L’Au-Delà : Frayeurs en Louisiane

Au début des années 1980, Lucio Fulci enchaîne les projets à tour de manivelle. Suite au succès tonitruant de L’Enfer des Zombies puis de Frayeurs, le producteur Fabrizio De Angelis commande un nouveau film au duo Fulci/Sacchetti.
Dardanno Sacchetti s’exécute et livre un scénario de trois pages seulement écrit en à peine six jours. C’est donc un peu à vue que tout le monde s’en va en Louisiane pour tourner L’Au-Delà. Bien évidemment, le scénario va se structurer quand bien même Lucio Fulci va laisser éclater sa folie imaginaire en improvisant parfois à même le plateau selon ses inspirations. 

Avec tout cela et un tournage strict d’à peine deux mois entre les États-Unis et les studios De Paolis à Rome, L’Au-Delà, de par son résultat final, se trouve être un petit miracle. Miracle, car il s’inscrit pleinement dans le cinéma de Lucio Fulci et ne souffre jamais de la sécheresse de son budget (500 000 dollars environ). Des limites qui permettent à Fulci et son équipe de se lâcher et de tout déchirer ouvrant les portes de l’enfer sur un film se ressentant comme une envolée libre se construisant au fil de tableaux magnifiques comme la séquence du pont, la mort d’Emily ou le final d’une noirceur nihiliste sublime.

Mais quelle est l’histoire de L’Au-Delà ? On suit Liza Merril qui hérite d’un hôtel et entreprend de le rénover. Mais, très vite, des événements tragiques succèdent les uns aux autres, et les ouvriers meurent dans des circonstances mystérieuses. Puis, Liza fait la connaissance d’Emily, une jeune aveugle, qui la met en garde contre ce lieu maudit : l’hôtel abriterait une des sept portes de l’Enfer dont le peintre martyr serait le gardien.
Fulci et Sacchetti reprend peu ou proue l’histoire de Frayeurs exposant leur récit au cœur d’un hôtel miteux en Louisiane. Une nouvelle porte de l’enfer qui s’ouvre par miracle pendant les travaux de rénovation de l’hôtel par la jeune héritière qu’incarne Catriona MacColl. L’actrice anglaise retrouve rapidement Fulci pour ce nouveau film, et contrairement à Frayeurs trouve enfin sa place et s’incarne mieux à l’écran. Elle imprime une meilleure conviction, croit en son rôle, mais surtout tient remarquablement ses marques au cœur d’un long-métrage répétant ses gammes au cœur d’un nouveau cauchemar suintant. 

Frayeurs et L’Au-Delà pourraient être résumé comme un même et seul film, comme une suite, celle logique d’un metteur en scène collaborant avec son scénariste pour finalement déboucher sur une série de films que les cinéphiles surnommeront « La Trilogie de l’Enfer ». Il faut lui rajouter en effet La Maison près du Cimetière qui sortira l’année suivante avec toujours Catriona MacColl. De par ces trois films, Lucio Fulci signe des œuvres personnelles, le déchainement d’une mise en scène macabre, loin de la poésie vue par certains, mais l’ouverture des portes de l’enfer pour cannibaliser un monde pourri que Lucio Fulci ne supporte plus. Il imprègne ses films d’une misanthropie forte qui le suit depuis des années. L’enfer et ses fantômes envahissent notre monde plaçant son cauchemar au cœur de notre réalité pour nous dévorer et nous plonger au cœur d’un marasme dont nous ne connaîtrons jamais la grande messe.
Pour Lucio Fulci, nous finirons tous en Enfer, autant alors ouvrir les portes et nous laisser aspirer en son cœur. Sacchetti essaye tant bien que mal de structurer la folie formelle du réalisateur romain. L’auteur apporte une consistance à l’enchainement des pensées macabres de son collaborateur en y injectant de l’ADN Lovecraftien par le biais d’indices faisant directement référence au mythe de Cthulhu, notamment le Livre d’Eibon consulté par David Warbeck dans le film.

L’Au-Delà est surtout un enchainement de peintures gores évoquant les pires cauchemars d’une nuit noire. Le long-métrage est un nouvel enchaînement de saynètes aux saillies gores bien craspec à l’image de la séquence de la bibliothèque avec les araignées (une image subliminale sera même reprise dans le Spider-Man de Sam Raimi par le monteur pour un cauchemar du héros) ou encore la séquence dans la morgue avec la jeune rousse dont les souliers cirés trempent dans le sang acidifié de sa mère violemment attaquée.
L’Au-Delà est un enchainement de putrides envolées et d’images fortes comme cette aveugle seule sur le pont avec son chien qui prévient Lizzie (Catriona MacColl) du danger qui l’attend. Le tout se conclut dans un No Man’s Land renvoyant à la mort figée des habitants de Pompéi, comme peints par le gardien de la porte dans le prologue du film avant d’être salement crucifié par les locaux, L’Au-Delà s’ouvrant en 1925 dans un sépia magnifique et sublime. 

L’Au-Delà est un titre phare de l’horreur européen des années 1980, mais surtout l’expression libre d’un auteur en pleine possession de ses moyens. Formant la charnière centrale de la « Trilogie de l’Enfer » avec Frayeurs et La Maison près du Cimetière, L’Au-Delà est un classique incandescent qui peut laisser de marbre beaucoup de cinéphiles, en révulser d’autres ou alors totalement captiver par sa capacité à nous happer au cœur d’un cauchemar solaire et moite dans une Louisiane qui n’a jamais autant bien prêté ses traits au cinéma.

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