westerns italiens de l’époque où Ringo est un héros fort, malin qui marquera son retour au cœur d’une séquence anthologique où le fantastique se mêle au western pour un final dynamité. Le long-métrage s’émancipe donc des exigences de la production bouleversant le western italien qui trouvera dans la tragédie un souffle nouveau, sans pour autant que le moindre film, à défaut de copier et d’exploiter un nom, ne réussisse à retrouver le niveau d’un titre bien au-dessus du lot.

Test Blu-ray :

Date de sortie vidéo : 4 juin 2019

Informations Techniques : Son: Versions : Français, Italien – Sous-titres : Français / Format 2.35 original respecté – 16/9ème – 1920/1080p – Couleur

Image : Une nouvelle fois, Artus Films réalise un joli travail sur ce fameux western, un brin méconnu du public. Par contre, les aficionados vont s’y retrouver avec un transfert fringant qui s’active à nous entraîner dans ce film tragique trouvant un bel écrin. 

Son : Une Version Originale plus fraîche que la VF sépulcrale. On retient aussi la VO comme l’originalité et la plus-value de cette édition, l’ancien DVD ne proposant à l’époque que la version française. 

Bonus Blu-ray :

Présentation du film par Curd Ridel : Comme dans les habitudes dans la collection «Western Européen» chez Artus, l’édition est agrémentée d’une présentation du film par Curd Ridel qui revient avec passion sur chaque protagoniste et membre technique du film en dévoilant leurs parcours et quelques fameux titres de leurs filmographies, procurant une irrésistible envie de découvrir les films mentionnés. Vous saurez tout, ou presque, sur le film grâce à ce module à voir expressément après le film.

L’Odyssée de Ringo : Rencontre avec Lorella De Luca, actrice du film, et Sergio D’Offizi, caméraman sur Le Retour de Ringo, qui reviennent chacun sur leurs expériences et leurs rapports avec les acteurs et autres techniciens. Si on apprend que Lorella De Luca ne s’entendait pas bien avec Nieves Navarro qui interprète Rosita, la liseuse de cartes, le caméraman appuie sur la bonne humeur ambiante, notamment sur la période à Barcelone. Un module intéressant qui permet de se faire une idée sur l’époque, la production des films et la vie sur un tournage. 

Les Grandes Tragédies dans le Western Européen : Sous la direction de Lionel Grenier (spécialiste de Lucio Fulci, mais pas que), Guillaume Flouret, Vincent Jourdan et Jérôme Pottier se partagent l’élaboration de ce livret riche d’une cinquantaine de pages. Soutenant la sublime édition confectionnée par Artus Films pour Le Retour de Ringo, les quatre hommes développent l’idée de la tragédie dans le western européen, mais aussi américain. Après une introduction signée Lionel Grenier, Gilles Vannier (ou Jérôme Pottier qui signe le chapitre) nous expose la tragédie dans le genre western. Ce genre spécifique aux années 40/60 s’étant façonné autour de l’héritage littéraire anglais et mythologique Grecque – et d’ailleurs – pour nous conter de grandes histoires de l’Ouest. Ce qu’assure Guillaume Flouret dans le chapitre suivant qui se focalise sur l’adaptation de la tragédie grecque dans le genre avec l’analyse du Retour de Ringo (qui nous intéresse ici) ou du Dernier des Salauds de Fernandino Baldi s’inspirant de la sanglante saga Orestie.

Vincent Jourdan conclut le livret de 59 pages avec toute une partie sur l’inspiration de William Shakespeare sur le western italien avec les exemples d’Un Doigt sur la Gâchette réalisé par Gianni Puccini (Roméo & Juliette) ou Django porte sa Croix d’Enzo G.Castellari émulant Hamlet à la sauce bolognaise. S’il faut avouer avoir une connaissance approfondie – voir les films cités est un plus – du genre pour mieux saisir les analyses, le livret est un complément de choix, un véritable plus pour cette belle édition d’un remarquable western méconnu. L’envie est irrémédiable de se pencher sur les références du livre et de conseiller à Artus Films de réfléchir à augmenter le livret pour une forme individuelle sur une centaine de pages pour ravir les fans d’un genre qui n’a pas encore fini de dévoiler toutes ses richesses.

Diaporama d’affiches et de photos

Film-annonce original

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