Simetierre : L’art d’enterrer ses proches

Depuis l’immense succès de Ça, Stephen King est revenu en force sur le devant d’une scène qu’il n’avait jamais vraiment quittée. Toujours présent et très productif, l’écrivain se voit à nouveau adapté à tour de bras par Hollywood, entre séries (Mr. Mercedes, Castle Rock) et films (Jessie, 1922 mais aussi Doctor Sleep prochainement). Pas étonnant que dans tout ça, on profite de l’occasion pour mettre à jour certaines adaptations un peu datées. En l’occurrence, sous la houlette du producteur Lorenzo di Bonaventura, voilà que Simetierre trouve une nouvelle itération, réalisée par Kevin Kölsch et Dennis Widmyer (Starry Eyes).

Drôle d’idée que d’adapter à nouveau Simetierre. En dépit de tout ce que l’équipe de ce nouveau film a pu dire en promo pour se faire mousser, la première version réalisée par Mary Lambert en 1989 fait partie du haut du panier des adaptations de King. La réalisation était peut-être un peu trop télévisuelle et l’acteur principal pas forcément convaincant (cela dit, le rôle de Louis Creed est difficile à jouer, en témoigne la prestation de Jason Clarke peinant à exprimer toutes les nuances du personnage en dépit de son talent) mais le film suintait la mort par tous les pores, se montrait fidèle au roman et réservait quelques moments terrifiants. Dès lors, que raconter de plus en 2019 qui n’ait pas été dit en 1989 ?

Et bien pas grand-chose. Certes, dans cette histoire d’une famille confrontée au deuil et devant faire face à un étrange cimetière indien ayant le pouvoir de ramener à la vie les personnes qu’on y enterre, les deux cinéastes apposent vite leur patte. Le film est visuellement très beau, avec un décor de cimetière beaucoup plus fidèle à King que celui du film de Mary Lambert. Toutes les scènes dans la forêt, de jour ou de nuit, se parent ainsi d’une belle aura mystérieuse et inquiétante. Pendant ses deux premiers tiers, Simetierre déroule son histoire avec un beau sens de l’atmosphère, nous arrachant quelques frissons tout en parvenant à nous attacher à ses personnages, en particulier Rachel, jouée par une Amy Seimetz qu’on aimerait voir plus souvent à l’écran. De loin le personnage le plus soigné du film, Rachel Creed bénéficie d’un traitement assez intéressant que l’on aurait aimé voir appliqué à d’autres, notamment au voisin Jud Crandall dont on peine à deviner toute l’épaisseur psychologique malgré tout le charisme de John Lithgow pour l’interpréter.

Le vrai souci de Simetierre version 2019 viendra cependant dans son dernier tiers. On peut le dire ici car c’est montré dans les bandes-annonces, la famille Creed perd Ellie, la fille aînée de la famille, percutée par un camion. Or, dans le livre et le film de 1989, c’est Gage, le petit dernier qui décède. Un changement majeur qui n’est pas forcément dérangeant en soi si le scénario l’utilisait de façon pertinente. Or, le drame qui se joue dans la famille Creed est rapidement évacué du récit pour aller vers un climax horrifique pur et dur, déjà vu mille fois, ne réservant aucune surprise et se montrant carrément d’une étonnante paresse là où la première partie du film laissait augurer quelque chose de beaucoup plus prometteur.

L’ambition des réalisateurs et des producteurs finit alors par tomber complètement à l’eau et on ne peut s’empêcher de voir dans leur choix de tuer Ellie plutôt que Gage une espèce de pose scénaristique vaguement justifiée par des arguments bidons pour nous offrir un climax daté de vingt ans. Pire, Simetierre, bien qu’il soit élégamment troussé, ne suinte jamais la mort et ne nous la fait jamais regarder en face. Un triste constat pour un film adapté d’un des romans les plus puissants écrits sur la mort et le deuil. Reste alors un film d’horreur au-dessus de la moyenne mais qui aurait pu être tellement plus…

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*