Alita : Battle Angel : Humaine avant tout

C’est un projet de longue haleine qui arrive ici sur nos écrans. Longtemps annoncée sous la houlette de James Cameron, l’adaptation du manga Gunnm de Yukito Kishiro a finalement été confiée à Robert Rodriguez. Adoubé par Cameron en personne, trop occupé sur les suites d’Avatar pour réaliser ce projet pourtant longuement mûri, Rodriguez a récupéré le projet humblement avec la ferme intention de le réaliser à la manière de James Cameron qui est crédité au scénario du film et qui est resté impliqué sur plusieurs aspects de la production.

Si l’on comprend aisément ce qui a pu plaire à Cameron dans le manga (c’est l’histoire d’une femme forte, une cyborg apprenant l’humanité dans un univers de science-fiction), la gageure de l’adaptation aurait eu de quoi en faire reculer plus d’un. En effet, Gunnm déploie tout au long de ses tomes un univers riche en personnages, en trames narratives aussi épiques que tragiques et brasse une fabuleuse thématique, interrogeant les fondements de notre humanité, montrant une héroïne de métal finalement plus humaine que les humains eux-mêmes. Une thématique riche dont il a fallu retrouver l’essence.

Certes, on pourra reprocher au film le fait qu’il ne résiste pas à nous teaser une suite encore plus épique (dont on espère sincèrement qu’elle arrivera), le fait est qu’il arrive néanmoins à concentrer une bonne partie de ce qui fait la réussite du manga. En dépit de vingt premières minutes sacrément bourratives où tous les personnages et futurs enjeux sont casés avec une précipitation un peu maladroite (il faut dire que le script originel de 186 pages a été réduit pour arriver à une durée plus raisonnable) Alita : Battle Angel surprend en captant l’essence du manga. Le scénario écrit par James Cameron et Laeta Kalogridis (scénariste de Shutter Island) et dégrossi par Rodriguez repose essentiellement sur les quatre premiers tomes du manga et en choisit les arcs narratifs les plus pertinents pour mieux servir le propos du film, à savoir l’apprentissage de l’humanité par Alita (dont on ne comprend toujours pas pourquoi la version anglaise n’a pas gardé Gally, son prénom d’origine).

Si le film se fait plaisir en nous offrant quelques séquences de Motorball (sacrément spectaculaires), il se concentre avant tout sur la relation filiale unissant Alita et Ido ainsi que sur la découverte de l’amour par Alita auprès d’Hugo, un jeune délinquant à qui elle est prête à donner son cœur. On comprend aisément pourquoi cette histoire d’amour est placée au cœur du récit tant elle constitue l’un des arcs narratifs les plus bouleversants du manga, permettant ici de montrer combien Alita est profondément humaine et complexe, jeune femme se pensant insignifiante (après tout, Ido l’a trouvé dans une décharge) mais qui se découvre de grandes capacités.

Bien que pertinente, intelligente et fidèle à l’œuvre de Kishiro, le fait est qu’Alita : Battle Angel est une adaptation qui ne parvient pas à transcender son matériau d’origine. Le spectacle est solide, honnête et de qualité sur de nombreux points (Alita, incarnée avec conviction par Rosa Salazar fera vite taire tous ses détracteurs se concentrant uniquement sur la taille de ses yeux) mais manque de saisir toute la splendeur du manga. La faute peut-être à un côté un peu aseptisé où la noirceur et la violence du matériau originel ne se ressentent guère. Le spectacle orchestré par Robert Rodriguez est techniquement solide et visuellement impeccable mais l’émotion manque un peu, comme si le film était paralysé par ses prouesses techniques et la difficulté de son adaptation.

Si l’on ne peut s’empêcher d’être déçu par ces aspects qui rendent le film plus conventionnel qu’on l’aurait voulu, Alita : Battle Angel n’en demeure pas moins une adaptation réussie, certes un peu trop sage mais restituant une bonne partie des qualités de l’œuvre de Kishiro, permettant, si ce n’est d’en capter toute l’essence, d’ouvrir la porte pour découvrir le manga et s’offrir au passage un divertissement de deux heures aussi spectaculaire que rondement mené.

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