Westworld – saison 3 : un open-world beaucoup moins réussi

On avait terminé la saison 2 de Westworld sur une belle audace : Dolores quittait le parc, emmenant avec elle des perles contenant la personnalité de plusieurs hôtes et elle se dirigeait vers le monde extérieur pour y mener sa révolution tandis que le parc fermait à jamais ses portes. Un parti pris audacieux qui rebat d’emblée les cartes pour une troisième saison plus courte (8 épisodes au lieu de 10) et désormais ouverte sur le monde extérieur. De cela, on attendait beaucoup, une meilleure fluidité dans la narration et de nouveaux enjeux excitants.

Force est de constater que Westworld, en quittant le parc qui faisait son terrain de jeu et d’exploration, perd cependant de sa force et que si la série se montre effectivement plus limpide dans sa narration, c’est pour se reposer sur des ressorts de techno-thriller beaucoup plus classiques. Le risque était justement de perdre ce qui faisait le sel de la série en s’ouvrant au monde. Lisa Joy et Jonathan Nolan donnent hélas raison à la plupart de ces craintes tandis que cette saison avance en ronronnant, incapable d’équilibrer correctement la narration entre ses personnages, pourtant réduits. C’est ainsi que William se voit relégué au troisième plan, n’apparaissant pas avant le quatrième épisode (et Ed Harris lui-même s’est dit déçu de l’évolution de son personnage), que Bernard continue d’avancer en se demandant ce qu’il fait et que Maeve fait preuve d’un étonnant manque de perspicacité en faisant du sur-place toute la saison, elle qui était pourtant le personnage le plus intéressant de la deuxième saison. Face à un nouvel antagoniste en carton-pâte, écrit comme un vulgaire méchant de James Bond (Vincent Cassel méritait mieux), seule Dolores parvient à vraiment s’imposer tout au long de cette saison dont elle est incontestablement l’héroïne. C’est la seule avec un arc narratif bien précis venant trouver une belle conclusion à l’issue des 8 épisodes, la seule dont on comprend aisément les objectifs à mesure que son plan se dévoile, se révélant bien plus pertinent que la simple extermination des humains qu’elle prônait en saison 2.

Evan Rachel Wood, consciente de la portée tragique et sombre de son personnage, n’a d’ailleurs jamais été aussi impliquée (et aussi belle) dans le rôle, son magnétisme bouffant régulièrement l’écran alors que les autres acteurs n’ont pas grand-chose à jouer en face. Tessa Thompson dont le personnage de Charlotte est désormais devenue un hôte a un épisode particulièrement touchant (où on voit l’hôte de Charlotte éprouver des sentiments pour la famille de celle-ci) avant d’être un peu oubliée par le scénario tandis que Caleb (Aaron Paul, convaincant), nouveau venu pour aider Dolores dans sa révolution peine encore à trouver ses marques malgré un passif intéressant. C’est donc étonnamment sur le plan de l’écriture que la série ronronne, comme si en s’étant ouverte au monde, elle avait perdu de sa singularité et brassait désormais de nombreuses idées (scénaristiques et visuelles) déjà vues mille fois auparavant là où les deux premières saisons étaient parvenues à se hisser à un niveau assez vertigineux de questionnements sur l’être humain. Ici, entre une fin de saison rappelant Fight Club ou un cinquième épisode en forme d’exercice de style peu convaincant (qui a au moins le mérite de faire ressortir la chanson Emerge de Fischerspooner des limbes), Westworld donne la fâcheuse impression de brasser tout et n’importe quoi et surtout n’importe comment (il suffit de voir la façon dont le retour de certains personnages est traité pour s’en rendre compte) pour avancer vers une destination finale qui aurait pu être atteinte de façon bien plus originale et plus que jamais, cette troisième saison ressemble furieusement à une saison de transition, la série ayant d’ores et déjà été renouvelée pour une saison 4.

La véritable grande idée de la saison est pourtant sacrément excitante et en dit long sur ce que la série pense de l’humanité et du monde actuel. Dolores fait en effet découvrir à Caleb que chaque être humain est surveillé par une intelligence artificielle hors normes et que chaque moment de leur vie est prévu à l’avance. C’est ainsi que Caleb ne trouvera jamais un travail comme il y aspire : parce qu’il est considéré comme une singularité et que la société ne veut pas miser sur un type qui se suicidera certainement d’ici dix ans. Une riche idée qui donne un point en commun aux hôtes du parc et à la plupart de l’humanité : ce sont des êtres qui pensent avoir le choix mais qui n’en ont finalement aucun, coincés dans un scénario prévu par des têtes pensantes qui ne les laisseront pas en sortir à moins de… mener une révolution pour enfin avoir le libre-arbitre. Cette idée, principal moteur de la saison, est assez passionnante et permet à la série de montrer combien elle reste intelligente quand elle se décide à fustiger l’humanité avec une belle acuité.

Il sera alors décevant de constater que pour une idée rafraîchissante, cette saison multiplie les fautes de goût. Parfois trop classique et même carrément à côté de la plaque quand elle ne sait que faire de ses personnages, Westworld semble avoir perdu ses scénaristes en décidant de s’étendre au monde. C’était à vrai dire une prise de risque consciente qui pouvait tout autant amoindrir la série que lui donner une autre ampleur. Espérons que la quatrième saison saura faire ce que cette troisième saison n’aura pas su, à savoir se montrer à la hauteur des enjeux établis précédemment.

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