The Mandalorian : Plutôt Mando ou Baby Yoda ?

Voilà maintenant 8 ans que Disney a entrepris le rachat de Lucasfilm et de la plupart de ses filiales, engendrant par la même occasion la réappropriation de la saga Star Wars et de tout son univers. Depuis, on peut dire qu’ils ont eu le temps de revisiter le mythe et de l’adapter à leur convenance. Les critiques ont eu le temps de délivrer leur mécontentement concernant la nouvelle trilogie jusqu’à ce que les studios prennent enfin l’initiative de s’en écarter.

Cela s’est d’abord traduit par le très bon Rogue One qui raconte la périlleuse mission de récupération des plans de l’Etoile noire, point de départ de la trilogie originelle. Pour ensuite suivre les aventures d’Han Solo dans l’impopulaire Solo. Jusqu’à l’annonce de nouvelles œuvres s’écartant de la saga des Skywalker. Car en réalité, continuer de voir vivre Star Wars au cinéma ou a la télévision est loin d’être une hérésie. Non seulement c’est une bonne initiative tant l’univers est riche, mais c’est d’autant plus intéressant que cela laisse place à de nouveaux créateurs ainsi que la satisfaction de voir nos acteurs fétiches rejoindre la liste croissante d’acteurs et actrices ayant joué dans Star Wars. Ce premier point était l’une des volontés de George Lucas lorsqu’il a créé son oeuvre. Il souhaitait la voir vivre au travers des différents auteurs qui contribuaient à leur manière à la survie de l’univers dans les mémoires et pour la postérité.

Après de multiples productions et une certaine confusion dans la gestion des plannings, voilà que sort la toute première série live action de Star Wars, The Mandalorian. Réalisée par Jon Favreau, qui dévoile pourquoi il ne s’est concentré que sur l’aspect visuel du Roi Lion sans vraiment approfondir le scénario, et dont la série traite d’un personnage Mandalorien et par expansion de sa tribu. En réalité cela fait du bien une série dont les protagonistes principaux ne sont pas des Sith ou des Jedi et où la Force est reléguée au second plan. Cela permet de recentrer les événements sur le véritable intérêt d’un tel univers, son lore secondaire peuplé de ses créatures, de ses personnages et de tous ses paysages qui n’ont pas forcément encore su être exploité à leur juste valeur.

Courts d’une trentaine de minutes chacun, les épisodes de la série se révèlent d’une intensité inattendue. D’un côté le rythme est assez lent, jurant avec la tendance ultra dynamique de la postlogie, et démontrant que Disney est capable de faire dans le sérieux et laisser de côté la surenchère de blagues à outrance, et surtout de se focaliser sur l’importance de l’écriture des personnages et la justesse de jeu. Non pas que le jeu fasse défaut habituellement, mais il est vrai que la profondeur des personnages était une critique assez récurrente qui tendait à devenir une norme. L’origin story des mandaloriens, dans l’univers étendu, aide certainement, mais il faut dire que Mando est bien écrit. Classique certes, l’archétype un peu trop parfait du cow-boy sensible mais pas macho. Il demeure néanmoins intéressant avec une véritable identité. Jango Fett dans les épisodes 5 et 6 lui sert évidemment de squelette d’écriture, cela n’empêche pas Pedro Pascal, l’acteur qui l’incarne, d’habiter parfaitement le personnage et le rendre à la fois attachant et crédible.

On admettra quelques petites facilités et raccourcis scénaristiques. Contraints par la durée, les épisodes se doivent tout de même de faire avancer l’histoire. Il faut donc parfois trancher dans le vif pour passer à l’étape suivante. Cela donne l’impression de scènes superflues mais servant en réalité à alimenter le background des personnages de manière un peu trop accélérée. Quant au scénario en lui-même, difficile de lui donner corps pleinement. L’histoire se base sur une relation naissante assez mystérieuse où les rebondissements ne sont pas aussi simples a deviner qu’ils ne semblent. Nous n’avons pas vraiment affaire à une série à climax, bien que chaque fin d’épisode laisse peser une certaine attente pour la suite. On est face au schéma classique épisodique, à savoir que l’intrigue de chaque épisode se termine à la fin de celui-ci, à quelques exceptions près, notamment pour la fin de saison, quand l’intrigue générale s’emporte et s’intensifie. Il s’agit d’une vraie série où la narration évolue au fil des épisodes et qui durera dans le temps. La saison 1 laisse encore les plus gros questionnements en suspens et espérons simplement qu’ils savent quand même où ils vont et que Disney ne cherchera pas à surexploiter le filon plus loin que nécessaire.

Visuellement en revanche, la série est particulièrement bien soignée. Son rythme lent encore une fois permet de passer beaucoup plus de temps sur la composition des images. Les décors, les costumes, les effets spéciaux, les cadres, permettent beaucoup plus d’audace et de puissance visuelle que dans la postlogie. Favreau n’abuse pas d’effets titanesques aussi impressionnants qu’imposant, et il en résulte une force visuelle particulièrement saisissante et bien plus intéressante. On a le temps de contempler la manière dont est construit l’image, le cadre, ce qu’il s’y passe, un des éléments essentiels de Star Wars. Pouvoir s’extasier sur son univers et non uniquement sur ses effets visuels. Une réalisation qui jure énormément avec Le Roi Lion, prouvant que Favreau sait réaliser et donner corps à son oeuvre. Sur la même longueur d’onde, Mando garde son casque tout du long, loin des standards du droit à l’image des célébrités qui les oblige quasi systématiquement à retirer leur casque, masque ou tout autre artifice empêchant de bien identifier qui est la célébrité derrière. Une manière de faire un pied de nez au Star system actuel, méthode en totale contradiction avec la liberté artistique. Ici donc, si vous aimez l’acteur, vous n’êtes pas prêt de voir son visage.

À contrario, la petite boule verte qui lui sert de compagnon vole littéralement la vedette. À mi-chemin entre le personnage central et le fan service de mignonnerie absolu, ce « Bébé Yoda » ayant embrasé la toile est au coeur du mystère de la série. Evidemment que ce n’est pas Yoda jeune mais sa trogne en fera craquer plus d’un. Un personnage mettant sur le carreau toutes les tentatives précédentes de faire du merchandising. Son apparition à l’écran est assez conséquente, poussant à se questionner sur le réel bien-fondé de sa création. L’avenir nous le dira, son surplus de mignonnerie nous pousse à tout pardonner outre mesure. Les scènes obsolètes et amusantes le concernant finissent par se multiplier lors des derniers épisodes, attention à ne pas tomber dans son propre piège.

Au final il subsiste de nombreux questionnements. La série semble avoir conquis le coeur de nombreux fans. D’autres restent encore assez méfiants. Laissez vous convaincre par le côté de la mignonnerie de bébé Yoda. L’avenir nous dira si le projet en valait la peine. Les bases sont construites, il reste à Jon Favreau la lourde tâche d’en faire devenir l’une des 7 merveilles télévisuelles. Avant de vous quitter, une dernière chose inattendue, chaque épisode est réalisé par une personne différente. C’était déjà le cas de Game or Thrones et bien d’autres séries mais vous serez surpris de savoir qu’entre Deborah Chow, Dave Filoni et Rick Famuyiwa, la personne réalisant l’épisode 5 n’est autre que la grandissime actrice Bryce Dallas Howard. Il s’agit encore une fois d’une décision intéressante de laisse sa chance à divers univers artistiques pour s’exprimer et laisser son empreinte. Un projet intéressant et bienvenu, tout comme la série qui a décidé de conquérir le coeur des fans de manière ultra radicale avec la mascotte ultime… Sur ce, nous allons repeindre tous les bureaux à l’effigie de bébé Yoda.

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