Colette : Émancipation féminine

Le fabuleux parcours de Colette, à la fois artistique (ses romans ayant fait entendre la voix de nombreuses femmes de l’époque) et personnel (elle fut ouvertement bisexuelle), se devait d’être adapté au cinéma surtout à l’heure où le féminisme a le vent en poupe à Hollywood. Voilà donc que débarque sur nos écrans Colette, réalisé par Wash Westmoreland sans son complice Richard Glatzer (avec qui il avait réalisé notamment Still Alice) avec Keira Knightley dans le rôle titre.

Le film décide de se concentrer sur les débuts de Colette, alors qu’elle écrivait ses fameux romans de la série des Claudine (Claudine à l’école, Claudine à Paris, Claudine en ménage…) pour le compte de son mari Henry Gauthier-Villars dit Willy, célèbre critique de l’époque qui employait fréquemment des nègres pour écrire ses chroniques et ses nouvelles. Sous la houlette de Willy, Colette écrit donc son premier roman et le succès en est tel que Willy surfe dessus (à défaut d’être sympathique, le bonhomme avait au moins un sens indéniable du marketing) et pousse sa femme à écrire sans pour autant lui en donner le crédit. Gonflé d’orgueil, homme de l’époque dans toute sa splendeur, à la fois arriéré sur bien des choses (dans une scène, il explique à sa femme que c’est normal qu’il la trompe, c’est ce que font les hommes) et en même temps ouvert d’esprit (il laissera Colette coucher avec une femme en toute connaissance de cause), Willy n’a de cesse de tirer Colette vers le bas en serinant toute la moelle de Claudine, cette héroïne de romans devenue l’égérie d’une époque.

Le récit s’arrêtera donc une fois que Colette s’émancipe de Willy, poursuivant son parcours d’écrivaine après avoir été également danseuse. Il aurait été en même temps difficile d’adapter toute sa vie en l’espace d’un seul film et le choix de cette période de la vie de Colette, montrant l’émancipation de cette artiste, est totalement pertinent. On regrettera alors d’autant plus que ce biopic très lisse manque de souffle, ne parvenant jamais à franchement passionner, s’avérant réalisé sans ferveur et sans grande émotion. C’est d’autant plus dommage que le personnage est fascinant et que Keira Knightley donne tout ce qu’elle a pour parvenir à l’incarner à l’écran face à un Dominic West parfaitement à l’aise en mari tour à tour volage, odieux et pathétique.

Malheureusement Colette fait partie de ces films qui pullulent à la saison des Oscars : biopic sans saveur, produit parce que le sujet vaut le détour mais réalisé sans guère d’émotion puisque sans réel point de vue. Certes, le propos d’émancipation féministe est bienvenu et permet de bien cerner l’impact qu’a pu avoir Colette sur son époque. Mais le scénario se repose uniquement sur cette idée sans jamais vraiment se donner les moyens de l’explorer plus en avant. Le film se regarde donc sans déplaisir mais ne dégage jamais vraiment l’intensité qu’il aurait pu avoir, rejoignant de nombreux biopics formatés de la sorte dans le rayon des œuvres intéressantes de par leur contexte mais pas foncièrement réussies non plus…

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