Première Campagne : La Dame d’une Campagne.

En plein marasme politique où Emmanuel Macron essaye, tant bien que mal, de rassembler la France autour d’un Grand Débat, on voit apparaître l’affiche de Première Campagne. Ce n’est point une provocation d’afficher ce président impopulaire en haut de l’affiche dans un flou circonspect. Ce qui nous intéresse dans Première Campagne est la jeune femme qui se tient la tête en bas de l’affiche.
Ce n’est pas un geste à destination du président, mais pour ce qu’elle vit à l’heure du film. La jeune femme est Astrid Mezmorian qui vient d’intégrer le service politique de France 2. Nous sommes le 1er septembre 2017 et elle reçoit un coup de fil pour partir d’emblée couvrir un déplacement d’Emmanuel Macron, qui a ouvert sa campagne le 31 août. À l’époque personne n’y croit vraiment à ce jeune candidat, donc la petite nouvelle est envoyée lâchement pour le suivre. 

D’entrée de jeu, la journaliste est mise à l’épreuve en essayant de trouver un Hamoniste au cœur d’un rendez-vous de Macroniste. La séquence fait sourire tout en donnant le tempo d’un documentaire allant crescendo.
On s’aperçoit en accompagnant Astrid Mezmorian de la montée en puissance d’un petit candidat parti de rien, ou de si peu. Intronisé président de la République à 39 ans à peine, nous faisons face à deux jeunes candidats devant le dur monde de la politique. La journaliste pénètre les arcanes d’un pouvoir qui se joue cette fois-ci sur l’image des promesses et de coups bas bien sentis. Cette élection 2017 n’est pas la plus intelligente, mais la plus médiatique. Les affaires (François Fillon notamment), les exclamations de Marine Le Pen ou autres Jean-Luc Mélenchon vont la pimenter et faire les choux gras d’une presse salivante. Avec Astrid Mezmorian, nous sommes loin de tout cela, sur le terrain à suivre un candidat qui grimpe dans les suffrages pour finir premier et élu.
Première Campagne est l’apprentissage d’une journaliste à la joute politique lancée dans l’arène aux fauves mis en parallèle d’un jeune candidat qui se lance dans le métier lui aussi et qui va devenir président trop tôt. L’exercice de l’état et l’état d’un travail considérable pour une jeune femme qui n’arrête jamais. Le film donne l’impression de retrouver Bob Woodward et Carl Bernstein à la course aux informations pour soulever l’affaire du Watergate. Ici, l’exercice est de suivre et de couvrir un président potentiel jouant sur une ferveur grandissante. Le film ne se concentre pas moins sur Emmanuel Macron, mais sur l’activité d’une journaliste sur le terrain entre d’interminables trajets en voiture, l’élaboration d’une stratégie pour approcher le candidat et lui poser des questions. S’ensuit alors des montages de reportages à l’arrière d’une voiture, l’écriture d’un sujet autour d’un café dans un bar au milieu de la France ou la colle d’une direction lui demandant des questions sur la « cristallisation » selon Stendhal, mot à la mode dans la bouche des candidats à ce moment précis.

Première Campagne est un documentaire passionnant de la part d’Audrey Gordon. Le film est une petite aventure imaginée sur un coup de tête dans le métro après un coup de fil à sa meilleure amie depuis Science-Po, Astrid. Les deux femmes du long-métrage sont amies dans la vie, ce qui joue frontalement sur l’approche et la proximité de la caméra. Cette dernière qui s’évapore pour laisser la place au spectateur qui devient le compagnon d’Astrid Mezmorian dans cette péripétie présidentielle passionnante. On suit une jeune femme, ses questionnements sur la notion de son métier, sa déontologie, mais surtout les coulisses.
Tout le monde, ou presque, suit les journaux de 20H. Le nom d’Astrid Mezmorian doit alors résonner en chacun à l’annonce des reportages sur France 2. Dans la deuxième partie, on se retrouve dans les bureaux de France Télévisions à découvrir le travail des sujets, l’enregistrement des voix off, mixées ou pas, l’urgence d’un sujet fini à deux minutes de son passage, la voix de la journaliste posée en direct sans fard. 

Première Campagne est un beau développement sur le métier de journaliste politique dans la mise en situation d’une élection présidentielle. L’état d’urgence permanent pour une femme n’ayant plus de vie, le tout se résumant à courir perpétuellement après Emmanuel Macron. Un film court et absorbant qui va à l’essentiel, ne tirant jamais la corde d’un surplus malencontreux. Celui d’un parti pris, d’un lien évident avec sa protagoniste principale ou du second rôle. Non, Audrey Gordon s’efface laissant le spectateur, ses convictions et le cinéma prendre sa place et rentrer dans cette course haletante, presque un moment d’histoire vu d’un œil nouveau. Première Campagne est une proposition propice et astucieuse. Découvrir les coulisses d’une campagne et d’un travail, celui du journalisme. Un nouveau film qui sera forcément montré dans les écoles bien de sitôt.

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