Terminator : La survie en point d’orgue !

La survie est le point dominant de cette petite production du milieu des années 1980 qui deviendra instantanément un classique du cinéma fantastique. Mieux encore, Terminator va devenir une saga à succès faisant de son méchant principal une star mondiale et de son réalisateur l’un des grands artisans contemporains de l’industrie du cinéma.
Terminator est une question de survie pour James Cameron. Le néo-réalisateur, qui a longtemps travaillé pour Roger Corman, vient de rentrer d’Italie après la production chaotique de Piranhas 2. Sa carrière est alors au point mort. Il dort sur le canapé d’un ami et passe ses nuits à écrire le scénario de ce que deviendra Terminator. Accompagné dans sa tâche par Gale Ann Hurd (qui deviendra sa femme), future productrice phare à Hollywood dans les années 80/90, ils cernent le schéma idéal pour produire le petit film parfait. Terminator le sera assurément entre fantastique post-apo, slasher et film d’action nerveux.

Doté d’un budget fragile de six millions de dollars, James Cameron et son équipe vont faire preuve d’ingéniosité pour retranscrire une science-fiction ambitieuse. À savoir la destruction de la race humaine en 2029 suite à une guerre nucléaire par des machines s’étant retournées contre leurs créateurs, car jugés trop dangereux. Un jeune soldat, Kyle Reese, est envoyé en 1984 pour protéger la mère du futur leader de la résistance contre un robot également envoyé pour l’éliminer. Là est la première intuition d’un jeune réalisateur plein de hargne. Installer son récit en 1984 et jouer du voyage temporel pour instiller son fantastique dans une réalité urbaine et crasseuse. Los Angeles, ville défraîchie que le spectateur arpentera de nuit en permanence. Une ville jonchée d’ordures, de punks et de clochards au cœur d’un clair-obscur sous néons azur qui accentuera cette impression d’insécurité permanente. Le Terminator y sera dans son élément, traînant dans la rue incognito, arme à la main et tuant impunément toutes les Sarah Connor de l’annuaire. Quand bien même « il reviendra » dans un commissariat, onde de choc du cinéma fantastique se répercutant même dans Le Jugement Dernier 7 ans plus tard, le T-800 incarné par Arnold Schwarzenneger est dans son élément dans ce Los Angeles ressemblant à un ghetto sensible.

Au contraire d’un Kyle Reese qui tombe des nues dans cette mégalopole où il sera pourchassé en permanence. Dès son arrivée dans la ruelle, à peine a-t-il le temps d’enfiler le pantalon d’un clochard que la police le poursuivra dans un magasin de vêtements. Sa quête sera plus vulnérable, le jeune soldat ne ressentant pas la moindre différence entre 2029 et 1984. James Cameron se sert de la violence oppressante de cette Amérique « reaganienne » en roue libre où la liberté est le cache d’une misère latente et le drame palpable d’une humanité en destruction. Kyle Reese est la perception de cet épicentre épineux ne ressentant pas la moindre tranquillité dans notre monde. Tout le renvoi à ce conflit contre les machines, les années 80 automatisant les usines et facilitant la vie des ouvriers sur les chantiers. Un même chantier qui le réveille en sursaut après avoir bercé son cauchemar, flashback nourrissant le lien entre notre civilisation et son futur potentiel. La destruction massive par les machines ayant la frappe nucléaire nécessaire pour prendre le contrôle signant le jugement dernier. 

Terminator est un astucieux film fantastique, mais surtout un brillant film d’horreur. Cela se traduit par la nature du danger dès son introduction et l’anéantissement d’une bande de punks par une figure mise à nue d’entrée de jeu. Un assemblage malin d’une multitude de références allant des racines du fantastique culturelles jusqu’à nos peurs les plus sombres. Face au T-800, on pense à la créature de Frankenstein, entité créée par l’homme pour détruire l’homme. Nous faisons aussi face à nos pires cauchemars avec cet archétype monolithique qui pénètre chez les gens pour les tuer. Dans un magasin d’armes, puis chez une ménagère portant mal son nom ou par le balcon d’une colocataire qui a mal choisi son amie. Le T-800 est la mort pénétrant une discothèque, nous côtoyant au coin de la rue ou même dans un commissariat, la police ne pouvant rien face à cette faucheuse robotique infernale. Une machine qui a un visage jusqu’au dernier instant fulgurant d’un film devenu classique.

Les grands méchants du cinéma n’étaient que l’abstraction de nos peurs. Avec le T-800, la menace a un visage et une quête. Les grands Boogeymen hantant le cinéma de l’époque se cachent tous derrière des masques et brandissent des lames acérées. Le Terminator opère visage découvert au cœur d’une Amérique ayant peur de sa propre création. Celle qui l’anéantit avec une liberté désarmante, produit de défense qui se retourne contre son instigateur, son fournisseur et son créateur déclenchant un soulèvement des machines.

Au cœur d’une économie restreinte et soutenue par une bande de futurs grands artisans du cinéma, James Cameron réussit l’incroyable avec son deuxième film. L’incroyable en produisant un récit simple et fonctionnel autour d’une mythologie que Stan Winston et son équipe vont s’atteler à mettre en marche pour ce qui restera comme un tournant dans le fantastique au cinéma. Un final dans l’usine d’une plastique intacte et un ensemble de flashbacks intenses où la caméra est braquée sur l’essentiel et la mort est surlignée d’un coup de stabilos que même George Lucas n’aura pas pensé pour ses sabres lasers dans Star Wars. Terminator est un coup de force, une mythologie de cinéma fascinante qui trouvera son paroxysme dans une suite dantesque.

1 Rétrolien / Ping

  1. Bloodshot : Une violence à la Marvel -

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*