Men in Black : Aliens et héritage de la mémoire

Il y a des films qui ont indubitablement bercé les enfances de chacun. Peu importe l’époque ou l’œuvre en question, le rapport que nous entretenons avec ces films demeure indestructible. Pour autant, lorsqu’il faut émettre un avis critique, la question se corse. Dire de Men in Black qu’il est un film parfait serait manquer cruellement d’objectivité. En dépit d’un amour prépondérant pour cette adaptation du comics éponyme créé par Lowell Cunningham, nous avons eu un peu de peine à accoucher d’une critique constructive. Succès publique notable lors de sa sortie en salle en 1997, le cinquième long métrage de Barry Sonnenfeld va devenir un phénomène populaire conséquent. Non content de mettre en lumière le comics édité pour la première fois en 1990, la franchise Men in Black sera déclinée en dessins-animés, le marché du jouet va se faire un malin plaisir de lancer toute une collection d’aliens aussi farfelus les uns que les autres et, bien sûr, tous les enfants de l’époque rêveront d’enfiler le fameux costume noir. Nous avons été directement impactés par cette mouvance à l’époque, voilà pourquoi il nous est très difficile d’être objectif concernant Men in Black.

K, agent de longue date du MIB, agence ultra secrète chargée de réguler la présence extra-terrestre sur la Terre, vient de perdre son mentor. Il tente de dénicher une nouvelle recrue qu’il va trouver en la personne de James Darrell Edward III, un jeune officier de la police de New-York. Pendant qu’il va s’atteler à former son jeune apprenti, l’agent K va devoir enquêter sur un alien particulièrement virulent venu sur Terre en quête d’un mystérieux objet qui pourrait menacer la survie de sa planète.

Barry Sonnenfeld est un réalisateur dont on ne salue pas assez le travail. Auteur d’une petite filmographie, on lui doit tout de même le film culte La Famille Addams (dont c’était son premier long métrage) qui marchait fièrement sur les plate-bandes de Tim Burton avec un panache déconcertant. Tous les éléments qui font la richesse de son cinéma se retrouvaient déjà dès son premier film : un humour bon enfant, une mise en scène endiablée et des acteurs chouchoutés au plus haut point. S’offrir des monstres du cinéma comme Anjelica Huston ou Christopher Lloyd pour un premier long métrage est une chance que peu de réalisateurs peuvent se targuer de s’être vu attribuer. Et son amour pour le cinéma et sa capacité à aller chercher la part enfantine chez ses acteurs ne quitteront jamais Barry Sonnenfeld. En l’espace de 11 films actuellement, il se sera payé les services de Robin Williams, Tommy Lee Jones, John Travolta, Will Smith, Josh Brolin, Michael J. Fox, Gene Hackman, Christopher Walken ou encore Kevin Spacey. Barry Sonnenfeld est le genre de tonton bienveillant avec lequel on sait qu’on va s’éclater à jouer dans l’un de ses films. Nous citions Tim Burton plus haut et ce n’est pas en vain. L’ombre de ce dernier plane fièrement au-dessus de Men in Black. Il faut avouer que les compositions de Danny Elfman y sont pour beaucoup. L’ouverture du film et le style graphique de son générique font également penser à Burton. Pour autant, Barry Sonnenfeld ne singera jamais le travail de ce dernier, même pas sûr qu’il en soit directement inspiré, mais les similitudes sautent aux yeux, il nous est impossible de ne pas en parler. Seulement, a contrario de Burton, Sonnenfeld possède une réalisation et un sens du découpage technique nettement plus cartoonesque. Sa patte artistique sied parfaitement au matériau de base qui a inspiré Men in Black.

Le film trouve le ton juste entre humour potache et film de monstres pour adulte. Un point crucial à souligner est le travail sur les maquillages confié au célèbre Rick Baker. Si les effets numériques du film ont pris un sacré coup dans les dents avec le temps, les effets physiques n’ont rien perdu de leur superbe. Vincent d’Onofrio est méconnaissable dans la peau d’Edgar, le méchant du film. Son maquillage fait froid dans le dos, il pourrait figurer à l’affiche d’un film d’horreur qu’il ne ferait absolument pas tâche dans le paysage. Bien conscient de l’aspect effrayant de son vilain, Sonnenfeld contrebalance le tout avec une pléiade d’aliens rocambolesque. Désireux de proposer un spectacle familial, le réalisateur lorgne son aspect fantastique de la même manière qu’un Spielberg aurait traité la chose. Il se focalise sur les pitreries de ses acteurs et ce n’est pas sans nous déplaire. On y découvre un Tommy Lee Jones délectable dans le costume d’un agent flegmatique. Sorte de James Bond désabusé, sa figure paternelle sert à merveille le jeu d’un jeune Will Smith en pleine ascension à l’époque. Tout juste sorti des succès de Bad Boys et Independence Day, Will Smith va asseoir son statut d’acteur incontournable avec son rôle de l’agent J. Boule d’énergie à la langue bien pendue, avec toujours une vanne sous le coude, Will Smith forme un duo parfait avec Tommy Lee Jones. La relation père/fils qui est entretenue entre les deux héros fait mouche. La transmission du savoir sera une valeur fondamentale qui construira la base scénaristique de la trilogie Men in Black. Voilà pourquoi Barry Sonnenfeld accorde autant d’importance à rassembler toute la famille devant son film. Sous couvert d’un film au rythme effréné, il nous transmet l’importance de l’héritage de la mémoire.

En étant un divertissement solide et calibré, Men in Black rassemble les familles par le biais de valeurs qu’on se doit de ne jamais perdre. Les acteurs sont chouchoutés et s’amusent comme des enfants. On appréciera également le sous-texte inhérent à l’histoire qui éduque, inconsciemment, l’enfant à accepter les différences. Voilà pourquoi Men in Black est un film qui nous tient à cœur. Voilà pourquoi également il fut difficile de mettre des mots sur l’attachement éprouvé envers le film. Des divertissements aussi forts et complets se font rares de nos jours, alors n’hésitez pas à en abuser lorsque vous en avez un bon sous la main.

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  1. Men in Black International : Neuralyze-moi si tu peux ! -

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