Marriage Story : Accords et désaccords

Pour sa deuxième collaboration avec Netflix, deux ans après le très moyen The Meyerowitz Stories, Noah Baumbach revient au sommet de sa forme avec Marriage Story, disponible en ligne depuis le 6 décembre. Contrairement à ce que son titre annonce, Marriage Story n’est pas l’histoire d’un mariage qui se met en place mais celle d’une séparation. Et par le biais de cette séparation, c’est évidemment toute l’histoire du couple formé par Charlie et Nicole qui est au cœur du récit puisqu’on en devine la tendresse, les forces et les faiblesses à mesure que le récit avance.

Débutant par une séance de thérapie de couple où chacun des deux personnages détaille sur une liste ce qu’ils aiment chez l’autre, Marriage Story finit par révéler évidemment tout ce qu’ils n’aiment plus, la séparation prenant des proportions énormes dès que les avocats rentrent en jeu, rendant le tout éminemment théâtral, déballant au tribunal le moindre détail de la vie du couple pour mieux enfoncer l’un ou l’autre. L’intelligence d’écriture de Baumbach, qui avait déjà abordé ce sujet avec Les Berkman se séparent, est de ne jamais être manichéen dans son approche des personnages. De fait, le film ne prend jamais parti pour Charlie ou pour Nicole et n’impute à aucun des deux la responsabilité de l’échec de ce mariage. Il n’y a ici pas d’actes ou d’événements qui ont marqué la fin de leur couple, c’est simplement une accumulation de petites choses qui fait qu’ils ont cessé de s’aimer et de vouloir être ensemble. Cette acuité des sentiments frappe en plein cœur alors que Baumbach ne verse jamais dans le pathos et s’octroie au contraire le temps nécessaire pour construire ses personnages au fil du temps.

Ainsi les 2h15 du film ne sont jamais de trop, nous permettant de mieux connaître les personnages, étant tantôt du point de vue de Nicole, tantôt de celui de Charlie, comprenant les qualités et défauts de l’un et de l’autre, regrettant leur séparation sans jamais pouvoir déterminer lequel d’entre eux est le plus fautif sinon le temps peut-être, qui aura fait son affaire, et usé certains sentiments et dévoilé certaines fissures. Le temps est au cœur du récit puisque Baumbach s’autorise de longues scènes révélatrices des personnages, tantôt avec le tempo comique qu’on lui connaît (la scène où la sœur de Nicole doit donner les papiers du divorce à Charlie et la scène où Charlie fait face à l’assistance sociale venue l’observer avec son fils sont hilarantes) tantôt avec une gravité profonde, notamment à travers une des scènes de dispute les plus intenses qu’on ait pu voir ces dernières années. La réussite de Marriage Story tient non seulement à cette écriture brillante et subtile mais aussi à la mise en scène que Baumbach y applique, s’y montrant particulièrement incisif et précis sur ses cadrages, capables d’isoler dans le cadre Nicole ou Charlie quand il le faut pour mieux nous faire respirer ensuite en les réunissant ensemble ou en marquant une rupture de ton via un découpage qu’on a rarement vu aussi précis chez lui.

D’ailleurs, le cinéaste livre là très certainement son meilleur film, parvenant à ne pas s’égarer dans les longueurs capables d’émailler sa filmographie, brillant une fois de plus par sa formidable direction d’acteurs. Si l’on se régalera des seconds rôles un brin caricaturaux des avocats (tenus par Laura Dern, Ray Liotta et Alan Alda), c’est bien évidemment Scarlett Johansson et Adam Driver qui emportent le morceau. On prend d’ailleurs beaucoup de plaisir à redécouvrir Johansson en dehors du MCU, permettant de nous rappeler combien elle est une excellente actrice. Adam Driver, de son côté, confirme de nouveau tout le bien qu’on pense de lui, en jouant à la perfection un rôle difficile, toujours à mi-chemin entre le type égoïste et méprisable et l’homme complètement perdu dans cette séparation prenant des proportions auxquelles il ne pensait pas. Ce couple vedette, formidable, permet ainsi à Noah Baumbach de nous offrir ce qu’il a de meilleur et il serait dommage de ne pas se laisser inviter dans ce tourbillon d’émotions, très certainement l’un des meilleurs films (avec The Irishman) de cette fin d’année – et en plus ils sont sur Netflix, vous ne pourrez pas dire que les grèves vous ont empêché de les voir !

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