Monsieur Link : Mon pote le singe

Après le sympathique Boxtrolls et le formidable Kubo et l’Armure Magique, les studios Laïka reviennent avec un Monsieur Link, moins ambitieux que son prédécesseur, mais solide sur ses appuis. Des thématiques plus simples, des personnages plus classiques certes, mais toujours portés par cette animation sans faille des studios et la bienveillance globale de l’œuvre. Pourtant, alors que l’on découvre le cynique Lionel Frost, le héros explorateur flegmatique, autocentré et avide de découvertes, on s’attend à une tonalité plus sombre que ce qui va nous être servi. À la découverte du « chaînon manquant » (le fameux Monsieur Link), l’aventurier va lentement se radoucir au contact de ce grand nigaud de singe. Le tandem va finalement fonctionner sur une dynamique classique, avec d’un côté, l’attachant géant au grand cœur et de l’autre le petit homme charismatique mais mesquin. Tandem qui sera plus tard rejoint par Adelina, une connaissance de Frost qui malheureusement n’apporte guère plus au duo, déjà prégnant dans l’aventure, si ce n’est une fonction de faire-valoir.

Les personnages réussissent — malgré des lieux communs évidents — à convaincre. Portés par une histoire d’amitié sincère, qui sait prendre son temps pour éclore ni plus ni moins (l’amourette entre Frost et Adelina passe quant à elle au deuxième voire au troisième plan). Il faudra tout de même ajouter un bémol à cette aventure : Link peut en fatiguer certains sur la longueur. Son côté éduqué (jusqu’à être souvent plus courtois que le gentleman revendiqué qu’est Frost) mêlé à son ignorance du monde, donne un cocktail savoureux mais que l’on préfère boire d’une traite. L’humour des scènes impliquant Link, lorsqu’il ne joue pas sur une gestuelle de cartoon, s’attache surtout à la candeur exacerbée du grand primate. Il réalise les consignes au pied de la lettre et devient le boulet de service pour son compagnon, mais cela se reproduit sur l’étendue entière du long-métrage et a de quoi fatiguer, selon le spectateur. Heureusement, cet éventuel déboire n’empêche pas d’apprécier un ensemble cohérent qui ne prend aucun risque.

Les enjeux sont simples : Frost cherche la reconnaissance de ses pairs qui le méprisent et Link désire trouver les siens : les yétis d’Asie. La double quête permet de s’embarquer pour des péripéties variées, des situations typiques de films d’aventures comme on les aime, qui laissent place à un burlesque efficace. Une mise en scène qui sait ce qu’elle fait, qui sait traiter des thématiques frontalement sans que cela soit lourdaud. Jusqu’au titre original du film (Missing Link soit le chaînon manquant pour les non anglophones), de nombreux motifs donnent une position centrale à la notion de lien, que ce soit ceux qui se brisent comme les wagons d’un train, un pont, ou bien ceux qui tiennent solidement les protagonistes comme une corde autour de leurs tailles, alors qu’ils arpentent les montagnes.

Entre le film d’aventures et le buddy movie, idéal pour le jeune public, Monsieur Link manque un tantinet d’envergure à l’aune des studios qui le produisent. Mais loin d’être un échec, habité parfois par des trouvailles de mise en scène (un jeu sur les empreintes que les personnages laissent au sol ; certaines transitions bien trouvées), le film reste un divertissement plus qu’honnête fort de son peu de défauts, sans transcender ses qualités.

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