Aladdin : C’est dans les vieilles lampes qu’on fait la meilleure huile

Ayant débarqué en plein nouvel âge d’or de Disney, Aladdin saura, encore aujourd’hui, s’imposer comme une référence de l’aventure et du buddy movie. Malgré les nombreuses inspirations, dont le classique conte Aladdin et la Lampe Magique ou des films comme Le Voleur de Bagdad, Le Voleur et le Cordonnier ou bien Indiana Jones, John Musker et Ron Clements sauront malgré tout y juxtaposer la patte Disney, la recette miracle classique mais fonctionnelle. Cerise sur le gâteau : un Robin Williams tous azimuts, difficile à contrôler, si bien qu’il ne deviendra pas le fameux génie, c’est plutôt ce dernier qui deviendra Williams.

Il faut le reconnaître, malgré une première partie qui reste solide sur ses appuis, c’est bien avec l’entrée en scène du génie et de son interprète foutraque que le projet prend son envol. Des heures d’impro en studio d’enregistrement pour la star, qui donnera tout son cachet au personnage, remplaçant bon nombre des lignes de dialogues originelles. Lorsque le génie apparaît, le rythme change, le second degré s’inscrit dans la mise en scène avec un rythme effréné, les vannes s’enchaînent de concert avec les transformations loufoques de ce bibendum bleu. Avec ses proportions caricaturales et changeantes (inspirées des dessins d’Al Hirschfeld) et une animation dirigée par Eric Goldberg, le personnage a toutes les cartes en main pour nous emporter avec lui dans sa douce folie. Et comment, à l’aune de tous ces éléments, ne pas mentionner Richard Darbois ? Qui en tant que voix française du génie, livre une performance quasi-équivalente à celle de son homologue anglophone. Un soin apporté à la version française qui s’étend même aux seconds rôles avec par exemple, la présence d’autres grands noms comme Feodor Atkine (dans le rôle de Jafar).

Le reste des personnages, s’ils sont dans l’ombre d’un génie prédominant, reste attachant ou amusant. Aladdin et Jasmine, classiques héros et princesse à sauver (bien qu’elle s’élève timidement contre cette condition) sont les acteurs d’une romance qui passe au second plan, derrière les histoires d’amitié du film. La fine équipe se compose naturellement autour de l’aventurier au cœur d’or, avec Abu l’ami de toujours, le Génie, nous l’avons vu, ou encore le tapis magique qui pose le défi d’animation d’insuffler des émotions à un objet muet et sans visage. Petite bouffée de burlesque dans ce foutoir magique, le tapis fait aussi la démonstration technique d’un mélange de 2D et de 3D, que l’on retrouve au détour de certains plans inégaux. Comme l’apparition de cette immense tête de tigre dans le désert, qui encore aujourd’hui se fond dans le paysage sans accrocs, contrairement aux décors de la grotte lors de la fuite de la déferlante de lave, qui jurent comme un pixel mort sur un écran dernier cri.

Mais au-delà des considérations techniques, c’est avant tout par son rythme entrainant qu’Aladdin parvient à nous faire voyager, sans que jamais une seule escale n’interrompe cela. Chaque scène est aussi utile que concise, avec une action prédominante dans un périple entre exploration, aventure, romance et buddy movie. Et qui de plus qualifié qu’Alan Menken pour soutenir ce rythme ? Que ce soit par la ponctuation musicale des cabrioles du jeune voleur ou bien évidemment ces chansons qui restent en tête (dont 2 rien que pour le Génie, une autre marque son empreinte sur le film) tout y est. S’il y a bien une « formule Disney » appliquée à un conte connu ici encore, il faut bien reconnaître que cette formule savait se montrer efficace au-delà du bête recyclage auquel la firme nous habitue depuis peu.

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