Matthias & Maxime : Il a suffi d’un baiser…

Après une audacieuse aventure en France (pour le très beau Juste la fin du monde) et la prise de risque d’un film tourné en anglais (l’inégal mais passionnant Ma vie avec John F. Donovan), Xavier Dolan a décidé, l’année de ses trente ans, de revenir au Québec pour un nouveau film, semblant plus proche de ses premières réalisations, au cadre plus intime, avec toujours les mêmes thématiques en filigrane.

Certes Matthias & Maxime entend célébrer l’amitié mais au-delà de la bande d’amis que le scénario réunit, c’est encore une fois le récit d’une fêlure qui se fait. En effet, amis depuis toujours, Matthias et Maxime mènent des vies différentes. Matthias est cadre dans une grande boîte et fiancé, Maxime va partir en Australie, laissant derrière une mère incapable de prendre soin d’elle et totalement ingrate envers lui. Pour les besoins d’un court-métrage amateur, les deux amis s’embrassent. De ce geste anodin va découler de nombreuses conséquences. Alors que Maxime va continuer à préparer son départ, Matthias se voit totalement bouleversé par l’événement et se tient à distance de son vieil ami, en dépit de l’attirance qu’il éprouve pour lui…

Dès le début, Xavier Dolan nous plonge avec délice au sein de cette bande d’amis. Ça parle fort (québécois en plus, un régal pour les oreilles !), ça fait des blagues, ça rit, ça s’engueule, ça vit (et l’on doit bien avouer que Dolan a toujours été fort pour capter le bouillonnement de la vie de ses personnages). Toute la soirée menant au baiser échangé entre Matthias et Maxime est filmée avec une vraie gourmandise par Dolan, avec un humour qui fait mouche notamment dans le personnage improbable d’adolescente prétentieuse et anglophone réalisant le court-métrage mettant en scène les deux amis. Passé l’échange du baiser (qu’on ne verra pas mais qui fait tout basculer), le film s’égare. On a d’un côté la justesse de nombreuses scènes, notamment celles où Matthias réprime son désir et d’un autre on a le droit à de belles inégalités où Dolan met les pieds dans le plat avec des sabots d’éléphant. Quand il capte le bouillonnement de ses personnages, le désir refoulé et la dynamique de son groupe, Matthias & Maxime fonctionne à plein tubes.

Le problème du film, c’est qu’il est malheureusement trop long pour son propre bien, sachant où il veut aller en multipliant les sorties de route, nous faisant subir quelques séquences dont on se serait bien passés. La déception vient aussi qu’après quelques films plus ambitieux, Matthias & Maxime ne vient rien proposer de bien nouveau. Le cadre est toujours aussi près des personnages, les mères sont toujours envahissantes, le désir est toujours présent. Tant de choses qu’il avait déjà abordé d’une meilleure façon dans ses précédents films. A ce titre, Matthias & Maxime fait peut-être office de film de transition, l’occasion pour le cinéaste de se ressourcer au Québec dans un film facile à faire, peut-être trop resserré sur lui, avant de se relancer de plus belle. Ça n’en demeure pas moins intéressant avec de belles fulgurances formelles, des interprétations au cordeau (Gabriel D’Almeida Freitas et Xavier Dolan en tête) et comme toujours une superbe bande-originale (c’est toujours un régal d’entendre les Pet Shop Boys sur grand écran) mais le récit que Dolan étire ici aurait mérité une approche plus subtile et plus délicate. Que l’on espère trouver dans la suite de sa carrière, car les sentiments dont le cinéaste parle sont désarmants et touchants, on aimerait donc qu’il nous les fasse parvenir de façon encore plus directe.

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