Le monde ne suffit pas (1999) : « La vie ne vaut pas d’être vécue si on ne la vit pas comme un rêve »

James Bond

Troisième film pour Pierce Brosnan, et il faut avouer que l’on commence déjà à ressentir une certaine lassitude chez lui. Manque de motivation de base, passée l’excitation des débuts à entrer dans la peau de ce personnage iconique, ou bien tout simplement est-ce la faute d’un scénario assez pauvre ? Toujours est-il qu’on a l’impression de le voir trimballer sa carcasse fatiguée tout le film, sans envie, balançant ses répliques un peu mollement, évoquant le Sean Connery des Diamants sont éternels.

Peut-être que cette impression a aussi à voir avec le fait qu’à l’époque, sa carrière est toujours au beau fixe, et qu’il vient tout de même de tourner chez John McTiernan dans son très élégant remake de L’affaire Thomas Crown, et que l’écrin assez sublime que lui aura octroyé le metteur en scène de génie est évidemment bien au-delà de la forme pauvre de ce troisième James Bond, réalisé par Michael Apted. Et l’on se dit qu’il serait donc peut-être temps (déjà) de passer à autre chose.

L’ordre de mission

En mission à Bilbao pour récupérer l’argent d’un magnat du pétrole, Robert King, Bond se voit finalement remettre l’argent dans l’enceinte du MI6, à Londres, mais une explosion tue King et Bond se lance à la poursuite d’une femme se donnant la mort sur la Tamise. Comprenant que l’entourage de King comprenait un traître en collaboration avec le terroriste Victor Zokas, surnommé « Renard l’anarchiste », M lui donne comme mission de protéger la fille de King, Elektra, cette dernière ayant été kidnappée autrefois par Renard et ayant réussi à s’échapper.

L’antagoniste

Renard est interprété par Robert Carlyle, acteur britannique reconnu pour ses interprétations habitées, notamment chez Danny Boyle (dans Trainspotting), mais également dans des films remarqués comme The Full monty, sommet du cinéma social anglais. Citons aussi parce que ça nous fait plaisir le génial Vorace dans lequel il interprète un cannibale avec une belle fougue, film passé inaperçu à l’époque, mais depuis réhabilité.

Quoi qu’il en soit, et en dépit des défauts du film, il se montre idéal pour ce type d’emploi, incarnant donc un anarchiste s’étant vu loger une balle dans la tête par un agent 00. Sauvé par un médecin n’ayant toutefois pas réussi à lui déloger la balle, celle-ci lui a laissé une blessure dans le front qui anéantit petit à petit chacun de ses sens. Ne ressentant par conséquent plus aucune douleur, cela le rend donc d’autant plus cruel qu’il est incapable de comprendre la souffrance qu’il administre aux autres. La mythologie autour du personnage est plutôt bien vue, et il faut reconnaître qu’il s’agit au final d’un méchant assez réussi, sans doute aidé par le charisme de l’acteur et son implication totale, à l’opposé de Brosnan donc.

James Bond Girl

Elektra King est donc la fille du magnat du pétrole mort au début du film, ayant supposément réchappé par ses propres moyens à un kidnapping. En réalité complice de Renard, elle l’a manipulé, n’ayant jamais été victime de ce dernier, et prétend pouvoir faire ce qu’elle veut de chaque homme. Interprétée par Sophie Marceau alors au comble de son statut d’icône absolue, elle est idéale pour jouer la séduction toujours doublée d’un soupçon de perversité, mais il faut dire que ses dialogues sonnent dans l’ensemble assez faux, sa diction n’arrangeant pas les choses. Malgré tout, elle a droit à quelques scènes mémorables, notamment cette délicieuse torture particulièrement inventive sur une chaise permettant d’étrangler sa victime à travers un dispositif imparable. Soumettant Bond à ce sévice en l’embrassant perversement, la scène est devenue culte, rehaussant quelque peu l’ensemble là où l’ennui commençait à sérieusement guetter.

Le docteur Christmas Jones est une scientifique dans le nucléaire, que Bond rencontre au Kazakhstan. C’est Denise Richards qui l’interprète, et là, autant dire qu’on est pas loin du malaise concernant la vision de la femme véhiculée par le personnage. Que l’on tente sérieusement de nous faire croire que cette dernière est une très intelligente scientifique, alors qu’elle se déleste au bout de quelques secondes de ses habits stricts pour se retrouver dans une tenue digne de Lara Croft est déjà une insulte à notre intelligence. Mais l’écriture même de son personnage laisse à désirer, se retrouvant très vite cantonné à l’éternel rôle de faire valoir sexy (et à ce niveau, elle a pas mal d’atouts à faire valoir, rappelons qu’on venait juste de la voir dans le torride Sexcrimes, grand souvenir d’adolescence), sans réel rôle dans l’histoire, à part celui de suivre son mâle dans ses aventures. C’est à lui que revient l’insigne honneur de sauver les situations, celle-ci n’ayant plus comme alternative qu’à succomber à son héros. À ce niveau-là, on revient plusieurs années en arrière, lorsque Roger Moore redoublait de misogynie à chaque film. Sois belle et tais-toi, on en revient toujours à ça.

Section Q

Toujours la fameuse montre Oméga, bien pratique avec sa lumière et son grappin, à laquelle on pourra préférer cette fois les lunettes permettant de voir les armes et d’autres « attributs » à travers les vêtements (féminins bien entendu), ce qui aujourd’hui fait bien évidemment hausser les sourcils. Le blouson airbag est également assez inventif, auquel on ajoutera enfin l’inévitable BMW, équipée comme il se doit de tout ce qu’il faut, lance-missile anti aérien dans l’aile droite, viseur incrusté dans le logo du volant, un blindage en titane, et bien entendu la commande à distance. L’équipement moyen pour cette saga ayant toujours fait preuve de savoir faire en la matière.

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