Better Call Saul – saison 5 : It’s not all good, man

Il aura fallu attendre un peu plus longtemps que d’habitude pour voir arriver cette nouvelle saison de Better Call Saul après une quatrième saison diffusée en 2018. L’attente valait cependant le coup puisqu’avec cette cinquième et avant-dernière saison (la sixième saison prévue pour 2021 sera la dernière) dont la diffusion s’est achevée cette semaine, la série frappe un grand coup et signe sa meilleure salve d’épisodes jusqu’à présent. Après une quatrième saison un poil (mais vraiment un très léger poil) en-dessous des précédentes, celle-ci frappe fort, à sa manière évidemment. Ceux qui sont habitués à la série le savent, elle a toujours brillé par sa gestion du rythme dont la lenteur (et la mécanique implacable) peuvent en dérouter plus d’un. Exigeante, encore plus que Breaking Bad qui avait pour elle des morceaux plus spectaculaires et des enjeux d’une ampleur plus élevée, Better Call Saul sait pourtant gâter ceux qui, très rapidement, ont compris combien ce spin-off se montrait supérieur à son aîné (et qui reste pourtant encore trop ignoré du grand public et des cérémonies de récompenses).

Comme toujours, Vince Gilligan et Peter Gould se montrent très forts pour déjouer toutes nos attentes. Alors que l’on attendait un départ en fanfare pour Jimmy, désormais installé à son compte au nom de Saul Goodman, la série continue à prendre son temps et le personnage ne devient pas du jour au lendemain l’avocat véreux que l’on avait découvert dans Breaking Bad. S’il aime toujours autant les arnaques et qu’il a en lui beaucoup de colère depuis la mort de son frère, Jimmy reste foncièrement un homme bien avec une soif de réussite très forte mais qui ne peut pas s’acquérir à n’importe quel prix. Sa première grosse expérience avec le cartel se soldera d’ailleurs par un sacré traumatisme (l’épisode 8, se déroulant entièrement dans le désert est d’ores et déjà culte) montrant que le personnage n’est pas encore prêt à tous les sacrifices.

D’ailleurs, cette cinquième saison n’est pas celle de Jimmy. La série a toujours eu un don fabuleux pour donner vie à ses personnages secondaires en ne les sacrifiant jamais sur l’autel du pur outil scénaristique. Ils sont au contraire animés d’une volonté propre et d’un arc narratif que l’on devine bien précis. Si la trajectoire de Mike se suit avec un peu moins d’intérêt, c’est parce que cette saison voit le personnage de Kim, déjà très fort dans les saisons précédentes, totalement prendre son envol. Incarnée par la trop rare (et excellente) Rhea Seehorn, Kim se voit dotée d’un parcours passionnant dans ces dix nouveaux épisodes, volant presque la vedette à Bob Odenkirk. Qu’elle fasse preuve de scrupules face à son travail pour une grosse firme, qu’elle tienne tête à un membre du cartel dans une scène qui nous laisse sans voix ou qu’elle nourrisse des desseins inattendus, le personnage se montre de plus en plus complexe et passionnant, laissant deviner un feu intérieur brûlant, capable de surprendre même Jimmy. Alors que l’on pensait qu’elle allait s’éloigner de Jimmy tandis qu’il se transformait en Saul Goodman, elle devient étonnamment encore plus proche de lui et laisse présager une dernière saison qui risque fort d’être incroyablement dramatique.

Better Call Saul trouve donc sa force dans cette formidable ambition narrative : Jimmy a beau rester le personnage principal (chaque saison s’ouvrant sur un flash-forward le montrant dans l’après Breaking Bad), la série n’hésite pas à mettre en avant les personnages secondaires autant que possible. C’est aussi le cas de Nacho, coincé entre deux feux très dangereux mais aussi de Lalo (impeccable et glaçant Tony Dalton) qui n’assume pas seulement la fonction de méchant caricatural mais qui affirme son statut de personnage à part entière, capable de passer de la jovialité la plus extrême à la plus terrifiante des violences en un battement de cil. Toute cette narration forme un tout gravitant autour du même univers que Breaking Bad dont l’on retrouve avec plaisir certains personnages secondaires venus alimenter le récit sans jamais céder au fan-service mais avec un réel but narratif (même si la plupart des acteurs accusent un léger coup de vieux détonnant un peu avec la chronologie des deux séries).

Immense série, bien trop discrète mais bien plus subtile que son aînée, dotée d’une vie propre et de scènes d’une tension assourdissante (les trois derniers épisodes de la saison sont des grands moments de mise en scène et d’écriture), Better Call Saul confirme avec cette cinquième saison tout le bien qu’on pense d’elle et nous mène doucement mais implacablement vers Breaking Bad avec un savoir-faire rarement égalé dans l’histoire de la télévision. Un chef-d’œuvre on vous dit !

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