La Liste de Schindler : Qui sauve une vie sauve l’humanité entière

À l’occasion de son 25ème anniversaire, La Liste de Schindler, le grand chef-d’œuvre humaniste de Steven Spielberg s’offre une ressortie dans une version restaurée accompagnée d’une courte introduction du cinéaste, insistant sur le devoir de chaque être humain de combattre la haine, le racisme et la xénophobie. Un rappel qu’on ne devrait plus avoir à faire en 2019 mais qui semble aujourd’hui plus que jamais nécessaire. Et comme un film peut aussi bien divertir qu’éveiller les consciences, La Liste de Schindler apparaît comme une des œuvres majeures de fiction sur la Shoah, se chargeant de nous rappeler des faits terribles pour mieux célébrer l’humanité.

On saluera d’ailleurs l’approche du scénario du brillant Steven Zaillian (Gangs of New York, American Gangster et bientôt The Irishman), adaptant un roman de Thomas Keneally centré sur l’industriel Oskar Schindler. L’homme, on le sait, a sauvé la vie de plus de 1000 Juifs détenus dans un camp de concentration en Pologne en les faisant travailler dans son usine et en les achetant auprès d’Amon Göth, le commandant du camp de Płaszów. Schindler, qui avait amassé une bonne petite fortune à faire travailler les Juifs pour peu cher dès le début de la guerre, s’est ainsi ruiné pour sauver des vies. S’il tenait à cœur à Spielberg de réaliser ce film (ce qu’il fit avec un devoir de cinéaste accompli mais sans grand plaisir), il ne s’agissait pas de verser dans le pathos et la gratuité.

Oskar Schindler (Liam Neeson dans le rôle de sa vie) est ainsi notre porte d’entrée vers des horreurs de plus en plus terribles, trop omniprésentes pour être ignorés. L’homme est d’abord présenté comme un industriel cynique. Membre du parti nazi, ami avec les SS par intérêt, il voit les Juifs comme de la main-d’œuvre bon marché et s’il se bat pour les faire travailler dans son usine, c’est uniquement pour le business. Il refuse d’ailleurs d’être vu en protecteur des Juifs, il se considère comme un homme d’affaires et il est implacable dès qu’il s’agit de son propre bénéfice. Mais alors que le ghetto est évacué et que les Juifs sont enfermés dans le camp de Płaszów, Schindler semble finalement ouvrir les yeux sur l’horreur qui s’y déroule. Comme la plupart des héros spielbergiens, il est obligé de se défaire de sa part de naïveté (de cynisme ici) pour enfin appréhender le monde qui l’entoure et être forcé à agir selon ce qui est juste.

À Schindler, un pied dans le cynisme, un pied dans l’humanisme, le film oppose deux hommes. D’un côté Itzhak Stern, le comptable juif bienveillant et intelligent et de l’autre Amon Göth, l’officier SS violent et meurtrier à qui Ralph Fiennes prête son immense talent, se montrant particulièrement terrifiant. Un homme imbu de lui-même, amateur de bonne chère et que la violence imprévisible sans cesse montrée dans le film (le matin de son balcon, l’homme abat quelques prisonniers avec son fusil à lunette puis va aux toilettes comme si de rien n’était) rend dangereux. Heureusement pour Schindler, l’appât du gain de Göth est plus prévisible et c’est ainsi qu’il pourra sauver des centaines de vies.

Jamais démonstratif, le scénario de Zaillian est brillant dans la façon qu’il a de décrire la complexité humaine de Schindler sans jamais verser dans le sensationnalisme. Ce qui n’empêche pas le film d’être dur, on y trouve certaines des images les plus violentes et les plus choquantes du cinéma de Spielberg. Les exécutions, nombreuses, sont montrées frontalement, sans effet de mise en scène. C’est ainsi que ça se passait, c’est ainsi que Spielberg le montre. À ce titre, la longue scène de l’évacuation du ghetto est un calvaire, une douleur enserrant le cœur. Puisqu’il ne peut y avoir de bonté sans violence, le film fait sans cesse cohabiter les deux. Schindler, à mi-chemin entre le bien incarné par Stern et le mal personnifié par Göth choisira la voie du Juste quitte à y perdre toute sa fortune, une fortune amassée sur le dos de ses employés peu chers et qui servira finalement à leur sauver la vie.

Sans donner de leçon, Spielberg adopte la bonne distance face à son sujet, baignant son film dans un noir et blanc magnifique, trouvant le juste équilibre entre l’horreur et l’émotion. Bouleversant à l’image des adieux de Schindler à ses employés (comment retenir ses larmes devant le ‘’j’aurai pu en sauver plus’’ d’un Schindler perdant pour la première fois sa contenance ?), nécessaire pour l’Histoire, cette œuvre récompensée par 7 Oscars (là où elle aurait due en avoir 9, Neeson et Fiennes étant passés à côté de leurs Oscars pour d’inexplicables raisons, tout du moins du côté de Fiennes qui perdit la récompense du meilleur second rôle face à Tommy Lee Jones pour… Le Fugitif !) frappe droit au cœur et réserve des images marquantes, de celles qui ne quittent jamais le spectateur et qui s’avèrent nécessaires pour mieux saisir l’humanité dans ses grands paradoxes. C’est aussi à ça que sert le cinéma.

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