Divorce à l’italienne : Affreux, sale et concupiscent

Des nombreuses pépites que la comédie italienne nous a livrées dans les années 50, 60 et 70, Divorce à l’italienne fait partie du haut du panier, le genre de film dont on redécouvre à chaque nouvelle vision la force de ses détails et de sa narration. Sa sortie en version restaurée le 15 mai prochain chez Les films du Camélia est donc une aubaine, permettant de mieux saisir le sel de cette comédie s’imposant très vite comme un modèle du genre.

Quand Pietro Germi réalise le film en 1961, il n’est pas encore versé dans la comédie qui caractérisa la suite de sa carrière. De fait, le cinéaste aborde en premier lieu son sujet de façon beaucoup plus sérieuse avant qu’on ne lui en fasse remarquer le potentiel comique qui se révèle peu à peu à lui en poussant l’écriture plus loin. Et il y a de quoi rire en effet quand on voit l’histoire du film, celle du baron Ferdinando Cefalù, aristocrate sicilien décidé à se débarrasser de sa femme pour épouser la belle Angela, sa cousine âgée de seize ans ! Le divorce étant totalement impensable à l’époque, Ferdinando n’a d’autre choix que d’échafauder un plan diabolique : il s’agit pour lui de pousser sa femme dans les bras d’un autre, la surprendre en flagrant délit et la tuer, écopant ainsi d’une peine minimale de prison puisqu’il n’a fait que défendre son honneur !

Dès lors, tout le film s’acharne à nous faire suivre la poursuite inlassable du plan de Ferdinando avec une réussite formidable : en dépit d’un but absolument détestable (tuer sa femme pour épouser sa cousine mineure !), l’identification du spectateur au personnage fonctionne tellement qu’on se prend au jeu et qu’on souhaite le voir réussir ! Merveille du cinéma que de parvenir à nous identifier à un type parfaitement odieux sur lequel le film arrive pourtant à plaquer des émotions auxquelles on peut se rattacher.

Petit bijou d’écriture (justement récompensé par l’Oscar du Meilleur Scénario Original en 1963 et il le méritait largement, ne serait-ce que par son utilisation parfaitement astucieuse de la voix-off), Divorce à l’italienne s’avère être une satire particulièrement noire et acerbe de la société sicilienne de l’époque où il fait bon d’être catholique devant tout le monde mais où l’on reluque la voisine dès qu’il fait nuit, on convoite sa cousine et on tue pour obtenir une certaine tranquillité d’esprit… Toujours sur le fil du rasoir entre la comédie de mœurs, la caricature et le portrait au vitriol, le film n’épargne personne et soigne jusqu’au moindre de ses personnages secondaires, moquant une société sicilienne sans jamais être très loin de la réalité de l’époque.

Non content de se reposer sur son scénario, Pietro Germi emballe le tout avec une science de la mise en scène particulièrement bien dosée. Tout dans le récit, du montage jusqu’au travail sur le son, ne fait que servir le film, permettant de totalement rentrer dans la psyché de Ferdinando, accentuant tellement l’effet miroir avec le spectateur que cela en deviendrait presque déroutant. Notons d’ailleurs, chose amusante, que le personnage de Marcello Mastroianni dans le film va au cinéma voir La Dolce Vita avec… Marcello Mastroianni !

Formidable comédie, d’une intelligence rare, noire jusque dans son dénouement jusqu’au-boutiste (où Germi s’en donne à cœur joie pour fustiger le mariage), Divorce à l’italienne ne serait pas un tel régal sans son casting savamment choisi. Si Stefania Sandrelli incarne la belle (mais pas si innocente que ça) Angela avec talent et que Daniela Rocca fait des merveilles dans le rôle ingrat de l’épouse insupportable, c’est bien évidemment Marcello Mastroianni qui emporte le morceau. Dans le rôle de cet aristocrate à la fois pathétique et terrifiant, l’acteur fait des merveilles, offrant une composition dont lui seul avait le secret, campant un personnage mémorable, pimentant une écriture déjà remarquable par des détails de jeu formidables, à l’image de son tic à la lèvre venant donner de l’épaisseur à l’un des grands personnages de la comédie italienne dans un film à consommer sans modération !

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