Grâce à Dieu : La banalisation du viol par l’église

On connaît François Ozon parfois taquin et un tantinet provocateur dans ses films. La volonté se ressent dans son cinéma de secouer légèrement son spectateur et de réveiller la fourmilière sans forcément taper dedans. D’éducation catholique, nul doute que Grâce à Dieu se rattache à une véracité de sa jeunesse. Difficile cependant de savoir s’il relate des faits vus et/ou vécus. En effet le film se vend comme une fiction inspirée de faits réels. Compréhensible que les personnes ayant vécus ce genre d’abus préfèrent passer cela sous silence ou rester discret. Ainsi on ne peut vraiment mettre en doute l’existence des faits, étant une polémique récurrente de l’église catholique et au pire un secret de polichinelle, alors qu’on peut facilement imaginer que les faits en question soient imaginés, romancés voire exagérés ou minimisés. Idem pour quelques noms probablement modifiés par souci d’anonymat. Notamment après les volontés de Régine Maire et Bernard Preynat de ne pas être mentionnés dans le film, une demande judiciaire manifestement refusée. Peu importe les changements ou la proportion imaginée de cette histoire, elle n’amoindrit aucunement l’importance, l’ampleur et l’abomination de ces actes, de ces faits.

Et les faits, les voici : Grâce à Dieu raconte l’histoire d’Alexandre Guérin, ancien scout et père de famille épanoui d’une famille de 5 enfants. Toujours pratiquant, il se remémore les attouchements sexuels de Bernard Preynat, père au sein du diocèse de Lyon. Il décide alors de mener une enquête pour libérer les vieux démons qu’il avait lui-même enfoui. Par l’entremise de Régine Maire et après avoir échangé par mail avec le cardinal Philippe Barbarin, archevêque du diocèse de Lyon, il apprend que cet homme continue d’éduquer religieusement de jeunes enfants. Constatant que les autorités ecclésiastiques ont étouffé l’affaire et laissé Preynat en liberté, Alexandre décide de réveiller la justice pour condamner cette personne.

Quel film sincèrement. Les polémiques de pédophilie dans l’église sont monnaie courante. Il y a quelques années nous avions déjà eu droit a Spotlight qui restait malheureusement en partie à la surface des choses. Grâce à Dieu semble approfondir en se mettant directement à la place des victimes sans passer par un média quelconque. Les personnages ayant depuis lors tous refait leur vie, le spectateur se sent vraiment touché par le récit des personnes, et le sentiment de justice qui sommeille en nous se réveille instantanément. François Ozon n’hésite pas à être plus cru, plus franc dans sa dénonciation. Nous n’avons plus le temps de nous contenter de simples « rapprochements physiques » où les doutes restent permis. Désormais, il faut dire les choses plus clairement, plus distinctement. Et il n’y a pas de secret, ce n’est qu’en tapant du poing sur la table que les langues se délient, que les autorités bougent, que les gens s’unissent et que les sentences finissent petit à petit par tomber. L’église est malheureusement un terreau fertile à cette pratique, mais sachez bien qu’il existe des scandales à échelles nettement plus alarmantes, comme ceux de Telford par hasard.

Le plus triste dans l’histoire s’avère être que Bernard Preynat ne semble jamais s’en être caché. À sa manière, il est presque lui aussi une victime, et c’est là que nous touchons le point essentiel de cette problématique. Le contexte joue sur le bien-être mental des prêtres, certains finissent par mal interpréter les paroles de Dieu et abusent d’une situation à leur avantage. Dans le cas présent, Preynat serait diagnostiqué malade et avouerait volontiers ses méfaits. Mais le scandale prend une toute autre tournure lorsqu’on apprend qu’en réalité ce sont les instances ecclésiastiques qui font en sorte que personne ne dise du mal de l’église et qu’aucune affaire n’entache sa réputation. Afin de toujours légitimer la sainte parole de Dieu, on en vient à banaliser et défendre le viol sur mineur. Les victimes semblent d’ailleurs parvenir à faire une nette distinction entre la religion et les abus humains tant ils sont nombreux à croire encore aux enseignements de l’église sans faire confiance en ses enseignants.

Enfin, il faut noter tout de même à quel point le jeu d’acteur est bon. Faire parvenir à des acteurs à insuffler un tel passé à leur personnage n’est ni aisé ni fréquent et on finit vraiment par croire qu’ils ont vraiment vécu ce genre d’agissements. L’histoire est également très soignée lorsqu’elle échappe a plusieurs reprises aux clichés les plus fréquents des drames français. Les tensions finissent par se ressentir et les personnages ont leur caractère, pourtant jusqu’à la fin une forme de soutien se crée entre eux. La bande annonce le laissait d’ailleurs présager, le caractère des personnages prenant le pas sur la loyauté les uns envers les autres qu’exige leur démarche. Finalement François Ozon nous offre des rebondissements plutôt inattendus et fort loin du pathos le plus prévisible du cinéma. Avec une grande maturité, la conclusion ne paraît pas aussi manichéenne qu’on pourrait le penser avec plusieurs pistes de réflexion. L’important est bien que le film condamne l’institution et non l’humain derrière ces actes.

Pour conclure on peut voir en Grâce a Dieu une volonté de dire clairement que l’église répond a ses propres intérêts avant celui de ses prêcheurs. C’est l’institution qui est pointée du doigt avant les prêtres indépendamment les uns des autres. Seulement, il est destructeur de constater à quel point un acte aussi impardonnable soit à ce point défendu par autant des gens qui prêchent au quotidien la bonne parole. Ainsi ce film est plus que bienvenue et trouve une actualité qui aura, espérons-le, son impact à grande échelle afin de punir les gens qui abusent trop souvent de leur situation.

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