La Famille Addams : Les bonnes vieilles valeurs ?

Êtes-vous prêts à claquer des doigts pour la sortie d’un nouveau film avec La Famille Addams ? Cette emblématique famille mortifère dirigée avec sécheresse par Morticia, matriarche livide et sexy qui laisse les araignées tisser leurs toiles et les cafards gambader au cœur de cette maison gothique hantée.
Quel souvenir était la découverte en tant qu’enfant du film de Barry Sonnenfeld, adaptation du comics et de la série TV des années 60, avec Raul Julia en Gomez et Angelica Huston en Morticia. L’introduction du film avec La Chose qui nous promène dans la demeure pour une visite guidée nous permettant de nous imprégner au mieux de l’atmosphère si particulière du film. Il y aura une suite quelques années plus tard avec Les Valeurs de cette chère Famille Addams, celle qui sera le plus diffusée à la Tv. Les noces de L’Oncle Fétide avec Debbie incarnée par l’extraordinaire Joan Cusack. Pugsley et Mercredi qui partent en camps de vacances, quand le couple Addams enflamme un restaurant suite à leur fameux tango. Le diptyque de Sonnenfeld, bien avant les Men in Black, est un souvenir impérissable, ce que l’on peut faire de mieux avec le matériau de base créé dans les années 30 par Charles Addams.

L’auteur de comics a prêté son nom pour cette famille à part dont les aventures paraissent dans les années 30 dans le New-Yorker. Une première série Tv sera produite au cœur des années 60 par ABC, avant les deux films en 1991 et 1993. Il y aura bien eu d’autres itérations, dont un téléfilm en 1997 avec Tim Curry et Darryl Hannah que l’on préfère oublier, tout comme la série TV canadienne en trois saisons produite l’année suivante. La Famille Addams mérite bien mieux que cela. Ce qui nous amène à ce nouveau long-métrage, cette fois en animation, réalisé par Conrad Vernon et Greg Tiernan. Le premier a travaillé sur Shrek 2, Madagascar 3 et Sausage Party, réalisé en collaboration avec Greg Tiernan. Le duo idéal pour animer cette Famille Addams donc. Mais la déception est de prime, le film se conformant bizarrement au marché.
Cette Famille Addams, qui vise principalement les enfants, est un produit commun. On pense au Grinch (sorti l’année dernière chez Universal), mais aussi à Hôtel Transylvanie, par le style employé, les formes, mais aussi l’humour. Nous sommes en terrain conquis d’avance, jamais trop bousculés, le long-métrage livrant en introduction les origines de cette famille avec le mariage horrible de Morticia et Gomez, avant de se faire chasser tels des freaks, de leur ville d’origine. Forcément, la référence éternelle renvoie à la séquence du Moulin de Frankenstein, avant que celui-ci soit renversé sur la route, échappé d’un asile de fou. Le couple cherche désespérément l’endroit idéal pour former une famille déstructurée et malheureuse, ce qu’il trouve dans un asile désaffecté et hanté.

Welcome home pour cette répugnante famille qui empoussière les meubles et range les cadavres dans les placards. Ce nouveau long-métrage en est un, dont on se serait bien passé. Enfin, soyons honnêtes, nous ne sommes pas la cible, nous qui avons grandi avec les deux longs-métrages avec Christina Ricci en Mercredi. Ce nouveau film est produit pour ranimer des personnages méconnus d’une nouvelle génération connectée. Ce que semble bien prendre en compte le studio et les réalisateurs qui formalisent le concept pour balancer les Addams au cœur d’une émission déco où Valérie Damidot serait remplacée par une version animée de Meryl Streep. La volonté donc de marquer l’opposition de la vieille famille Addams qui se réunit pour fêter une sorte de Bar-mitzvah de Pugsley. L’occasion de retrouver les tantes sorcières, ce cher Mr Cousin Machin (incarné par Snoop Dogg) et autres énergumènes déjà réunis dans le premier film de 1991. Le film est ensuite une problématique de copier/coller du classique de Tim Burton, Edward aux Mains d’Argent, la villa des Addams surplombant une ville superficielle aux habitants colorés totalement soumis à une télévision réglant leurs moindres faits et gestes. Une ville à la «Truman Show», Big Brother étant l’éternel antagoniste d’une nouvelle génération aspirée en permanence par des téléphones portables géolocalisés en permanence. George Orwell n’avait écrit qu’une simple prémisse de ce que l’homme s’est empressé de  plonger tête baissée. Le film de Vernon et Tiernan ressasse alors les sempiternelles leçons bienveillantes sous l’apanage de La Famille Addams qui espérait un peu mieux et autre histoire pour revenir sur le devant de la scène.

Quoi qu’il en soit, La Famille Addams version 2019 est un carton ayant rempli son objectif après un parcours détonnant sur le territoire américain. Comme quoi, La Famille Addams n’a rien perdu de son attraction et de sa verve auprès des Américains. En sera-t-il autrement en France, le film sortant le mercredi 4 décembre, face à l’assourdissant Reine des Neiges 2 de chez Disney ?
En attendant la réponse, on ne peut s’empêcher d’avoir espéré autre chose que ce produit calibré et facile pour faire revivre cette famille chère à notre cœur ayant porté de sacrés moments de cinéma dans les années 90, notamment lors de certaines rediffusions pendant les périodes de Noël.

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