Nevada : Le cheval c’est vraiment génial.

« Chaque année, dans le Nevada, des milliers de Mustangs sauvages se baladent en liberté. Les autorités ont alors décidé de réguler leur nombre en les chassant et les capturant ». C’est par ces quelques lignes que le film commence. Nous suivons alors Roman (Matthias Schoenaerts), incarcéré dans une prison du Nevada à qui on propose un programme de réhabilitation sociale par le dressage de chevaux.

Réalisé par Laure de Clermont-Tonnerre et dont le titre américain est « The Mustang », il s’agit du premier long métrage de la réalisatrice française. On y retrouve Matthias Schoenaerts, Jason Mitchell, Bruce Dern et Gideon Adlon. Roman est un homme qui ne sait pas gérer ses émotions, extrêmement impulsif et violent, il règle ses problèmes par la force et si quelque chose ne se déroule pas comme prévu, il frappe dans le tas. Père de famille, on le voit pourtant doté d’une certaine sensibilité. Lors de son échange avec sa fille on devine rapidement qu’il pourrait très bien tuer par amour, sa colère aveuglant ses propres actes. Lors de son programme, il fait la rencontre d’un cheval particulièrement indomptable et excité, on comprend alors le parallèle qu’il y aura entre Roman et ce cheval.

L’analogie est assez évidente, c’est en nouant une relation avec son cheval que les deux protagonistes vont s’ouvrir l’un a l’autre et au monde. Leur parallèle, bien que très évident, est extrêmement bien retranscris visuellement. Le cheval, enfermé dans un box, ne peut que passer ses nerfs sur cette cage quand l’être humain, souvent affublé de monstre car s’accordant le droit de vie ou de mort sur les autres espèces, est ici logé exactement à la même enseigne que son homologue équestre. Une des scènes le montre bien lorsque Roman est enfermé dans une sorte de cage à l’extérieur. Il tourne en rond, rumine ses pensées et ni son environnement ni le fait d’être à l' »extérieur » ne l’aident à apaiser sa colère.

Alors que le film semblait avoir des allures de film propagande sur le régulation des cheveux sauvages lors de son introduction, on se rend finalement vite compte de sa dimension humaniste. Bien que certaines images peuvent être difficiles à digérer, le film montre un amour inconditionnel pour les équidés. Petit bémol quant à l’évolution de leur relation tout de même. L’exercice de retranscrire ce que peut ressentir un cheval ne doit pas être évident, certes, mais le changement d’attitude semble un peu trop brut pour l’un comme pour l’autre. Roman s’énerve une dernière fois face au cheval bien qu’il refrène ses accès de violence, l’instant d’après le cheval vient coller son museau a la figure du cow-boy. Un retournement de situation un peu rapide et facile, mais difficile d’être totalement réaliste dans un film quand une telle relation se construit sur la durée et l’écoute mutuelle entre l’homme et l’animal.

D’ailleurs cette esthétique far west est bien présente et assez fidèle. Nous ne sommes pas dans la caricature mais plutôt dans la représentation assez juste de tout ce que cet environnement peut nous montrer et a à nous offrir. Il faut bien admettre qu’à première vue, une telle histoire semblait assez intrigante difficilement dissociable, dans une certaine mesure, d’un Spirit, L’étalon des plaines ou du Cheval de Guerre de Spielberg. A y repenser, le cinéma s’attarde assez peu sur ce que les chevaux peuvent offrir aux humains. Or quand il le fait, c’est toujours un certain succès. Nevada montre une très grande sensibilité et remet au centre de nos relations humaines l’importance de ce que peuvent apporter les animaux, les chevaux dans le cas présent, à notre sens de l’humanité.

En effet ce programme de réinsertion n’est pas une fiction. Dans le Nevada justement ainsi que dans quelques autres prisons et pays, ce genre de thérapies a déjà fait ses preuves. Dans de nombreuses prisons on note un taux nettement moins important de récidive chez les prisonniers remis en liberté après avoir suivi ce programme. La réalisatrice ne s’arrête pas uniquement a cette analogie et le long métrage réserve bien des surprises. On en apprend plus sur nous même et notre impact inconscient sur le monde animal. Nevada est un long métrage extrêmement juste et bien écrit, avec sa succession d’événements perturbateurs et surtout doté d’une sensibilité très expressive. Le jeu d’acteur y est impeccable, et alors qu’on se questionne rapidement sur la tournure de l’histoire, on se prend à son récit et sa tendresse. Finalement, c’est peut-être le cheval le meilleur ami de l’homme.

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