Angel Heart : L’enfer est à lui

En septembre, pour une rentrée cinématographique sous les meilleurs auspices, chaque distributeur sort un film de sa manche afin d’annoncer la couleur de ce qui sera l’année à venir. Parmi les plus audacieux d’entre eux, le toujours exigeant Carlotta Films sortira Angel Heart en copie 4K dès demain dans les salles, nous offrant ainsi un voyage en enfer comme on en a rarement vu au cinéma…

Quand il adapte le roman Falling Angel de William Hjortsberg, Alan Parker prend des libertés qui feront entrer son film au panthéon d’un genre rarement réussi, à savoir le mélange entre le film noir et le surnaturel. Les deux genres, avec leurs ambiances distinctes, peuvent faire des miracles mais il est rare de les voir faire des bons films, tombant le plus souvent dans une outrance qui ne leur sied guère. Si l’on excepte une ou deux petites fautes de goût sur son dernier tiers, Angel Heart est celui qui tient le mieux la route dans son registre, s’imposant comme un film noir poisseux où l’ambiance mortifère et les tourments de son héros finissent par nous happer dans un monde peu reluisant.

Nous sommes en 1955 à New York. Détective habitué aux petites affaires d’adultère, Harry Angel est contacté par le mystérieux Louis Cyphre pour retrouver Johnny Favorite, ancien crooner ayant contracté une dette auprès de Cyphre, dette que celui-ci entend récupérer coûte que coûte. Angel va alors mener son enquête jusqu’à la Nouvelle-Orléans pour retrouver Favorite et ne va pas tarder à découvrir que la trace du chanteur laisse derrière elle pas mal de morts et ce dans des conditions particulièrement atroces, pas loin de la magie noire et du vaudou…

Nous n’en dirons pas plus sur le film tant celui-ci mérite d’être découvert jusqu’au bout mais on saluera une fois de plus l’initiative de Carlotta de nous offrir la possibilité de voir le film sur grand écran. Alan Parker, grand cinéaste formel, n’aura en effet jamais été aussi inspiré que pour ce film où son sens du cadre pose dès le début une atmosphère noire et poisseuse. Avec ses décors glauques, sa musique quasi-mystique et ses successions de mystères et de cadavres, Parker sait d’instinct aller murmurer à l’oreille du spectateur que le Mal se niche dans les moindres recoins de son film. Tortueuse, l’enquête déroule peu à peu ses secrets avec ses quelques petites longueurs dans son deuxième acte mais il est tout simplement impossible de décrocher ses yeux de l’écran, pour le formalisme de Parker certes mais aussi pour la prestation fiévreuse de Mickey Rourke. L’acteur, alors au sommet de sa gloire et de son sex-appeal (Adrian Lyne a dit de lui que s’il était mort juste après Angel Heart, il serait devenu un mythe égal à James Dean), offre l’une de ses plus intenses prestations (à ranger à côté de celle de L’année du dragon) en détective dépassé par les événements, pris par la peur au fur et à mesure que son enquête avance. Fébrile, charmeur et électrique, Rourke (dont Parker a toujours vanté le talent et l’instinct) justifie à lui seul la vision du film et vient rappeler combien la suite de sa carrière a déçu. Face à lui et en très peu de scènes, Robert De Niro glace le sang dans un rôle qui lui va à ravir tandis que la jeune Lisa Bonet (20 ans à l’époque) dévoile un érotisme étonnant à l’écran.

Embrasé par une senteur de soufre, reposant sur un équilibre précaire mais ô combien maîtrisé, Angel Heart est de ces propositions audacieuses que l’on regrette de nos jours (l’échec commercial du film n’a pas aidé les producteurs à pousser plus loin dans ce genre de voie) mais dont la vision affole toujours autant nos sens, rappelant combien le cinéma est une alchimie délicate dont on ne cessera jamais d’explorer les recoins, même les plus sombres…

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