Shampoo : Le coiffeur de ces dames

Après l’électrisant Time and Tide, c’est cette fois-ci Shampoo qui a les honneurs d’être édité par Carlotta, qui fait du film de Hal Ashby sa nouvelle Édition Prestige Limitée. Le film se présente dans sa nouvelle restauration 4K et on peut dire qu’on attendait avec impatience le jour où on le verrait dans une édition digne de ce nom. Accompagnée par divers Memorabilia (cartes postales, photos, affiche), l’édition ne comporte malheureusement aucun bonus et c’est bien dommage tant le film en aurait mérité plusieurs !

Justement, qu’en est-il du film ? A priori pas grand-chose de foncièrement original, seulement 24 heures dans la vie d’un coiffeur de Los Angeles en 1968 à la veille de l’élection de Richard Nixon. George, coiffeur pour dames, a toujours usé de ses charmes pour séduire sa clientèle. Sexuellement comblé, désiré de toutes parts, il est cependant frustré professionnellement et souhaite ouvrir son propre salon. Pour l’aider, sa maîtresse Felicia lui fait rencontrer son mari Lester qui cherche à investir dans des projets. Mais Lester est l’amant de Jackie, ex-conquête de George…

Léger, le film l’est en apparence de par les nombreuses situations qu’il déroule. La vie tourmentée de George, qui ne peut vraisemblablement pas rencontrer une femme sans qu’elle ait envie de lui, permet au film de s’inscrire dans un véritable tempo comique où notre héros est sans cesse pris entre deux feux, incapable de maîtriser un tant soit peu son destin. Le sens du timing comique du film, présent dans les dialogues (il faut voir Julie Christie à un gala guindé pointer du doigt Warren Beatty en déclarant qu’elle veut lui sucer le pénis pour savourer tout le politiquement incorrect de la chose) mais aussi dans la direction d’acteurs à la précision redoutable de Hal Ashby, régale mais derrière cet humour particulièrement irrésistible se cache évidemment un propos moins reluisant.

Car le choix de situer l’action du film à la veille de l’élection de Richard Nixon est loin d’être anodin. L’arrivée de Nixon au pouvoir, suivi de l’année 1969 et du massacre de la famille Manson perpétré sur Sharon Tate et ses amis a en effet enterré toute la contre-culture et la révolution sexuelle qui s’étaient déclenchées dans les années 60. Quand il réalise le film en 1975, Hal Ashby, qui fut lui-même un farouche représentant de la contre-culture, est lucide sur la situation et sait très bien de quoi il parle. Il s’empare alors du script écrit par Warren Beatty et Robert Towne pour mieux faire de Shampoo un chant du cygne de ces années 60 bénies, dont les idéaux n’auront pas fait long feu, confrontés à des problèmes matériels et à l’hypocrisie générale d’un monde dont les valeurs ne se tournaient plus que vers l’argent et l’égoïsme.

Beatty, dans un rôle très proche de ce qu’il était vraiment (et qui brouilla la frontière entre fiction en embauchant dans les trois rôles féminins principaux des actrices qui furent ses conquêtes) livre ainsi une prestation fort réjouissante, épaulée par de formidables actrices (Julie Christie est particulièrement fabuleuses) tandis que Jack Warden, dans le rôle du totalement perdu Lester, régale par son décalage perpétuel. Épinglant l’hypocrisie d’un monde qui n’a peut-être jamais vraiment cru à la contre-culture, dénonçant l’aspect dérisoire de nos vies et de nos préoccupations (qui restent inchangées depuis la sortie du film), Hal Ashby réalise avec Shampoo une comédie lucide aux allures de vaudeville, cachant cependant un vrai regard sur le monde qui l’entoure. La sortie du film, six mois après le scandale du Watergate qui fit tomber Nixon, ne fit que rendre la chose plus irrésistible…

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