John Wick : Parabellum – John Wick vs the World

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce troisième épisode de la saga créée il y a maintenant 5 ans était attendu au tournant, comme n’importe quel blockbuster. Vendu comme le summum du style développé par les deux premiers films, sur le principe du « bigger and louder » si cher aux amateurs d’action pure et dure, on y allait les yeux fermés pour se prendre une bonne décharge d’adrénaline avec notre quota de cadavres pour l’année ! Et pour couper net au suspense délétère, soyez rassurés immédiatement, on a ce que l’on était venu chercher, et ce au centuple, sans perdre de temps. Car là où les précédents prenaient leur temps (un peu trop concernant le deuxième) pour présenter d’abord le personnage, puis l’univers dans lequel il évolue, les scénaristes partent ici du principe, à raison, que le spectateur venu là connaît les règles régissant la saga, et qu’il n’attend qu’une chose, que Wick se frotte à tout ce que la planète entière peut receler de tueurs prêts à tout pour avoir sa peau, appâtés par le montant du contrat sur sa tête. Une promesse de film d’action total, en somme, qui sera respectée bien au-delà des espérances par ses instigateurs, conscients du statut culte en devenir de leur saga, et bien décidés à lui offrir le meilleur écrin possible à chaque nouvel épisode.

Nous retrouvons donc notre tueur préféré en position d’excommunication imminente, après avoir enfreint la règle de ne pas tuer au sein du Continental Hotel. Il a quelques minutes pour partir, après quoi plus personne, en principe, ne pourra l’aider. Et dès les premières minutes, nous avons déjà droit à un déluge de violence, l’accent ayant clairement été mis sur les combats, bien plus que sur les précédents, avec comme influence première les The Raid de Gareth Evans. On a du mal à ne pas citer le fameux diptyque Indonésien, mais cela prouve à quel point celui-ci a totalement modifié les règles du cinéma d’action contemporain, jusqu’à servir de référence ultime et d’exemple à suivre pour qui aspirerait à être dans le coup. Les affrontements seront donc sur le mode de l’ultra violence sans aucune limite, avec l’accent mis sur la dégradation des corps à l’aide de tout ce qui tombe sous la main, et cela culminera, cohérence ultime, avec l’apparition des big boss des deux films pré cités, Yayan Ruhian et Cecep Arif Rahman, dont on espérait très secrètement qu’ils auraient droit à une scène digne de leur statut, et c’est le cas. Preuve du respect dont peuvent faire preuve les personnes derrière la saga, envers un cinéma asiatique souvent cité, mais que peu comprennent réellement, notamment à Hollywood. Chad Stahelski, visiblement, en est fan, tout comme Keanu Reeves qui s’est ici surpassé dans le domaine de l’action. Les chorégraphies auxquelles il a droit sont de pures merveilles de sauvagerie et de créativité, le tout toujours aussi lisible, à l’aide de longs plans larges mettant parfaitement en valeur le moindre mouvement. C’était un vrai défi de nous faire croire qu’il puisse être à la hauteur face aux deux monstres sacrés cités plus haut, et pourtant, le sérieux dont il peut faire preuve depuis le début de la saga est ici bien payant, sa crédibilité n’étant plus à prouver depuis longtemps. La suspension d’incrédulité n’a donc même plus lieu d’être, et l’on se régale devant le spectacle proposé, un sourire sadique sur le visage face à la barbarie à l’œuvre ici.

Jouissif, le film l’est incontestablement, ce qui ne veut pas dire qu’il soit parfait. Et c’est là que l’on comprend à quel point l’univers mis en place a réussi à rentrer dans une sorte d’inconscient collectif qui a fini par devenir une évidence, nous faisant accepter les carences scénaristiques, pourtant présentes depuis le premier film. Si la priorité principale a toujours été de pousser l’action débridée un peu plus loin à chaque épisode, le développement de la mythologie mise en place, et de ses multiples règles et ramifications, est également une des raisons qui ont contribué au succès de chaque film.

On vient dans la salle autant pour prendre son pied devant la violence des scènes de combats ou de gunfights, que pour retrouver des éléments désormais iconiques, comme le concierge de l’Hôtel, qui a ici un rôle plus déterminant. Si le souci principal des deux premiers films se trouvait dans une obligation à rendre le concept clair pour le spectateur, ce qui passait par des tunnels de dialogues parfois un peu ronflants, nous dirons qu’ici, il s’agirait plutôt d’un excès de générosité consistant à vouloir toujours en rajouter dans les possibilités d’extension scénaristiques, pour donner lieu à une saga immortelle. Ce qui est une bonne nouvelle pour ses fans (la fin est clairement ouverte), peut tout de même par instants se retourner contre la fluidité générale, avec un trop grand nombre de personnages pas forcément mis en valeur (Halle Berry disparaît brutalement, alors que l’on nous parle d’une dette qu’elle aurait envers John Wick, et qu’elle semble lui en vouloir pas mal pour on ne sait quoi, peut-être pour le prochain épisode), et de règles remises en question pour donner lieu à de nouvelles scènes d’action dévastatrices. Selon que l’on décide de voir le verre à moitié plein ou à moitié vide, on pourra tout autant prendre ça comme une qualité, une volonté d’en donner toujours plus, ou au contraire comme une difficulté à savoir rester modestes et dans le cadre d’une série B de luxe assumée, ce qu’était le premier film. Mais à vrai dire, pour faire perdurer l’univers, il était indispensable de ne pas se cantonner au statut volontairement idiot des débuts, et de donner plus d’ampleur générale, quitte à ce que le film soit un peu trop long et à faire voyager le héros pour pas grand-chose. A ce titre, le passage à Casablanca a de quoi laisser perplexe. Par la grâce d’une ellipse, il se retrouve à l’étranger, après un dialogue évoquant son droit à un laisser-passer, et ce sera à peu près tout. Encore un élément qui contribue définitivement au statut de bande dessinée de la saga, virant ici au serial gore, avec en prime un voyage au bout de lui-même pour John Wick, dans le désert, évoquant quelque mythologie super-héroïque.

On ne cherche même plus le moindre début de crédibilité, et l’on savoure juste le spectacle proposé, d’une générosité implacable, malgré des redondances et une certaine complaisance, notamment sur cette scène de  tuerie avec Halle Berry en action, évoquant un jeu vidéo de FPS, où l’on extermine tous les ennemis se trouvant sur son chemin à coups de headshots balancés rageusement. A ce niveau de mépris de l’intégrité du corps humain (les corps sont criblés de balles avant de se prendre une ou deux balles dans la tête à bout portant pour finir), on ne sait plus s’il faut en rire ou s’en inquiéter. Mais comme il serait futile de se plaindre de la violence déraisonnable dans ce genre de spectacle, on se contentera de dire que tout ceci est bien évidemment à prendre avec beaucoup de recul, et qu’il est déconseillé au trop jeune public (le film est interdit aux moins de 12 ans mais cela nous paraît un peu limite).

Il est difficile d’avoir un avis définitif pour le moment, et il faudra encore attendre de revoir le film pour ça, tout en sachant que de nombreux épisodes sont certainement à venir. Ce qui n’est pas pour nous déplaire, vu la générosité à l’œuvre ici. Le film compte parmi les meilleures séquences d’action contemplées sur un écran de cinéma depuis, disons, The raid 2 (encore lui), et les audaces stylistiques toujours plus folles (ah, ces vitres durant le combat final, bien mieux mises en valeur que les miroirs dans le 2ème) permettent de maintenir l’intérêt et de ne pas se lasser, là où en d’autres mains, cela pourrait facilement devenir redondant. Regorgeant de répliques badass balancées sur un ton détaché par Keanu Reeves, qui maîtrise parfaitement le côté laconique du personnage, et culminant sur une dernière réplique aussi lapidaire qu’hilarante, le résultat nous laisse avec un grand sourire benêt, tout en ayant conscience de ses faiblesses. Ce qui n’est pas si courant que ça, et mérite donc une validation presque aveugle. Vivement le prochain, donc …

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