Toy Story : Histoire de la vie.

Une histoire de jouets pour commencer l’une des grandes histoires de l’animation du cinéma moderne. Toy Story est le premier long-métrage d’animation en 3D produit et réalisé par Pixar. Le futur studio est à l’époque la propriété de Steve Jobs, qui a racheté ce département à LucasFilms dix ans plus tôt. Pixar était chez George Lucas un petit département d’animation nommé Graphic Groups et rattaché à ILM travaillant sur des productions telles que Star Trek II ou Le Secret de la Pyramide. On ne refera pas l’histoire entière, nous ne sommes pas là pour cela, mais suite à divers désastres financiers, Steve Jobs rachète le département pour une bouchée de pain avant un partenariat de distribution avec Disney.

Si aujourd’hui Steve Jobs n’est plus et Pixar appartient à Disney, en 1995, il en était une tout autre histoire. Toy Story est un film indépendant réalisé par l’un des talents en place, John Lasseter. Disney apparaît alors pour un deal avec Pixar sur 3 films en distribution et gestion du marketing. Mais Toy Story est un pur produit des studios Pixar. Dès le coup d’essai, le résultat est une réussite. Il y a comme une magie dans l’air à cette époque. Tout ce que touche Pixar est une prouesse et un succès. Pixar amène le genre de l’animation vers l’infini et l’au-delà alors que les différents studios traditionnels et installés produisent encore des films familiers. Toy Story est une révolution, une agitation dans le monde de l’animation qui traverse le temps avec aisance. Si certaines animations n’ont plus le même cachet, notamment le rendu de Scud le chien ou certaines finitions visuelles, Toy Story est déjà à l’époque d’une incroyable exigence. 

Toy Story est le rêve de tout enfant : voir ses jouets prendre vie. Mais ils le font dès le dos tourné de son propriétaire pour évoluer dans leur propre univers. Rêve de gosse de John Lasseter qui donne vie à ses anciens jouets, mais surtout le transfert de nous-mêmes vers des personnages en plastique. L’histoire de ses jouets n’est autre que la nôtre. La transposition du monde des humains sous l’apparat naïf de jouets pour mieux faire passer la pilule. Pixar expérimente une recette qui fera son succès auprès des critiques et cinéphiles tout en conquérant le cœur des enfants. Mais Pixar réexploite la recette magique de Don Bluth et d’autres productions d’animations des années 80, notamment Le Petit Dinosaure, Charlie Mon héros, Rock’O Rico ou Brisby et le Secret de Nimh pour allier questionnement de fond avec une animation en forme de tableau réaliste innocent. Toy Story est de cet adage relançant l’intérêt des adultes pour l’animation et ce partage du cinéma avec les enfants. 

Toy Story sort au cœur d’une dynamique forte pour Disney. Leurs productions ont repris du poil de la bête après les succès du Roi Lion ou Aladdin et la rafle d’Oscars pour La Belle et la Bête. Mais la révolution est en marche, Toy Story dynamitant un genre de l’intérieur. L’industrie ne s’en remettra jamais abandonnant doucement le crayon pour une production industrialisée en 3D. La certitude de voir les studios concurrents essayer de copier le style avant que l’influence devienne une référence et un modèle pour des petits qui feront les réussites d’autres studios. On pense aujourd’hui au Studio Blue Sky (L’âge de Glace) ou Dreamworks Animation avec la série des Shrek.
Mais outre être une révolution pour un genre, Toy Story est un grand film. Un long-métrage pour petits et grands qui n’a rien perdu de sa fervente force 25 ans après sa sortie. Toy Story est une production d’une contemporanéité rare. On se retrouve bluffé à revoir ce film qui ne perd en rien de sa verve, son aisance et de son plaisir de cinéma. Sa plus grande force est son fond sauvant sa forme des affres d’une technique toujours poussée à son extrême. La chambre d’Andy comme étant le parallèle de notre monde. Cet univers hanté par des jouets cocasses aux relations didactiques sous le joug d’un shérif star, avant l’arrivée d’un inconnu. Tout à l’air d’être l’apanage d’un western, mais Toy Story se transforme en un buddy-movie mouvementé digne du cinéma de Walter Hill. Buzz l’éclair apprenant à sortir de sa condition de jouet quand le taciturne Woody apprend les notions de partage et d’amitié. Ils ne vont pas avoir 48Hrs, mais seulement quelques heures pour se lier et rejoindre la troupe avant le déménagement. Si on avait su qu’un jour, une maison, un jardin et un coffre de voiture auraient permis l’aventure extraordinaire de jouets pour retrouver leurs maîtres, on aurait daigné y croire même en compagnie de deux chiens et un chat siamois… Oui, mais c’est un autre Incroyable Voyage… 

Toy Story reste encore aujourd’hui le haut du panier à jouets du cinéma d’animation. Un long-métrage tendre et bienveillant aux doux messages transmis aux bambins dont le film est devenu une référence. L’excellence même du studio Pixar fournissant un travail exigeant et merveilleux ayant bouleversé les codes et le conformisme d’une industrie commençant à tourner en rond. Toy Story est le point de départ d’une révolution et le bouleversement de notre cinéphilie qui se transmet aujourd’hui de génération en génération depuis 25 ans avec cette impression d’actualité prégnante forgeant un cinéma fort et prospère.

3 Rétroliens / Pings

  1. Le Roi Lion : Le roi des classiques -
  2. Comme des bêtes 2 : La recette s'essouffle déjà -
  3. Édito - Semaine 42 -

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*