Tyler Rake : Thor troque son marteau contre des flingues

En ces temps confinés, on prend de la part de toutes les plate-formes SVOD la moindre proposition pour se mettre du divertissement sous la dent. La sortie de Tyler Rake, film d’action porté par Chris Hemsworth, le 24 avril sur Netflix, avait donc de quoi attirer notre œil de cinéphile en manque de films d’action bourrins et remplis de testostérone.

Réalisé par Sam Hargrave, dont c’est ici le premier film après une longue carrière de cascadeur et de coordinateur des cascades (notamment sur plusieurs films du MCU, d’où le nom de Joe Russo au scénario du film), Tyler Rake voit Chris Hemsworth enfiler le gilet par-balles d’un mercenaire brutal qui enchaîne les missions périlleuses les unes après les autres en se moquant bien de vivre ou de mourir, lui qui a perdu son fils de six ans d’une grave maladie. Aussi, quand on propose à Tyler de libérer Ovi, un adolescent des mains d’un dangereux baron de la drogue en Inde et que la mission ne se passe pas comme prévu, Tyler décide de prendre le risque de sauver Ovi coûte que coûte…

Voilà pour le pitch du film, adapté d’un roman graphique et qui ne vient pas, vous l’aurez deviné, bouleverser grandement les codes d’un genre ultra-balisé. Le problème de Tyler Rake vient d’ailleurs du fait qu’en dehors de sa générosité dans l’action bien brutale (avec au milieu du film un plan-séquence truqué sacrément réjouissant) et du charisme indéniable de Chris Hemsworth qui porte tout le film sur ses épaules, le récit n’a rien à proposer pour mettre un minimum de piquant dans l’œil d’un spectateur aguerri à ce genre de spectacle. On ne peut que regretter que Sam Hargrave, lui-même cascadeur, ne soit pas du même acabit qu’un de ses collègues comme Chad Stahelski qui a su proposer avec sa trilogie John Wick un certain renouveau du film d’action et une inventivité constante à chacun nouvelle scène. Ici, Hargrave parvient certes à faire ressentir la brutalité des combats, mais les filme sans guère d’inspiration, les scènes finissant par se succéder les unes aux autres comme dans un jeu vidéo dont on se désintéresse peu à peu tant elles diluent l’enjeu émotionnel du scénario.

Un enjeu émotionnel déjà gros comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, Tyler étant défini au bout de cinq minutes à l’écran par l’une de ses collègues (Golshifteh Farahani, décidément partout) comme un mec aux tendances suicidaires, bonjour la subtilité. Le scénario, quand il n’enchaîne pas le défouraillage à tour de bras, essaye ainsi de donner un peu d’ampleur à la relation entre Tyler et Ovi sans jamais y parvenir tant c’est écrit à la truelle. Le film n’arrange pas son cas en optant pour une photographie jaunâtre sans âme, cliché commun pour tout film se passant en Inde, comme si le chef-opérateur avait décidé d’utiliser un filtre jaune pour l’éclairage sans trop se fouler. En dehors de l’implication indéniable d’Hemsworth dans le rôle principal, tout Tyler Rake semble d’ailleurs avoir été réalisé sans trop se fouler, le film enquillant les béances scénaristiques, les grosses ficelles et le manque d’originalité dans ses scènes d’action. L’ensemble n’en reste pas moins foutrement divertissant et fait bien évidemment le job sans que l’on ne s’ennuie, mais ça reste malgré tout décevant que le film soit produit avec une certaine paresse, sans la volonté de sortir un peu du lot des nombreux films du genre qui se font actuellement.

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