Ad Astra : Aux confins de la solitude

Depuis qu’il a quitté le New York qui lui était familier, James Gray semble s’aventurer de plus en plus loin à la conquête de nouveaux espaces cinématographiques, s’attaquant à des genres croulant sous le poids de ses aînés, Werner Herzog et Francis Ford Coppola pour The Lost City of Z, Stanley Kubrick pour Ad Astra, film de science-fiction, le plus audacieux de son réalisateur à ce jour et le plus cher, le film ayant coûté environ 90 millions de dollars. L’idée de voir James Gray s’attaquer à la science-fiction était excitante et il n’en fallait pas plus pour nous jeter dans les bras de cette odyssée spatiale dont la référence principale est moins Kubrick que Coppola.

En effet, si l’on a déjà pu rapprocher The Lost City of Z d’Apocalypse Now, le film fou de Coppola sur le Vietnam hante totalement Ad Astra puisque son héros, astronaute chevronné enfermé dans sa solitude, se voit confier la mission de rentrer en contact avec son père qu’il croyait disparu. Celui-ci, considéré comme un héros de la conquête spatiale depuis qu’il est parti vers Neptune, a sacrifié sa famille pour sa mission et représenterait éventuellement un danger pour la Terre. Il s’agira donc pour son fils Roy McBride de s’enfoncer de plus en plus loin dans l’espace pour aller à la rencontre de ce père inquiétant, son voyage étant marqué par diverses étapes qui ne sont pas sans faire penser à la remontée du fleuve de Martin Sheen dans le film de Coppola. L’influence de Coppola – et forcément de Joseph Conrad – est indéniable mais James Gray sait l’embrasser tout en inventant sa propre forme. Pour lui, l’espace est le moyen de représenter la psyché de son personnage principal dont on devine rapidement l’infinie solitude, acceptant les sacrifices qu’implique son métier sans se rendre compte qu’il reproduit le même schéma que son père alors qu’il se refuse à lui ressembler.

Véritable odyssée spatiale, Ad Astra est spectaculaire de par ses incroyables espaces vides filmés avec sens du vertige infini (Hoyte van Hoytema, le chef-opérateur du film, fut également celui de Interstellar) et impressionne par la réinvention d’endroits que l’on pensait déjà connaître sur le bout des doigts (la Lune, ses centres commerciaux et ses pirates de l’espace réserve un moment haletant tandis que le passage sur Mars se montre claustrophobique) mais ce ne sont pas là que se cache le cœur du film. Non le cœur du film, c’est bien Roy McBride et sa quête du père, thématique bien propre à James Gray. Ce père que l’on voit d’abord comme un modèle avant d’en découvrir les failles, avant de refuser d’en porter les péchés, de devenir comme lui pour finalement l’accepter avec ses contradictions car il faut bien en passer par là pour savoir s’accepter soi-même. Véritablement bouleversante quand elle touche à l’intime au sein de l’infiniment grand, cette quête est portée de bout en bout par un Brad Pitt magistral dont la subtilité de jeu a rarement été aussi puissante. L’acteur, qui aurait dû partir dans la jungle pour The Lost City of Z mais qui était resté producteur du film, a bien fait de s’aventurer dans ce périple avec James Gray, le cinéaste lui offrant l’un de ses plus beaux rôles, tout en finesse face à un Tommy Lee Jones toujours aussi buriné et toujours aussi intense quand il s’y met.

Prise de risque audacieuse, aventure excitante et introspective, périple parfois proche de l’expérimental mais aussi de nos sentiments, Ad Astra est une expérience de cinéma vertigineuse, démontrant le talent de son réalisateur dont on espère qu’il n’a pas fini d’explorer les possibilités de son cinéma pour mieux nous toucher.

3 Rétroliens / Pings

  1. Box-Office US du 20/09/2019 au 22/09/2019 -
  2. Box-Office France du 18/09/2019 au 24/09/2019 -
  3. Box-Office France du 25/09/2019 au 01/10/2019 -

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*