Saint Frances : L’amitié dans les « règles » de l’art.

Partir en festival est une aventure trépidante. Tel un archéologue accompagné de sa fidèle équipe, on scrute dans l’espoir de découvrir la perle rare au gré d’une dizaine de projections. Il ne faut alors qu’une petite séance alors que la nuit tombe pour toucher au but. 

Au cœur de cette nouvelle édition du Champs-Élysée Film Festival, il a fallu passer par quelques incongruités trop new-yorkaises pour convaincre, des propositions intéressantes voire de bons films en soit (Pahokee) pour atteindre Saint Frances
Saint Frances est l’histoire de Bridget qui a recours à un avortement au début d’un été. Cet été va être surtout marqué par sa rencontre avec Frances, petite bouille pleine d’énergie, fille d’un couple de femmes qui sont sur le point d’accueillir un petit frère. Bridget quitte son job de serveuse pour devenir nounou de Frances, mais ne s’attend pas à que sa vie prenne un tel tournant. 

Nous non plus en tant que spectateurs ne sommes prêts à faire face à un tel vent de fraîcheur. Saint Frances est le meilleur film américain de sa sélection présenté en cette année 2019. Pour une fois que nous faisons le constat d’avoir pu tout découvrir avec une véritable rigueur, il aura fallu attendre le dernier long-métrage pour découvrir la plus pertinente des merveilles.
Saint Frances est une proposition rafraîchissante. Tout commence au cœur d’une soirée barbante pour Bridget, mais aussi pour le spectateur. On ressent sa peine à ne percevoir que de l’ennui envers ses interlocuteurs. Elle trouve Jace, plus jeune qu’elle et avec qui elle finit la nuit. Leur histoire de semi-couple commence par du sexe jouissant et un bain de sang. Le personnage de Bridget va être perpétuellement inondé de sang au cœur du film. Comme si la scénariste purgée son personnage de sa frustration de ne pas être comme les autres. Les autres sont ceux de sa génération ayant passé la trentaine avec un travail stable et une vie de famille confortable. Bridget en est loin, vivote à défaut de construire un avenir sur du moyen terme. L’été va être décisif, enfin plutôt la source d’énergie et la rencontre cruciale avec Frances pour s’accepter en tant que femme.

La société peut être vampirique, surtout quand on est une femme de plus de 30 ans sans attache outre des parents dont on n’est pas proche. Sa mère doit fouiner sur le Facebook des amies de sa fille pour avoir des nouvelles. Sur deux mois, Bridget va prendre conscience des changements qu’elle doit opérer, mais surtout qu’elle doit se créer un cadre. Au début du film, sa vie est en désordre nourrie par une irresponsabilité déconcertante. Pas de contraception, de boulot sûr, pas d’attaches familiales, peu d’amis…
Frances va être le déclencheur. Le job de nounou est une chance, mais surtout un travail à la cool. Mais Frances n’est pas facile, une petite fille vive, d’une intuition rare. Plutôt l’actrice, Ramona Edith Williams, qui transpire dans ce rôle de Frances attachante et irrésistible déclenchant l’hilarité pour quelques séquences clés. Choisie au milieu d’une quarantaine autres petite fille, Ramona Edith Williams est l’atout majeur de ce long-métrage qui se pose les bonnes questions, rassure par ses réponses, mais surtout procure un bien fou.

Pour les besoins de Saint Frances, Kelly O’Sullivan a été chercher dans sa propre vie. Un avortement, un boulot de baby-sitter et sa recherche intérieure pour devenir la femme d’aujourd’hui. Une scénariste qui produit son premier long-métrage en compagnie d’un mari derrière la caméra pour la mettre en scène avec touchée et tendresse. Saint Frances a tous les ingrédients pour être une réussite, car tout le monde croit au projet et va dans le même sens. Il y a une impression de sincérité, de fraîcheur dans ce film contemporain et féministe dans le bon sens. La femme est au centre sans le moindre opportunisme au vu de l’actualité. Un couple de femmes gay avec deux enfants et une héroïne qui se reconnecte pour faire le grand pas de sa vie. 

Saint Frances est la petite perle que l’on espérait pas ou plus. Le film réalisé par Alex Thompson est ce vent frais venant dégager ce climat lourd de ce début d’été sur les hauteurs des Champs-Élysées pour les besoins d’un festival à la compétition compliquée. Saint Frances gagne pour nous la rencontre par un K-O sanglant, la fraîcheur que l’on retiendra pour cette édition longtemps encore après la clôture d’un événement aujourd’hui installé. 

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