Les Oiseaux de Passage : Chassés de leur Nid.

Ciro Guerra a été reconnu en 2015 avec la sortie de L’Étreinte du Serpent, présenté notamment à la Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes. Le film a fait l’unanimité cette année-là, que ce soit auprès de la critique que du public. Une reconnaissance ayant permis à son réalisateur de mettre en production Les Oiseaux de Passage, en salles le 10 avril 2019 en France.

Quatre années pour produire un quatrième film, et ce, en collaboration avec Cristina Gallego. Productrice et monteuse sur L’Étreinte du Serpent, elle s’investit aux côtés de Ciro Guerra pour la découverte de cette histoire introductive à tout le narcotrafic que le monde contemporain subit actuellement.
L’histoire se situe en 1968 en Colombie où une famille d’indigènes Wayuu se retrouve au cœur de la vente florissante de marijuana à la jeunesse américaine. Les « Gringos » des associations humanitaires débarquent en Colombie. Outre le besoin de commodités, ils cherchent de l’herbe qui pousse abondamment au cœur des champs, à côté des plantations de café, commerce principal de la région. Le marché évolue rapidement avec le soutien des Américains, leurs avions transportant l’herbe par kilos en direction de Miami. 

On connaît plutôt bien la chanson du point de vue de l’Amérique et de ses quartiers défavorisés. Les Oiseaux de Passage permet alors la focale sur les origines colombiennes longtemps méconnues du narcotrafic. Ce peuple Wayuu, tribu répandue de la Colombie, dont la culture est prégnante dans le pays latin, instigateurs naïfs du balbutiement du commerce de l’herbe poussant dans leur contrée. Rapayet, héritier d’une grande famille déchue, prend en main les échanges avec les Américains, avant que les convoitises tournent l’histoire en guerre et à la création des cartels.

Les Oiseaux de Passage est un pur film de genre qui navigue dans les eaux tranquilles du polar et du western. Oeuvre historique par essence, sa trame emmène le spectateur dans les confins désertiques d’une Colombie vivant ses premières années de chute. Sur une douzaine d’années, nous suivons la vie de cette tribu évoluant au gré d’un trafic florissant. De cabanes en terres cuites, les personnages se retrouvent logés dans une villa tempétueuse au cœur du désert. La région est à eux, enfin le pensent-ils. Ils sont bien malgré eux les clichés de ce que nous connaissons déjà, et par multiples exemples, des grands trafiquants de l’histoire et du cinéma. Mais Ciro Guerra garde le cap  en éventant d’emblée les références malencontreuses, notamment par le biais de la « marraine » qui se trouve au centre du dilemme dans les derniers chants d’un film imaginés comme une légende musicale. Orgueilleuse chef des Wayuu et femme forte qui souhaite garder le contrôle de sa famille et des traditions, elle fera face et mènera une guerre sanglante selon les signes envoyés par les dieux Wayuu pour l’honneur de sa tribu.

L’honneur d’une tribu à l’image de ceux des gangs des rues de Miami ou de Los Angeles, prenant racine dans les confins désertiques d’une Colombie révolue. La première guerre des familles, des tribus, la création des gangs narcotrafiquants au cœur de l’âge moyen de l’Amérique latine. Les Oiseaux de Passage est un film solaire violent répondant au régime du cinéma noir en dépit de ses décors luxuriants. Ciro Guerra signe un long-métrage classique tirant sur la longueur, mais surprenant par cette première pierre oubliée sous la pousse verte imposante d’une fortune maudite.

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