Incassable : Briser la glace.

Le grand public considère Incassable comme le deuxième long-métrage de M.Night Shyamalan. La révélation se fut grâce à Sixième Sens en 1999, troisième film après Praying with Anger (1992) et Éveil à la Vie (1998), produit par les Weinstein chez Miramax et introuvables depuis.
Auréolé opportunément du titre d’héritier direct d’Alfred Hitchcock, M.Night Shyamalan dessert une proposition de cinéma propre. Ces références sont ouvertes, parfois assez fugaces, l’homme étant même assez discret sur ses influences. Le cinéma de Shyamalan nous est tombé sur la tête avec Sixième Sens, première collaboration avec Bruce Willis, long-métrage angoissant et captivant qui restera gravé dans nos mémoires grâce à ce twist final surprenant encore aujourd’hui. 

Après avoir vu des fantômes partout, M.Night Shyamalan s’attaque à la culture des super-héros. Ces êtres hors du commun qui pullulent dans de multitudes de récits depuis la nuit des temps. Il n’a pas fallu attendre Stan Lee et Marvel pour avoir des supers. L’histoire et la littérature en recelaient énormément entre Lancelot, Robin des Bois, Vidocq ou Jean Valjean.
Mais la pop-culture a porté fièrement ses héros en collant créés à l’orée des années 30. Superman, Batman ou Captain America, tous ont délivré l’espoir envers les enfants, de nourrir un imaginaire débordant et un riche merchandising encore d’actualité aujourd’hui.
Une année à peine après Sixième Sens, M.Night Shyamalan revient avec Incassable. À l’époque, le cinéma commence à se voir assailli de toutes parts par les productions Marvel. DC Comics n’a pas encore pris le pli, même si on ressent l’influence du Superman de Richard Donner sur l’iconisation du héros incarné par Bruce Willis.

L’acteur, célébré pour son rôle de John McClane dans Die Hard, incarne David Dunn, un agent de sécurité au stade de Football de Philadelphie. Après un entretien d’embauche à New-York, il est victime d’un accident de train dont il est le seul à sortir indemne. Un certain Elijah Price prend contact avec lui pour enquêter sur son invulnérabilité, lui souffrant d’ostéogenèse imparfaite.
Elijah Price est un homme de glace dont les os se cassent facilement. Il en a souffert toute sa vie. Il s’est donc retranché dans la lecture intensive de comics lui faisant penser que les auteurs ont gonflé la réalité. Des communs des mortels seraient à ses yeux capables de choses extraordinaires. La preuve avec David Dunn.

Ce point de départ est la possibilité pour M.Night Shyamalan de disserter sur la place du superhéros dans la société. Elijah Price voit ses super-héros comme un art, quand d’autres l’achètent pour leurs gamins de 4 ans. Une hérésie qu’il s’évertue de prouver avec sa galerie consacrée. Pour Shyamalan, c’en est un fond, lui s’intéresse à la question de l’extraordinaire dans ce monde ordinaire et triste. Notre monde est mélancolique et sans espoir pour le réalisateur. Sa vision grisâtre se reflète sur la vie de David Dunn qui a perdu tout amour envers sa femme et tout but dans la vie. Il est sur le point de s’expatrier à New-York avant cette deuxième chance. Dunn se découvre des capacités de résistance fantastique et d’un don divinatoire jusqu’ici enfouies. Par le toucher, il ressent le cœur des gens. Shyamalan raisonne sur la faisabilité et la réalité de cet «incroyable». Des personnes auraient des dons, surillustrés par le reflet des comics, exutoires de telles possibilités. D’un point de départ rationnel, Shyamalan nous bascule sans soubresaut dans une réalité surprenante. Le film ne s’emballe pas préférant dessiner le portrait d’un homme au cœur mort. La vie de Dunn est en miettes au moment de l’accident. Il se sépare de son amour de jeunesse et s’éloigne de son fils. L’idéalité de ses capacités le réanime lui permettant de se raccrocher. Elles cadrent l’entrée d’un nouvel homme. Sa femme se pose à son extrémité pour profiter de cette renaissance. La relance d’un homme retrouvant le but de marquer des points. Il ne sera plus le sportif hors norme du lycée, mais un héros discret sauvant une famille d’un psychopathe. Une séquence servant un dernier tiers fabuleux ne s’emballant jamais. Incassable est la vision d’un auteur posé dissertant sur la question de l’héroïsme et de ses possibilités.

En cela, Incassable est un grand film. Sorti dans l’âge d’or du cinéma de Shyamalan, le film est une prouesse technique, mais surtout réflexive. L’analyse d’un auteur mûr sur le héros et sa position dans une société plate. Sa place et son utilité face à la dépression de notre monde. David Dunn ne serait plus rien sans la ferveur d’un Elijah Price envers les comics. Les comics qui ont amené cette horreur rassurant au passage un enfant subissant la dramaturgie de la nature. La combinaison mélancolique d’une réaction en chaîne se neutralisant par la force des choses. L’incapacité d’une nature hors norme à nous créer égaux dans un grand espace de liberté réflexive morbide.

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