25ème festival Chéries Chéris : Retour sur cette édition anniversaire

Cette année, le festival Chéries Chéris fêtait son 25ème anniversaire en fanfare avec une édition riche en surprises. S’enrichissant d’années en années, bénéficiant d’un écho plus retentissant au fil du temps, le festival de films LGBTQ+ s’est établi du 16 au 26 novembre au sein des cinémas MK2 Beaubourg, MK2 Bibliothèque et MK2 Quai de Seine pour un programme varié, mélangeant courts (classés en différentes catégories : gays, lesbiens, transgenres et queers) et longs-métrages, fictions et documentaires dans plusieurs sections différentes, celle de la compétition mais aussi une plus large intitulée Panorama permettant de faire un tour d’horizon complet de la représentation de la communauté LGBTQ+ à travers le monde. Des films de patrimoine (dont Victim avec Dirk Bogarde) et des documentaires militants étaient également de la partie ainsi que quelques séances spéciales venues se greffer à tout ça, parmi lesquelles on pouvait redécouvrir Knives and Skin, déjà présenté plus tôt cette année à Deauville et à L’étrange festival. Une rêverie entre David Lynch et Gregg Araki qui manque de corps, écrasé par ses références mais qui ménage de très beaux moments ayant tout à fait leur place dans le cadre de la sélection de ce festival.

Saint Frances

Certes, la programmation trop riche et notre emploi du temps chargé nous a empêché de couvrir de façon totalement assidue le festival mais nous avons tout de même pu dénicher parmi la sélection quelques chouchous. Nous avons ainsi retrouvé avec plaisir dans la section Panorama le film Saint Frances, déjà découvert au Champs-Elysées Film Festival en juin dernier, une petite merveille du cinéma indépendant américain qui confirme tout le bien qu’on pensait d’elle tant, une fois de plus, l’œuvre s’impose comme l’une des plus fortes que l’on ait pu voir au festival, tout en douceur.

En ouverture était présenté Lola vers la mer sur lequel nous reviendrons plus en détails la semaine prochaine. De la même façon, White Lilly de Hideo Nakata, histoire de lesbiennes en hommage aux films érotiques de la Nikkatsu a tellement capté notre attention qu’il aura le droit à sa critique plus détaillée très prochainement, le film sortant en vidéo courant décembre chez Elephant Films.

Indianara

Ce que l’on aura constaté de cette édition, c’est à quel point elle a été éclectique, donnant la parole à tous les versants de la communauté LGBTQ+, permettant au spectateur d’en découvrir toute la variété, loin des clichés réducteurs auxquels les médias ont tendance à les cantonner. On remarquera d’ailleurs que les pays d’Amérique latine étaient vraiment au cœur de l’édition, l’élection de Bolsonaro au Brésil ayant, semble-t-il créée une onde de choc poussant les cinéastes à s’exprimer (on note tout de même deux films mexicains, trois films argentins et un film chilien dans la compétition des films de fiction !).

C’est aussi le cas avec les documentaires dont le très réussi Indianara (en salles depuis le 27 novembre) centré sur la militante LGBTQ brésilienne, véritable figure de résistance à l’oppression politique dont le portrait est fait avec beaucoup d’humanité et de tendresse, sans jamais verser dans l’hagiographie. Côté Brésil toujours, le film Tremor Iê oscille entre documentaire et dystopie pour dénoncer les violences policières et la répression de la justice, donnant la parole à des militantes homosexuelles arrêtées à la suite d’une manifestation en 2013. Le procédé de mise en scène est intéressant mais le film peine hélas à captiver notre attention, s’éternisant lors de quelques séquences beaucoup trop longues.

Fin de siècle

Côté fiction, toujours en Amérique latine, nous avons eu un véritable coup de cœur pour Fin de siècle, film argentin mettant en scène deux hommes se rencontrant et nouant au détour d’une nuit à priori anodine une longue relation pleine de tendresse. Ce premier long-métrage, écrit et réalisé sans artifices, en toute simplicité, surprend par l’émotion qu’il convoque et la richesse des thèmes qu’il aborde en étant bavard certes, mais sans jamais en faire trop, aidé par deux acteurs formidables. L’impression de farouchement connaître les personnages à la fin du film renforce l’attachement à cette belle découverte, qui sortira dans nos salles l’année prochaine. Un peu moins de tendresse par contre avec El Principe, film chilien récompensé du Queer Lion à Venise cette année et qui voit un jeune homme instable arriver en prison après avoir tué son amant. Soumis au caïd de sa cellule (le toujours impeccable Alfredo Castro), il va apprendre la brutalité de la vie carcérale mais aussi à accepter et maîtriser ses émotions, celles-là mêmes qui l’ont mené en prison. Bien que porté par de très bon acteurs et d’une thématique intéressante, le film pâtit un peu de son manque de moyens techniques, certains plans étant carrément sous-exposés et le travail sur le son aurait mérité d’être affiné. Une belle proposition cependant, projetée dans une salle affichant complet.

Yours in sisterhood

On notera également sur cette édition la puissance des documentaires, ceux-ci étant totalement éclectiques, allant du journal intime (Madame réalisé par Stéphane Riethauser) au film plus large comme Yours in sisterhood dont le dispositif original (des femmes lisent face caméra des lettres du courrier des lecteurs jamais publiées du magazine féminin Ms., essentiellement paru dans les années 70 aux États-Unis) pourrait être rébarbatif mais témoigne au contraire de la puissance des témoignages lus, permettant de donner une voix à ces femmes n’ayant jamais été publiées et dont les principaux soucis de considération n’ont pas changé depuis 40 ans. Constat amer soulignant plus que jamais l’importance, en ces temps mouvementés, de s’ouvrir aux autres et d’être enfin à l’écoute. Finalement tout ce que le festival Chéries Chéris prône et dont la piqûre de rappel ne fait jamais de mal.

Palmarès du festival

Grand Prix Fiction : Brooklyn Secret

Prix du Jury Fiction : Fin de siècle

Prix d’interprétation Fiction : Gaston Re pour Le Colocataire

Grand Prix Documentaire : Indianara

Prix du Jury Documentaire : Toutes les vies de Kojin

Grand Prix Court-Métrage : Les derniers paradis

Prix du Jury Court-Métrage: Piss Off

Mentions spéciales : Three Centimeters et Mother’s

Un grand merci à Anne-Lise Kontz

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  1. White Lily : Céramique et saphisme -

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