Last Christmas : Un peu de sucre, ça vous dit ?

Nous n’allons pas nous mentir en jouant les blasés de tout, la comédie romantique de Noël est un genre tout à fait séduisant qui, entre de bonnes mains, peut tout à fait donner de délicieux bonbons acidulés se consommant sans modération. Et ce, quelle que soit la catégorie de spectateurs à laquelle on appartient. Genre hyper codifié, comportant son lot de films cultes pour plusieurs générations, il avait quelque peu déserté les écrans ces dernières années et c’était donc avec une grande bienveillance que l’on accueillait ce nouveau film de Paul Feig, le spécialiste des comédies féminines trash (Mes meilleures amies est le plus notable) ! Après tout, avec une petite dose de piquant, forcément espérée pour un film plus britannique qu’Américain, situé à Londres, scénarisé par la grande Emma Thompson (également dans le film), il pourrait s’agir d’une affaire tout à fait recommandable. Seulement voilà, malgré notre bonne volonté et notre réelle envie de savourer un bon gâteau de Noël riche en guimauve, le résultat s’avèrera si convenu, prévisible et gnangnan, qu’en dépit de la sympathie se dégageant du projet et du film dans son ensemble, il sera difficile de sauter au plafond de bonheur, tout juste de sortir avec un sourire gêné et désarmé.

Issue d’une famille ayant fui l’ancienne Yougoslavie, Kate est une jeune femme paumée errant dans Londres au gré de ses humeurs, se faisant héberger par diverses personnes ayant de plus en plus de mal à supporter son égocentrisme. Elle passe de nombreuses auditions, espérant devenir chanteuse, mais a du mal à s’engager dans sa vie d’adulte, ayant tout juste réussi à conserver un travail qui ne la motive guère dans une boutique de Noël tenue par une femme au grand cœur interprétée par Michelle Yeoh, que l’on a grand plaisir à retrouver dans un rôle fort sympathique. Lorsqu’elle fait la rencontre de Tom, sorte de prince charmant donnant l’impression de sortir de nulle part, et voyant en elle bien plus que ce qu’elle estime d’elle-même, elle se laisse progressivement aller à ouvrir son cœur et à rêver d’un avenir idyllique. Comme quoi la magie de Noël peut parfois opérer sur n’importe qui …

Avec pareil synopsis, inutile de tourner autour du pot, on sait d’emblée que l’on se situera dans la catégorie la plus riche en sucre du genre, et l’on doit très rapidement faire le deuil de la comédie un peu piquante espérée. Non qu’une pure comédie romantique nous repousse, mais de la part de ce réalisateur, et dans le cadre d’une production si ancrée dans une tradition de comédie sophistiquée britannique,  avec en prime une grande dame comme Emma Thompson au scénario, on pouvait tout de même attendre autre chose que cette succession de passages attendus se débarrassant très rapidement de toute velléité d’humour corrosif. Hormis quelques dialogues enlevés durant la première moitié, rien de tout ça ici, mais une gentillesse tellement envahissante et remplie de lieux communs que l’on ne sait plus trop comment prendre tout ça.

Ayant fait le deuil du film aux enjeux un tant soit peu solides espéré, on se retrouve donc à suivre cette jeune femme interprétée par une Emilia Clarke minaudante dans ses affres existentielles sur fond de George Michael, pour un résultat tout juste distrayant. On aurait aimé quelque chose dans l’esprit d’un Richard Curtis, auteur du sommet en matière de comédie romantique contemporaine, avec le mythique Love Actually, on se retrouve avec un petit drame moralisateur cherchant à ratisser le plus large possible en prenant bien soin de ne froisser personne. On a donc droit aux dialogues bien pensants s’appropriant des sujets de société sans avoir l’air d’y toucher, ce qui pourrait très rapidement devenir exaspérant, mais parvient par on ne sait quel miracle à ne jamais dépasser la frontière très fine entre naïveté gentillette et morale assénée trop lourdement.

Au final, difficile en sortant de la salle de se montrer en colère devant un film qui ne nous veut visiblement que du bien, mais tout de même une légère déception, car même si l’on n’attendait par un pur renouvellement du genre, on espérait tout de même un peu plus que cette petite chose insignifiante, osant par-dessus tout nous balancer in extremis un twist à la fois prévisible et gonflé dans le sens où l’on pensait ce type de retournement interdit depuis au moins 20 ans. Quoi qu’il en soit, on pourra toujours se raccrocher aux sourires resplendissants de Miss Clarke (entre quelques larmes bien entendu) et la bonne volonté d’un projet désarmant de naïveté inoffensive. Pour une sortie en famille lors des fêtes de fin d’année, cela semble parfait. Concernant le renouveau du genre, il faudra encore attendre un peu.

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