Ne Coupez pas ! : L’inéluctable aventure d’une caméra

Ne coupez pas ! (カメラを止めるな!, Kamera o tomeru na!?, littéralement « N’arrêtez pas la caméra ! ») est une comédie d’horreur japonaise écrite et réalisée par Shin’ichirō Ueda et traduit « One Cut of the Dead » en anglais, cette traduction faisant d’abord référence à la majorité des titres de cet acabit mais peut-être plus directement à Shaun of the Dead. Sorti en novembre 2017 au pays du soleil levant, il ne sortira en France que le 24 avril 2019 après une diffusion en premier lieu au Festival international du film de La Roche-sur-Yon, puis au PIFFF 2018. Il s’agit d’un film indépendant qui ne sortira probablement pas dans de nombreuses salles mais c’est surtout le premier long métrage du réalisateur qui s’est d’abord fait connaître à travers une multitude de courts-métrages. Avec un budget de 27.000 dollars (~25.000 euros), Ne Coupez pas ! est surtout un projet retentissant ayant engrangé plus de 7 millions de dollars et encore distribué au Japon près d’un an après sa sortie initiale, dans des salles affichant toujours complet.

Aujourd’hui, Ne coupez pas ! est un véritable phénomène au Japon, attisant d’abord curiosité puis passion. Malheureusement, il existe des films impossibles à aborder sans risquer de dévoiler des éléments d’intrigue essentiels. Celui-ci en fait partie. Est-ce véritablement un film de zombies ? A vous de le découvrir. Le film s’ouvre sur une scène de répétition d’un tournage où un zombie cherche à déchiqueter une jeune femme. Cette dernière, crédule, semble espérer pouvoir faire revenir à l’humanité le zombie qui lui fait face en l’appelant par son prénom avant d’être subitement interrompu par le réalisateur qui se rue sur elle et l’engueule de ne pas savoir jouer, de ne pas savoir vivre la scène et la dramaturgie de la situation. Un petit clin d’œil à la méthode Stanislavski marquant le début d’un très long plan séquence de plus d’une demi-heure, évidemment raccordé numériquement à quelques instants clés, dont le tournage sombre dans l’horreur d’une véritable attaque zombie. Le raccord numérique ne retirant rien à la mise en scène époustouflante du faux plan séquence et à sa magistrale exécution. C’est au terme de ce plan séquence que le film prend un nouveau départ et raconte l’histoire sous un tout nouvel angle. C’est à ce moment qu’il devient quasiment impossible d’en parler sans vendre les ficelles.

Il faut savoir que toute la première partie (le plan séquence) est filmée de manière extrêmement amateure, avec des mouvements incongrus quasi volontaire, des cadres incertains et brouillons et une qualité d’image au ras des pâquerettes. Le « véritable » film démarrant une fois ce premier acte terminé. Comme de très très (trop ?) nombreux autres films dans l’univers cinématographique, One Cut of the Dead est une véritable et impressionnante déclaration d’amour au cinéma. Puisqu’il reste impératif de vous laisser l’essentiel de la surprise, sachez que le film dépeint, avec un humour bien japonais et une expérience inattendue pour un premier film, l’envers du décor et la manière dont se font les tournages en général, sous tous leurs aspects et surtout les plans séquences. Inutile de vous en dire plus, vous en savez déjà trop.

Tout ce que l’on peut ajouter est une écriture extrêmement soignée et particulièrement maligne. Une mise en scène à la seconde et au millimètre près. Des déplacements de caméras et de positionnement des acteurs pensés avec minutie et beaucoup de prévoyance. Indéniablement, c’est un projet particulièrement ambitieux et intime à la fois, quand on sait que la plupart des acteurs ont accepté de participer bénévolement à ce projet.

C’est très chaleureusement que nous vous enjoignons à voir ce film, une véritable perle étrangère au milieu de ce flot de blockbusters. Une maîtrise avancée des images et des plans et un choix intelligent de cadre définissent cette production inhabituelle sur la forme et si juste sur le fond. Vous ne le regretterez certainement pas, si vous parvenez à passer outre la première partie un peu… déstabilisante.

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