Picnic at Hanging Rock : Disparues sans laisser de traces…

14 février 1900. Au fin fond de l’Australie, Madame Appleyard tient un pensionnat de jeunes filles. En ce jour de la Saint-Valentin, un pique-nique est organisé au pied du grand rocher Hanging Rock. Le rocher, présent sur terre depuis des millions d’années, semble exercer un étrange pouvoir (les montres s’y arrêtent) et lors du pique-nique, plusieurs jeunes femmes disparaissent. Seule l’une d’entre elle sera retrouvée, amnésique, les autres restant à jamais perdues…

En 1975, se basant sur le roman de Joan Lindsay racontant cette histoire, Peter Weir réalisait Pique-nique à Hanging Rock. Le film, sommet de mysticisme évanescent, laissait émerger différentes pistes d’interprétations quant à la disparition des jeunes femmes et à leur personnalité. L’année dernière, Picnic at Hanging Rock, mini-série en six épisodes écrite par Beatrix Christian et Alice Addison se réappropriait le roman avec une belle audace. L’intégrale de la série étant sortie en Blu-ray et dvd chez Elephant Films depuis le 20 mars dernier, nous avons profité de l’occasion pour se pencher attentivement sur cette relecture moderne et ouvertement féministe.

En s’étalant sur six épisodes, la série ne pouvait entretenir le mystère aussi longtemps que le faisait le film de Peter Weir. Si la disparition ne sera pas plus expliquée ici (quoique quelques pistes sont plus évidentes que dans le film), c’est en se concentrant sur ses personnages que la série fait mouche. Des personnages que l’on saisissait difficilement dans le film et qui font tout le sel du récit ici. Les deux scénaristes de la série se sont suffisamment penchées sur la condition féminine de l’époque pour livrer quelques superbes portraits de femmes aussi divers que complexes. Tout en gardant le sens du mystère et en soignant son atmosphère et sa réalisation (en dépit d’un abus de quelques tics, notamment des cadres penchés), Picnic at Hanging Rock tire sa force de ses différentes héroïnes, chacune d’entre elle ayant le privilège de se retrouver au centre d’un épisode précis quand la narration le décide.

S’il est assez difficile de s’attacher à la glaçante (mais néanmoins complexe) Madame Appleyard, on ne peut que saluer la composition parfaite de Natalie Dormer dans le rôle, certainement son plus intéressant à ce jour, éloigné de ses prestations habituelles reposant plus sur son physique qu’autre chose. Les autres personnages ne sont pas en reste. Alors que la série nous impose de belles révélations d’actrices (Lily Sullivan, Samara Weaving, Madeleine Madden, Lola Bessis), elle se montre ouvertement féministe au fil de son récit, critiquant avec force le carcan dans lequel les femmes ont toujours été forcées d’évoluer pour mieux céder à la bienséance. Impossible dès lors, de ne pas être touché par la soif de liberté de la sauvage Miranda, par l’histoire d’amour impossible de Marion et par la situation familiale oppressante de la belle Irma.

Dans Picnic at Hanging Rock, la disparition des jeunes femmes, aussi mystérieuse soit-elle, a souvent des allures de véritable libération pour échapper à une vie dont on ne choisit pas les conditions et où l’on vous dicte sans cesse votre comportement. Madame Appleyard, fuyant un passé trouble, a beau savoir combien il est dur d’être une femme, elle fait de son pensionnat une véritable prison dorée où l’épanouissement est impossible et où l’on fait prévaloir la bienséance comme visage de façade. Torturés et troublés, les personnages de la série le sont, épris d’amour et de liberté. En dépit de quelques facilités de mise en scène, la série déploie une narration complexe et ambitieuse à base d’ellipses, levant peu à peu le voile sur la riche personnalité de ses héroïnes tout en gardant le mystère entier. Un beau numéro d’équilibriste pour une mini-série particulièrement envoûtante, vous hantant encore longtemps après sa vision…

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